Suite à son retour de Shanghaï où il a disputé la phase de play-in en tant que coach assistant des MAD Lions, nous avons pu échanger quelques mots avec Christophe “Kaas” Van Oudheudsen. L’occasion pour nous de revenir sur une première saison en LEC pleine de surprises et sur un passage aux Worlds plus court que prévu. C’est l’interview du mois, et si vous voulez tout savoir : on a bien rigolé en la faisant.

Salut Kaas ! Comment s’est passé le retour en Europe après les Worlds? Comment te sens-tu ?

D’un côté, c’est triste de quitter la compétition si tôt car on voulait jouer les phases de groupe et prouver qu’on savait faire mieux que ça. Mais de l’autre côté, on se sent… soulagé je dirais, parce que d’un coup tout le stress disparait. On est désormais tournés vers la prochaine saison afin de s’assurer que nous serons là aux prochains Worlds. On reste une équipe de rookies avec des joueurs et des coachs assez jeunes qui n’a eu l’occasion de jouer que 14 matchs sur scène en dehors des Worlds et le reste était en ligne donc… On verra ce qu’on peut faire mais j’ai bon espoir.

Comment se sent l’équipe ? Vous avez eu l’occasion d’échanger un peu?

Si je dois être honnête, tout le monde est un peu déçu car l’équipe sait très bien qu’elle peut bien mieux jouer que ce qu’elle a montré durant la compétition, comme par exemple pendant le Summer Split où les performances étaient bonnes. À la fin du Summer Split on a commencé à jouer un peu moins bien et on a pris de mauvaises habitudes. Nous n’avons pas été en mesure de corriger ces problèmes à temps. Combinés au stress, aux conditions des Worlds et à la quarantaine, ça a posé souci.

Petite parenthèse. On a pu lire sur Twitter que Carzzy était possiblement infecté au Covid-19. Comment va-t-il ?

Il se sent bien ! D’après lui, il a été contaminé via ses parents qui l’ont eu au travail, du coup il est confiné pour le moment. Mais comme toujours, il garde le sourire.

En parlant du Covid, quelle est ton opinion sur le dispositif mis en place par Riot en Chine durant la durée des Worlds 2020 ?

C’est incroyable de voir comment la Chine s’en sort. Riot China a vraiment mis la barre très haut pour le coup. Ils ont mis beaucoup de choses en place : vous deviez prendre votre température plusieurs fois par jour, il fallait faire des tests PCR durant tout le tournoi, étalés sur les différentes semaines. Dans le cas où quelqu’un était infecté, des équipes médicales étaient dépêchées sur place très rapidement pour isoler l’équipe. La quarantaine était aussi une très bonne mesure. Il faut dire qu’on a reçu un traitement spécial durant celle-ci. Vous vous doutez bien que quelqu’un qui fait sa quarantaine en Chine n’a pas automatiquement un PC et un set-up complet mis à sa disposition. De manière générale, ils ont su comment gérer la situation et donner un sentiment de sécurité à tout le monde et ce à chaque instant dès que nous étions sur place. Je pense qu’on peut féliciter Riot Chine et Shangaï pour le maintien de la compétition

Après, il faut comprendre qu’on était en Chine et que la manière de voir les choses là-bas est très différente de ce qu’on voit ici. La population respecte à la lettre les consignes et du coup, tout le monde y porte beaucoup moins d’attention.

Après cette quarantaine, toutes les équipes participantes ont été placées dans le même complexe. Ça fait quoi de vivre dans le même hotel que les meilleures équipes au monde ?

Évidemment, quand tu vas prendre le petit déjeuner entre les tables des équipes coréennes et chinoises, ou encore quand tu tombes sur ShowMaker dans l’ascenseur: c’est assez drôle. Mais honnêtement, on est très concentrés sur nous-même donc on ne prête pas beaucoup d’attention à tout ça. C’est toujours plus simple pour nous d’échanger avec les équipes européennes étant donné qu’on dispose d’une facilité de language. On connait très bien donc on va de temps en temps boire un verre ou discuter mais jamais de choses liées au jeu. En dehors de ça, on passe la plupart de notre temps dans les salles d’entrainement et étant donné que toutes celles-ci sont au même étage on voit parfois certains joueurs mais ça s’arrête là.

Tu le dis toi-même : votre équipe était encore composée de rookies, il en va de même pour le staff. En tenant compte de cela, quelles étaient vos attentes concernant les Worlds 2020 ?

Au début de l’année, notre but était de faire les play-offs. Après avoir terminé 3ème au Spring Split, on a revu notre objectif à une qualification pour les Worlds. Quand ce fut chose faite, le reste n’était plus que du bonus. Après, il faut toujours rêver au delà de ses espérances et de ses buts. Comme on dit : “Dream Big”.

La déception des fans s’est fait ressentir durant la phase de play-in. Que s’est-il passé durant les play-in par rapport au reste de la saison? Qu’est ce qui a changé?

De toute évidence, il y a eu plein de conditions néfastes cette année : par exemple, on a toujours notre “performance coach” Jake avec nous, cette année il ne pouvait pas nous accompagner pour des raisons médicales. On a donc du laisser Jake derrière nous. En Europe, on a tout le temps et les moyens de créer un environnement rassurant pour les joueurs, leur permettant de jouer à leur meilleur niveau avec peu de stress. L’absence de Jake a beaucoup joué a ce niveau-là. D’un autre côté, on a beaucoup de jeunes joueurs et de jeunes coachs (moi compris), qui n’ont pas beaucoup d’expérience sur scène. D’un seul coup, ils se retrouvent propulsés sur une scène internationale avec une audience énorme, ça change beaucoup. En plus de ça, la quarantaine a pesé sur certains joueurs. On est une team très soudée. Nous parlons beaucoup, on passe beaucoup de temps ensemble, on se soutient mutuellement et on ne pouvait pas le faire autant durant cette période.

Comme on a pu le voir dans la phase de play-in, avec le joueur Peanut notamment, le retour de flamme de la communauté peu parfois être très dur. On a par exemple vu Carzzy se retirer des réseaux sociaux pour éviter cela. Comment vous gérez ça dans l’équipe ?

On a une psychologue, Martina, qui était toujours très disponible et qui donnait beaucoup de conseils aux joueurs. Quand ils n’atteignent pas le niveau attendu, lire les réseaux sociaux n’apporte rien aux joueurs, à part le fait de se sentir mal. Qui plus est, ça ne changera rien aux prochaines parties que tu vas jouer de t’infliger ça. Dès lors, autant éviter et se prémunir un maximum.

À l’heure où nous discutons, il reste deux équipes européennes en lice dans le tournoi : G2 et FNC. Comment tu vois la fin de leur parcours ?

Je souhaite vraiment le meilleur aux deux équipes. Elles ont toujours fait des performances incroyables sur scène et elle sont le dernier espoir de l’Europe après l’élimination de Rogue et notre sortie en play-in. De mon point de vue, ça sera un peu plus dur pour Fnatic étant donné qu’ils jouent TOP Esports en quart de finale (FNC s’est finalement incliné 2-3 face à TOP; ndlr) et qu’ils sont “plutôt bons” disons le. Selfmade aura beaucoup de pression durant les rencontres car il est un joueur que tout le monde observe beaucoup pour l’instant. Concernant G2, je suis persuadé qu’ils devraient gagner face à Gen G. Leurs sololaners sont juste insane, vu la meta fort portée sur le top/Jungle pour le moment, ça devrait leur être favorable. On peut le dire : Caps et Wunder sont des pièces maîtresses de l’équipe en ce moment.

Cette année, quelle équipe vois-tu repartir avec la coupe ?

DAMWON est sur autre planète depuis le début de la saison. Ils n’ont fait que monter en puissance et ça ne s’arrête toujours pas. L’année passée, ils sont arrivés aux Worlds avec une team de rookies et se sont fait sortir par G2 en quart de finale. Ceci-dit et comme je le disais, ils ont progressé avec cette même équipe toute la saison et sont vraiment des solides concurrents au titre. Aujourd’hui, leurs joueurs sont considérés comme parmi les meilleurs à leur poste. Même en LCK, ils n’ont perdu aucune game en play-off et en saison régulière ce sont seulement deux BO3 sur 18 qui leur ont échappés. C’est une statistique incroyable. Je ne vois pas d’équipe capable d’arrêter Damwon aujourd’hui. Même en scrim (match d’entrainement; ndlr), ils sont très redoutés. La seule chose qui est différente en scrim, c’est qu’ils jouent beaucoup plus agressifs et parfois ça se joue à pile ou face. Sur scène, ils ont la sagesse de se réserver un petit peu plus, c’est pourquoi ils sont si menaçants selon moi. Cependant, c’est quelque chose qui peut profiter à une équipe comme G2.

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TOP Esports est arrivé aux Worlds en favori pour le titre, c’est toujours le cas aujourd’hui?

Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de regarder TOP Esports durant le tournoi. Ceci dit, en saison régulière, on essaye de s’intéresser à certaines équipes chinoises avec la team et TOP fait partie de ces équipes auxquelles nous nous intéressons. On voulait jouer le même style qu’eux. C’est une stratégie qui fonctionne quand vos joueurs ont des niveaux individuels stratosphériques, ce qui est le cas pour eux. Attention, je ne dévalue pas mes joueurs mais c’est une question de réalisme d’admettre que leurs joueurs sont un niveau au dessus. La finale risque donc se jouer entre eux et DAMWON. Ça promet une belle série.

Pour ceux qui ne le savaient pas, avant de devenir coach assistant chez MAD, tu étais toi-même un joueur profesionnel. Qu’est ce qui diffère entre les deux rôles? Excepté bien sur le fait que tu ne joues plus. (rires)

La principale différence réside dans la manière dont on gère les relations avec les joueurs. Tu ne peux pas les gérer comme si tu étais joueur. Il n’y a pas de débat entre qui a raison et qui a tort mais plutôt comment amener des solutions aux problèmes rencontrés en tant qu’équipe. Il faut comprendre les joueurs individuellement car ils ont tous des manières différentes d’encaisser les remarques et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer .

On peut s’attendre à te retrouver chez MAD pour la prochaine saison ?

Oui oui je serai là, pas de soucis à se faire !

Les habitués de la LEC ont pris l’habitude de vous voir célébrer vos victoires face à la caméra. Soyons honnêtes : Qui est le cerveau derrière ces âneries qui font rire toute la communauté ?

(Rires) Tous les joueurs y réfléchissent avant les matchs. Parfois, on essaye de leur donner de l’inspiration mais généralement c’est Carzzy qui y pense. Humanoïd participe aussi beaucoup. Je peux même vous dire quelque chose: si on avait été jusqu’en phase de groupes, on en aurait refait c’est sûr. Certaines étaient déjà préparées, on les garde pour l’année prochaine ! (rires)

Copyright photo: David Lee pour Riot Games