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Rik Donckels et Hans Wilmots : au secours des entreprises familiales

Publié le 21/12/2016 dans Inspiration

Rik Donckels et Hans Wilmots : au secours des entreprises familiales

Saviez-vous que trois entreprises belges sur quatre sont aux mains d’une famille ? Pourtant, les formations et la littérature spécialisée n’abordent que rarement les besoins propres aux entreprises familiales. Spécialistes du domaine, Hans Wilmots et Rik Donckels entendent changer la donne.

C’est par un jour maussade de novembre que nous prenons place à la longue table de réunion de BDO, le 5e plus grand cabinet d’audit, de conseil et d’expertise comptable au monde. Autour de la table, nous retrouvons Hans Wilmots, CEO de BDO Belgique, et Rik Donckels, professeur émérite. Alors que nous leur expliquons que nous avons l’habitude de confronter deux experts lors de ces interviews, le professeur s’esclaffe. “Cela ne marchera pas... Cela fait des années que nous sommes du même avis.” De cette entente est même né un livre : ‘Questions délicates dans les entreprises familiales’ (voir encadré). “Quand le professeur m’a demandé d’écrire un livre avec lui, j’ai accepté avant même d’en connaître le sujet”, explique Hans Wilmots en souriant.

Le petit-déjeuner du dimanche

Les entreprises familiales sont un sujet qu’abordent rarement les formations et les livres sur le management. Pourtant, elles diffèrent à de nombreux égards de leurs concurrents. “Bien souvent, la force d’une entreprise familiale réside dans le fait qu’elle est bien plus flexible”, explique Wilmots. “Les décisions se prennent beaucoup plus facilement. Le dimanche matin, la famille mange ensemble et prend des décisions importantes. Cette rapidité a de nombreux avantages. Les entreprises familiales sont notamment plus promptes à innover. Mais chaque médaille a son revers. Les choses se compliquent par ex. quand il y a des administrateurs externes. Ils ne sont naturellement pas présents à la table du petit-déjeuner et ne savent pas ce qui s’y dit.”

Questions délicates

L’émotionnel est aussi bien plus présent. Wilmots : “Il arrive que le père préfère sa fille à son fils. Ou que quelqu’un revienne de ses études à l’étranger et obtienne immédiatement un poste plus important qu’un autre. Ces exemples sont tous liés au relationnel et à l’émotionnel.”
“Ce sont parfois des banalités”, lance le professeur Donckels. “Un jour, j’ai entendu un administrateur se plaindre que sa belle-sœur utilisait sa voiture de société pour conduire ses enfants à l’école. Cela donne lieu à d’importantes disputes qui peuvent être lourdes de conséquences. Les entreprises familiales doivent donc fixer des règles claires et s’entendre sur le rôle de chacun dans le processus décisionnel.”

Je rentre...

Selon le professeur Donckels, beaucoup de membres de la famille ont du mal à s’en tenir à leur rôle. Ils font en effet aussi partie des actionnaires de l’entreprise. “Ils sont nombreux à se dire que leur argent est en jeu et partent donc du principe qu’ils doivent être informés de chaque décision de l’entreprise et y être impliqués. Si le conseil d’administration prend une décision avec laquelle ils ne sont pas d’accord, ils rentrent chez eux et tentent d’obtenir gain de cause en privé. Mais il est impossible d’impliquer constamment tout le monde dans les décisions stratégiques. Vous n’avanceriez pas.”

“Il n’est pas facile de séparer ces deux mondes”, reconnaît Hans Wilmots. “Imaginez que vous êtes actionnaire et que vous participez à un conseil d’administration, puis que le lendemain, vous n’êtes qu’un simple employé qui n’a pas voix au chapitre. Cela crée une tension incroyablement difficile à gérer.”
“D’où l’importance de ces règles”, répète le professeur Donckels. “Vous ne devez pas les signer de votre sang, mais bien les accepter et les respecter. C’est naturellement bien plus facile à dire qu’à faire.”

Adieu, papa

Hans Wilmots illustre d’un exemple concret toute la difficulté de cet exercice : “Ce matin, je suis allé chez un client. Les deux fils souhaitent écarter le père, car il ne respecte jamais ce qui a été convenu. Le dialogue ne mène à rien. Le père s’engage, mais n’en fait qu’à sa tête. Nous cherchons donc à présent une façon légale de le convaincre de quitter l’entreprise. En réalité, cela revient à le destituer de ses fonctions. C’est terrible, car ils devront encore pouvoir se regarder en face le dimanche matin au petit-déjeuner.”

Rik Donckels : “Ce genre de personne n’a bien entendu pas de mauvaises intentions. Vous devez d’abord essayer de jouer les médiateurs. Car exclure un membre de la famille n’est jamais une partie de plaisir. Cela se fait au prix de nombreux efforts... et de nombreuses larmes.”
Hans Wilmots : “Vous devez convaincre la personne qu’il doit faire passer l’intérêt de l’entreprise avant le sien. Loin de moi l’idée de prêcher pour ma chapelle, mais dans le cas présent, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur. Si les enfants s’en chargent, de vieilles histoires referont surface et ce sera la dispute assurée. Il est également crucial que personne ne perde la face dans de telles situations. Aux yeux du monde extérieur, le père peut par exemple jouer un rôle important en tant que conseiller. Il faut tenir compte de l’ego et de la fierté de chacun.”

Prêt pour demain ?

Les entreprises familiales sont toutefois loin de se limiter à ces questions délicates, m’assurent les deux hommes. “Dans la plupart de ces entreprises, la créativité, l’inventivité et la rapidité sont souvent bien plus présentes”, insiste Hans Wilmots. “En Belgique, elles sont ainsi nombreuses à s’être déjà équipées des technologies nécessaires pour affronter l’avenir. C’est au niveau de leur structure qu’elles ont généralement encore un long chemin à parcourir. La concurrence provient désormais des quatre coins du monde. Pour y faire face, une approche internationale s’impose. C’est là où le bât blesse. Certains pensent qu’il suffit d’envoyer des personnes en France et en Allemagne et de voir ce qui en ressort. Mais elles s’exposent ainsi à des amendes, car la loi et la réglementation fiscale et sociale y sont différentes. Ce genre d’erreurs crée de l’énergie négative au sein d’une entreprise.”

Selon le professeur Donckels, la situation est toutefois en train d’évoluer. “Les entreprises familiales s’isolent beaucoup moins et partagent leurs expériences. Vous avez même un réseau international qui leur est dédié, le Family Business Network. Cette organisation encourage les entreprises familiales à se tourner vers l’étoile Polaire. Autrement dit, elles doivent apprendre de leurs erreurs et trouver le chemin qui les mènera à l’objectif qu’elles souhaitent atteindre. Je trouve que c’est une très belle image.”


Rik Donckels

Le professeur Rik Donckels enseigne l’économie à la KUB (Katholieke Universiteit Brussel) depuis des années. En 2006, il est récompensé pour ses efforts au profit des PME et se voit décerner le titre de baron. Il a publié une dizaine d’ouvrages sur ses expériences du monde de l’entreprise et continue de conseiller les entreprises familiales.

Hans Wilmots

Diplômé en langues romanes, Hans Wilmots est devenu réviseur d’entreprises. Aujourd’hui, il est CEO de BDO Belgique. BDO est le 5e plus grand cabinet d’audit, de conseil et d’expertise comptable au monde. Depuis plus de 50 ans, il fournit des services particulièrement appréciés aux entreprises familiales.

Questions délicates dans les entreprises familiales

Hans Wilmots et Rik Donckels
Éditions Lannoo
“Questions délicates dans les entreprises familiales” raconte l’histoire de cinq générations de producteurs de pommes de terre, dans laquelle chaque entreprise familiale se reconnaîtra. Il propose également un cahier pratique avec des explications théoriques et des illustrations concrètes. Le livre guide ces entreprises sur le chemin de la bonne gouvernance, dans le respect des valeurs familiales.

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