Dans Liège-Bastogne-Liège 1970, la course est déjà bien décantée sur les hauteurs de Stavelot, dans la célèbre côte de Stockeu, à plus d'une heure de l'arrivée à Liège. Ce 19 avril, ils ne sont plus que sept Belges aux avant-postes dans cette Doyenne. La victoire va se jouer dans un sombre tunnel, loin des regards indiscrets des caméras. Récit...
A 50 bornes de l'arrivée, c'est évidemment l'immense Eddy Merckx, déjà vainqueur à Liège l'année précédente, qui attire tous les regards et fédère les faveurs du pronostic. Mais ni le Cannibale, ni Herman Van Springel et son équipier George Pintens, ni Lucien Van Impe, ni Frans Verbeeck ne pourront empêcher ce-jour là le champion de Belgique Roger de Vlaeminck, flanqué de son frère Eric dans le groupe de tête, de remporter sa première vraie grande classique (après son succès dans Het Volk 1969). 
 
L'histoire vaut la peine d'être racontée et si vous avez quelques minutes pour nous prêter l'oreille, vous ne serez pas déçu...
 
Pourquoi le 'Gitan' gagnera-t-il finalement cette Doyenne dans la confusion et dans un fort parfum de vendetta, franchissant la ligne avec 12 secondes d'avance sur ses concurrents? Tout simplement parce que son frère Eric, quadruple Champion du Monde de cyclocross à l'époque, "enfermera" Merckx sans scrupule dans le tunnel qui passe sous les tribunes et mène au Vélodrome de Rocourt, où était alors jugée l'arrivée de Liège-Bastogne-Liège
 
A l’abri des regards, des caméras et des photographes, Eric - aussi habile sur le vélo que taiseux devant les micros - règle le compte de Merckx à l'ancienne. Les deux frangins ont habilement enterré les espoirs de victoire du Bruxellois : sur le démarrage bien senti de Roger, l’obstruction nette du frangin a empêché Merckx de suivre cette accélération.
 
Roger De Vlaeminck se venge ainsi de Merckx, qui l'a humilié une semaine plus tôt à Paris-Roubaix, reléguant le 'Gitan' à 5 minutes et 21 secondes dans un Enfer du Nord rendu plus homérique encore par la pluie et la boue. Sur la ligne, au sprint pour la deuxième place, Verbeeck devancera dans l'ordre Merckx, Eric-le-fourbe, Pintens (qui gagnera la Doyenne en '74) et Van Springel. 
 
Grugé par la tromperie de la famille De Vlaeminck et par cet incident dont il répugnera toujours à parler par la suite, Merckx mettra pourtant rapidement les points sur les i. La vengeance est un plat que le Cannibale mange chaud. Quarante-huit heures après s’être fait rouler dans la farine, il règle ses comptes en enlevant la Flèche Wallonne.
 
Le top 10 de ce Liège-Bastogne-Liège 1970
 
1 Roger De Vlaeminck (Flandria-Mars)
2 Frans Verbeeck (Geens-Watney-Diamant) à 12"
3 Eddy Merckx (Faema-Faemino)
4 Eric De Vlaeminck (Flandria-Mars)
5 Georges Pintens (Mann-Grundig) 
6 Herman Van Springel (Mann-Grundig) 
7 Willy In't Ven (Mann-Grundig) à 4'10"
8 Raymond Poulidor (Fagor-Mercier)
9 Italo Zilioli (Faema-Faemino)
10 Lucien Van Impe (Sonolor-Lejeune)

(LB/Picture : Belga)

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Video : Comme les frères Planckaert, Eric et Roger De Vlaeminck forment une fratrie dont le nom est indissociablement lié au sport cycliste. Si le palmarès de Roger, 4 fois vainqueur à Roubaix et un des rares coureurs à avoir remporté les 5 monuments, est exceptionnel, celui de son frère aîné n'est pas mal non plus. Outre ses sept maillots arc-en-ciel en cyclocross (1966, 1968, 1969, 1970, 1971, 1972 et 1973), un record, Eric a aussi été sacré champion de Belgique à quatre reprises. Sur la route, il a remporté notamment un Tour de Belgique (1969) et une étape du Tour de France (1968).