Dans les années 1930, Alfred Nakache était l’un des nageurs les plus en vue de sa génération. Déporté à Auschwitz alors qu’il était au sommet de sa carrière, l’athlète juif survivra aux camps de la mort pour revenir sur le devant de la scène.
Né en 1915 à Constantine, en Algérie française, le jeune Alfred grandit au sein d’une famille juive de onze enfants. Enfant, il développe une phobie de l’eau qu’il réussit à vaincre en plongeant dans la piscine. Rapidement, il se découvre des capacités pour la natation et devient même le prodige local.

A 16 ans seulement, il devient champion d’Afrique du Nord et l’un des pionniers de la nage papillon. Trois ans plus tard, Nakache traverse la Méditerranée pour participer aux championnats de France de natation à Paris. Il termine à la deuxième place du 100 m nage libre derrière la légende Jean Taris et décide dans la foulée de s’installer en France pour se consacrer pleinement à son sport.

Il dispute ses premiers Jeux olympiques avec l’équipe de France de natation en 1936 à Berlin. A l’occasion de ces “Jeux nazis”, Nakache et ses coéquipiers échouent au pied du podium du relais 4x200 m nage libre mais terminent devant l’Allemagne d’Adolf Hitler.

Le "nageur d'Auschwitz"

Les années suivantes seront celles de l’apogée du nageur. “Artem”, comme il était surnommé, collectionne les titres français et bat plusieurs records nationaux. Jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale vienne briser son élan. Déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy, Nakache se réfugie à Toulouse avec son épouse et sa fille. Là-bas, il continue de performer et bat même le record du monde du 200 m brasse.

Mais la réalité de la guerre finit par le rattraper. En 1943, Nakache et sa famille sont arrêtés par la Gestapo et déportés à Auschwitz. Séparé des siens, le nageur est affecté au camp de travail. Reconnu par certains officiers SS, il subit diverses humiliations, comme celle d’aller repêcher un poignard avec les dents au fond d’un bassin de rétention d'eau. Sa résistance consiste à défier ses bourreaux en improvisant à leur insu des séances de baignade dans la piscine en compagnie de quelques camarades.

L'incroyable retour

Durant le rude hiver 1945, Nakache rejoint le camp de Buchenwald dans le cadre d'une marche de la mort. Une fois libéré de cet enfer, il rentre à Toulouse, où tout le monde le croyait mort, et il apprend alors que sa femme et sa fille ont péri à Auschwitz.

Après cette terrible épreuve, le rescapé, qui ne pesait plus qu'une quarantaine de kilos à sa libération, va se reconstruire grâce au sport. Moins d’un an plus tard, il bat le record du monde du relais 3x100 m et conquiert un nouveau titre de champion de France. En 1948, il participe, douze ans après ses premiers Jeux olympiques, à ceux de Londres. Il dispute les épruves de natation, mais aussi de water-polo, sans décrocher de médaille.

En 1983, il succombe d’un malaise cardiaque alors qu’il réalisait son kilomètre de natation quotidien dans le Sud de la France.

Une fois de plus… Dans le sport, tout est possible !