Un patient connecté devient acteur de sa santé

Publié le 22/09/2020 dans Inspiration

Un patient connecté devient acteur de sa santé

Notre système de soins de santé est dépassé, c’est le diagnostic posé par le Prof. Philippe Coucke. Pour le moderniser, il faut une organisation plus stricte et davantage d'accompagnement humain et une focalisation sur les nouvelles technologies.

Vous affirmez que l’actuel modèle du secteur des soins de santé est dépassé, et que son écosystème doit être remplacé ?

Professeur Philipe Coucke, chef du service de radiothérapie au CHU de Liège : “Oui, il faut ouvrir les yeux sur les chiffres confirmés par l’OMS et l’OCDE : 50 % des actes médicaux sont inutiles voire dangereux. Une situation provoquée par une course effrénée aux revenus en dépit de la qualité.”

“Ensuite, par manque d’efficience, 42 % du budget national consacré aux soins sont jetés à la poubelle : une organisation administrative déplorable, une mauvaise interaction entre les corps médicaux et l’utilisation de ressources inadéquates, nous plongent dans ce constat. Enfin, 1 diagnostic sur 20 est erroné. Il nous faut un flux de données abondant et plus pertinent pour redresser la barre à tous les niveaux.”

Du point de vue technique, avons-nous tout en main pour faire évoluer plus rapidement le secteur des soins de santé ?

Professeur Ph. Coucke : “Notre système de soins de santé est en place. Il n’est pas efficace, mais nous ne pouvons pas soudainement débrancher la prise et activer un nouveau système. Il faut tenir compte de contraintes politiques, financières et de ressources humaines.”

“Néanmoins, il est urgent d’agir et de laisser les nouvelles technologies accompagner cette transformation profonde. L’actualité de la crise du COVID-19 nous apprend que nous sommes capables d’accélérer la démarche. Preuve est faite que la gestion à distance est possible, nécessaire et même bénéfique dans certains cas. C’est encore plus vrai pour les patients chroniques : une bonne partie d’entre eux pourrait limiter le nombre de visites. Il est tout à fait possible de monitorer et de traiter à distance.”

Le patient deviendrait-il un objet connecté à Internet, de même pour les médecins ?

Professeur Ph. Coucke : “Un patient connecté est un patient qui est capable de comprendre son traitement, d’adapter son environnement, et qui devient acteur de sa santé. N’oubliez pas que notre secteur n’est financièrement pas rentable et que la pénurie en ressources humaines est grandissante. Nous n’avons pas d’autre choix que de responsabiliser les patients. Ce que nous sommes, y compris nos maladies, est défini par nos gènes à 20 %. Le reste s’explique par l’influence de l’environnement.”

“Et le paradoxe aujourd’hui est que, dans un monde hyperconnecté, nous avons besoin de contacts sociaux et d’empathie. Oui, trop d’acteurs du secteur des soins de santé visent la quantité d’actes et non la qualité. Donc, automatiser une grande partie des actes libère un temps précieux et permet de se concentrer sur le ‘core business’ : l’accompagnement humain. Un changement complet par rapport à l’approche médicale actuelle.”

Un patient ‘connecté’ produit environ 1 million de données par heure. Que vous apporte cette masse de données ?

Professeur Ph. Coucke : “La récolte de données est le graal de tous les secteurs d’activité. Il n’y a aucune raison de croire que ce n’est pas le cas pour celui des soins de santé. La vraie question est de savoir ce qu’on va faire de ces données. Il est impératif de les transformer en informations utiles.”

“Le défi reste le manque d’interopérabilité entre différentes sources de données ainsi que leur quantité. Et l’esprit humain n’est capable de traiter qu’un nombre limité de données variables. C’est exactement pour cela qu’il faut pouvoir automatiser au maximum le traitement des données. Je résume la situation en trois étapes : mettre en place la connexion, créer un flux abondant, et utiliser l’intelligence artificielle pour nous aider à transformer les données en informations utiles.”

50 % des actes médicaux sont inutiles voire dangereux. Une situation provoquée par une course effrénée aux revenus.

Professor Philippe Coucke, chef du service de radiothérapie au CHU de Liège

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Comment gérer la demande de flux abondant de données et le volet confidentialité ?

Professeur Ph. Coucke : “Je ne peux que répéter que nous avons besoin du Big Data pour transformer notre système des soins de santé. À ne pas confondre avec une publication des données sur la place publique. Prenons l’exemple des pays scandinaves, où le partage des données médicales – à bon escient - est une évidence pour toute la population. Bien sûr, tout commence par un sacré degré de confiance dans son propre gouvernement…”

“Quoi qu’il en soit, je crois que nous avons obtenu dans la douleur la preuve qu’il y a nécessité, au cours de la crise que nous vivons : l’exemple typique est que les gouvernements cherchent à récolter des données de géolocalisation pour suivre les personnes infectées. Au-delà, soyons clairs, rien qu’en utilisant votre smartphone ou en vous connectant sur Internet, vous êtes déjà traçable.”

Qui sont les premiers de classe en Europe ?

Professeur Ph. Coucke : “L’Estonie, sans hésiter. Après leur indépendance par rapport à l'ex-Union soviétique, ils ont complètement restructuré leur système de soins de santé. Mais il y a aussi la Grande-Bretagne, où la situation de crise a amené à prendre des décisions qui accélèrent leur transformation. Ils ont compris qu’il est nécessaire de débloquer des budgets importants pour y arriver. L’intégration de l’IA dans l’imagerie est très poussée et leur culture de l’IoT est bien ancrée par exemple.”

“De notre côté, on pourra reprendre les discussions dès qu’un nouveau gouvernement sera formé. Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura un avant et un après Coronavirus. Les possibilités de consultation par vidéo étaient par exemple presque impensables il y a encore quelques semaines. Cette crise doit nous amener à réfléchir sur notre fonctionnement, les infrastructures requises pour faire fonctionner ce nouvel écosystème, les financements de ces nouveaux soins et la culture générale en matière de soins de santé. L’histoire nous a appris que les crises sanitaires sont souvent le déclencheur d’une transformation et d’une réflexion sociétale.”

Professeur Philippe Coucke est chef du service de radiothérapie au CHU de Liège. Il est connu pour ses prises de position quant à la transformation nécessaire de notre système de soins de santé. Ses conférences reflètent sa passion pour les nouvelles technologies et l’e-santé. Il est également auteur du livre ‘La médecine du futur, ces technologies qui nous sauvent déjà’.

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