Si tout le monde garde encore en mémoire l'édition dantesque de Liège-Bastogne-Liège 1980 et les doigts gelés de Bernard Hinault au terme d'une chevauchée fantastique dans la tempête de neige, qui se souvient aujourd'hui de Ronny Claes, une étoile filante au firmament encombré des champions cyclistes belges ?
 
Ronny Claes. Ce nom vous dit quelque chose ? Sans doute pas. Il est vrai que nous vous parlons d'un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître...

Né en 1957, Ronny Claes abandonne rapidement son métier de facteur pour devenir cycliste à temps plein. Chez les amateurs, en 1978, il signe une deuxième place prometteuse dans Paris-Roubaix Espoirs et remporte la Flèche Ardennaise, une des courses d'un jour les plus dures du calendrier. L'année suivante, il remporte une étape du Tour de l'Avenir. De quoi passer professionnel sous les couleurs de Ijsboerke-Warncke Eis, aux côtes de coureurs comme André Dierickx, Jos Jacobs, Ludo Delcroix, Marc Demeyer, Peter Winnen, Daniel Willems ou Rudy Pevenage.

Des débuts tonitruants

Nous voilà en 1980 et Ronny Claes, 22 ans à peine, signe un début de saison tonitruant pour sa première année chez les pros. En mars, il se classe 7e de la Flèche Brabançonne. Le 7 avril, il remporte la première étape du Tour du Pays Basque au sprint et s'empare du maillot de leader à Logroño. Le 10 mai, il gagne une étape de moyenne montagne au Tour de Romandie, devant Schipper et Hinault, ce qui n'est pas donné à tout le monde.Entre ces deux victoires, il se classe, performance exceptionnelle pour un néo-pro, troisième d'un Liège-Bastogne-Liège sibérien à 9'24" du vainqueur, Bernard Hinault. Exploit d'autant plus remarquable qu'il est accompli dans une course d'anthologie où seuls 21 coureurs (sur 174 partants) verront l'arrivée d'une édition dantesque depuis surnommée 'Neige-Bastogne-Neige'.

Le Blaireau sort de son terrier

Il fait si mauvais ce jour-là qu'une moitié du peloton n'a pas voulu prendre le départ. Les autres ont déjà abandonné au bout d'une heure de course. A 80 kilomètres de l'arrivée, le bien nommé Blaireau sort de son terrier passablement enneigé et laisse sur place un peloton réduit à sa plus simple expression dans la tempête et la poudreuse, pour signer un des plus beaux exploits de sa carrière.Un exploit tellement insensé et retentissant qu'à l'époque, rares sont ceux qui remarquent le jeune Ronny Claes qui achève la course en troisième position, accompagnant jusqu'à la ligne le grand Hennie Kuiper, avec près de dix minutes de retard sur Hinault. "Après Bastogne, on a commencé à avoir vraiment beaucoup de neige. Les gens nettoyaient la route avant que l’on passe et poussaient la neige sur le côté. C'était une course pour survivre, ce n’était plus vraiment une course de vélo", se souvient Kuiper qui - rappelons-le - a gagné 4 des 5 monuments, seule La Doyenne manquant à son palmarès.

Kuiper à pied

"J’étais vraiment bien préparé, en grande forme. (...) Dans la côte de Stockeu, j’étais parmi les premiers au sommet, mais la moto de la télévision belge m’a bloqué la route et j’ai dû m’arrêter. Elle allait trop doucement et était trop près de moi. Je me suis retrouvé à pied, les autres m’ont dépassé. J’étais dans les forts pourcentages, je ne pouvais pas me relancer, j’ai dû faire quelques mètres à pied. Après ça j’ai sauté sur mon vélo, je suis reparti, puis il y avait la côte de Haute-Levée, où je suis rentré sur le groupe de tête. Mais Bernard Hinault venait juste d’attaquer et de partir", explique-t-il au site 'Chronique du vélo'. "Au final, je suis sorti plus tard avec Ronny Claes et on est allés jusqu’à Liège ensemble. Il n’y avait personne dans les rues. J’ai terminé deuxième au sprint, neuf minutes après Bernard Hinault, qui était déjà douché quand on est arrivés.""C’était seulement ma onzième course chez les pros", racontait pour sa part Ronny Claes au journal le Dauphiné en 2014. "Et c’est peut-être pour ça que je n’ai pas osé suivre Hinault quand il a attaqué. Je me sentais si bien…" A 22 ans, Claes est sélectionné par son équipe pour disputer le Tour de France 1980. A la faveur de quatre excellents chrono (son équipe finit 4e et 3e des deux (!) CLM par équipes et il se classe 9e du CLM individuel à Spa), il se retrouve 7e du général au soir de la 11e étape. Mieux : il porte le maillot blanc de meilleur jeune jusqu'à trois jours de l'arrivée (11e au général) quand il chute dans le col du Barioz et doit abandonner, transporté à l'hôpital de Grenoble. "Trois jours plus tard, j’aurais été sur les Champs-Élysées. Après, plus rien n’a jamais été pareil. Un nerf coincé m’a fait perdre trop de force dans la jambe droite. À l’époque, on n’était pas soigné comme aujourd’hui."

Emporté par les bourrasques de l'histoire

Quatre ans plus tard, après un lent déclin, il met un terme à sa carrière, sans avoir jamais pu confirmer. Et le nom de Ronny Claes, comme tant d'autres sera emporté comme un banal flocon de neige dans les bourrasques de l'histoire...

(LB avec DC/Tagtik/Picture: Photo News)

Les 21 coureurs à l'arrivée

1. Bernard Hinault FRA Renault-Gitane 7 h 01 min 42 s
2. Hennie Kuiper NED Peugeot-Esso-Michelin + 9 min 24
3. Ronny Claes BEL IJsboerke-Warncke Eis m.t.
4. Fons De Wolf BEL Boule d'Or-Studio Casa+ 10 min 34
5. Pierre Bazzo FRA La Redoute-Motobécane m.t.
6. Ludo Peeters BEL IJsboerke-Warncke Eis m.t.
7. Herman Van Springel BEL Safir-Ludo + 12 min 05
8. Guido Van Calster BEL Splendor-Admiral + 12 min 35
9. Johan van der Velde NED TI-Raleigh-Creda m.t.
10. Eddy Schepers BEL DAF Trucks-Lejeune m.t.
11. Gilbert Duclos-Lassalle FRA Peugeot-Esso-Michelin m.t.
12. Silvano Contini ITA Bianchi-Piaggio m.t.
13. Henk Lubberding NED TI-Raleigh-Creda + 16 min 03
14. Stefan Mutter SUI TI-Raleigh-Creda m.t.
15. Pascal Simon FRA Peugeot-Esso-Michelin m.t.
16. Jan Jonkers NED Boston-IFI-Mavic + 17 min 59
17. Bert Oosterbosch NED TI-Raleigh-Creda+18 min 35
18. Paul Wellens BEL TI-Raleigh-Creda m.t.
19. Frits Pirard NED Miko-Mercier-Vivagel m.t.
20. Jean-Raymond Toso FRA Puch-Campagnolo-Sem+24 min 06
21. Jostein Wilmann NOR Puch-Campagnolo-Sem +27 min 00

Video : sur ces images qui permettent de juger des conditions franchement apocalyptiques de cette Doyenne 1980, on aperçoit Ronny Claes, dossard 222 (vers 1 min 25)