Grand succès des formations dans l’intelligence artificielle

Publié le 18/06/2019 dans Inspiration

Grand succès des formations dans l’intelligence artificielle

En Flandre, les formations universitaires en intelligence artificielle sont très prisées. Le master complémentaire en intelligence artificielle de la KU Leuven compte 259 étudiants cette année, soit plus de 50 % de plus que l’an dernier.

Comment expliquer cet intérêt pour les formations dans le domaine de l’intelligence artificielle ?

Professeur Daniel De Schreye, coordinateur du programme de master en IA à la KU Leuven: “Tout d’abord, l’intelligence artificielle est au centre de l’actualité depuis trois ou quatre ans. Les médias s’y intéressent beaucoup. Parallèlement, de plus en plus d’entreprises, surtout les plus grandes, prennent conscience de l’énorme quantité de données disponibles qui ne demandent qu’à être exploitées : analyse, traitement d’images, pronostics marketing... Beaucoup d’étudiants sont donc issus du secteur des entreprises. Ceux qui ne travaillent pas encore voient ces formations comme un bon investissement : une fois diplômés, ils sont quasiment sûrs de trouver un emploi.”

L’initiative de cette formation vient-elle du secteur des entreprises ou du milieu académique ?

Daniel : “Du milieu académique. La formation existe depuis plus de trente ans, mais avant, tout tournait autour de la recherche. Nous avons toutefois un problème de capacité. Comme l’intérêt de la société pour l’intelligence artificielle est de plus en plus marqué, nous accueillons toujours plus d’étudiants, mais nous avons atteint notre limite.”

Quel est le profil des étudiants ?

Daniel : “Les étudiants ont des parcours très différents car les domaines d’application sont très variés. Certains viennent du secteur financier, des économistes et des actuaires par exemple, et veulent utiliser l’intelligence artificielle pour l’analyse ainsi que pour l’exploration des données. Les linguistes et le secteur de la mécanique, qui élabore des systèmes de vision pour robots, sont bien représentés aussi. D’autres étudiants ont une formation en psychologie, en neurosciences et même en droit.”

En Belgique francophone, l’IA fait parler d’elle En septembre de l’année dernière, un cours ‘Hands on AI’ a même été introduit à l’université de Mons, l’UMons. Cette formation est destinée, d’une part, aux étudiants inscrits en master et en doctorat de sciences informatiques, et d’autre part, aux ingénieurs travaillant dans les sciences informatiques. L’université organise cette formation avec le concours des instituts de recherche Numediart et InforTech.

Collaborez-vous beaucoup avec l’industrie ?

Daniel : “Un tiers de nos étudiants travaillent, nous sommes par conséquent en phase avec les besoins des entreprises. Comme nos professeurs, qui sont une trentaine, initient en permanence des projets avec des partenaires industriels, nous avons de multiples contacts avec les entreprises. À vrai dire, nous avons tellement de demandes que nous sommes obligés d’être sélectifs.”

Les entreprises belges ont-elles bien compris l’intérêt de l’intelligence artificielle ?

Daniel : “J’en ai l’impression. Le monde bancaire a bel et bien saisi l’opportunité. Certaines banques belges analysent les données depuis six ou sept ans : analyse, mesure de l’impact marketing, élaboration de profils d’investissement, prédictions en matière d’investissement… Les grandes entreprises ont en tout cas bien compris qu’il fallait miser sur l’intelligence artificielle.”

Nous leur donnons un bagage universitaire, à eux d’acquérir ensuite de l’expérience en entreprise. C’est là qu’ils vont devoir se jeter à l’eau.

Professeur Daniel De Schreye, coordinateur du programme de master en IA à la KU Leuven

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Les réglementations et les questions éthiques retardent-elles les entreprises belges par rapport aux concurrents américains ou chinois ?

Daniel : “Peu de règles éthiques ont à ce jour été édictées en matière d’intelligence artificielle, ce qui n’empêche absolument pas celle-ci de se développer. Je pense que les sommes beaucoup plus importantes investies dans la recherche par la Chine et les États-Unis ont plus d’impact qu’une éventuelle préoccupation autour de l’intelligence artificielle. Philippe Muyters, le ministre flamand de l’Innovation, vient d’annoncer un investissement de 40 à 50 millions dans l’intelligence artificielle. C’est une excellente nouvelle.”

Constatez-vous un intérêt plus marqué pour les initiatives étrangères chez vos étudiants ? Les entreprises belges ne doivent-elles pas craindre le départ de tous ces talents ?

Daniel : “Environ un tiers de nos étudiants sont étrangers et viennent de partout dans le monde. Nous proposons un des seuls programmes complets en matière d’intelligence artificielle sur le plan international. Il en existe dix ou quinze et le nôtre est en première place. Une bonne partie des étudiants retournent ensuite travailler dans leur pays d’origine. Il y a des flamands qui vont travailler à l’étranger, par exemple pour Google, mais ils font partie de l’élite.”

Quels conseils donneriez-vous à vos étudiants diplômés avant qu’ils se présentent chez leur employeur ?

Daniel : “Je n’ai plus de conseils à leur donner. Ils ont suivi une formation très diversifiée et approfondie. Ils ont les compétences pour travailler sur des applications. Ce n’est pas une formation professionnelle, mais universitaire. Nous leur donnons un bagage universitaire, à eux d’acquérir ensuite de l’expérience en entreprise. C’est là qu’ils vont devoir se jeter à l’eau.”

Le professeur Daniel De Schreye a coordonné le programme de master en intelligence artificielle de la KU Leuven pendant 16 ans. Il est rattaché au département des sciences informatiques et professeur à la faculté d’ingénierie. Il a signé d’innombrables publications sur l’intelligence artificielle, l’apprentissage machine et l’analyse de données.

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