Depuis quelques semaines, la Belgian League, compétition majeure de League of Legends dans notre plat pays, a repris ses droits. Au-delà du spectacle proposé par les différentes équipes, cette compétition est animée par plusieurs commentateurs. Dans le milieu de l’e-sport, on les appelle des casters. Cette semaine, on est donc parti à la rencontre d’un des casters francophones de la ligue, Visso, afin qu’il nous en apprenne un peu plus sur sa passion et sur son parcours dans le jeu-vidéoOn part donc à la découverte de ce métier, indispensable à la compétition e-sportive !

 

Salut Visso ! Pour ceux qui seraient étrangers à la Belgian League, peux-tu te présenter en quelques mots?

Visso : Salut! Je suis commentateur e-sport francophone pour la Belgian League! Je suis aussi consultant dans l’e-sport en général et “journaliste” pour certains médias du secteur. À côté de ça, je suis poursuis encore mes études en médecine.

Comment ta relation avec les jeux-vidéos a démarré ? Tu as des souvenirs de ton enfance liés au monde du gaming ?

J’ai commencé le jeu vidéo avec Mario Kart Double Dash sur Gamecube ! Ensuite, je me rappelle avoir insisté au près de mes parents pour recevoir une Gameboy Color à l’époque. Je n’ai jamais vraiment laché le milieu par la suite. Ça m’a permis de découvrir une réelle communauté, dans des endroits comme les LAN par exemple. Je me suis pris de passion pour League of Legends après qu’on l’aie installé (à mon insu) sur mon ordinateur ! *rires*

Tu étais donc un gamer console avant de passer sur ordinateur ?

Oui mais je pense qu’on est tous plus ou moins passés par une console de salon comme la Gamecube ou la Playstation avant de se rendre compte que PC c’était bien mieux. *rires*

Qu’est ce qui t’a séduit dans un jeu comme League of Legends ?

Durant les premières parties, j’étais un peu perdu. Comme beaucoup, je me demandais comment utiliser l’arc que je venais d’acheter au shop ! Plus sérieusement, ce qui m’a séduit dans le jeu c’est qu’il était accessible à tout le monde. À l’époque, le modèle de jeu “free-to-play” n’était pas encore développé et ça permettait à beaucoup de jouer avec peu de moyens. C’était avant tout un moyen de se retrouver et de s’amuser tout ensemble, sans aucune contrainte financière.

De ce que je comprends, tu as donc commencé les jeux-vidéos comme n’importe quel adolescent qui s’intéresse à cet univers. D’où est venue cette passion de commenter des parties ?

Je m’y suis intéressé en découvrant un bar dans le centre de Bruxelles, qui existe toujours d’ailleurs : le Meltdown (bar tourné autour de la pratique des jeux-vidéos, où de nombreux tournois sont organisés; ndlr)! À cette époque, je suis tombé sur un certain Paulolax qui commentait les parties qui se jouaient sur place. Ça m’a beaucoup interessé et un jour, il a pris des vacances. Quelle lourde erreur ! *rires* Ça m’a permis de récupérer le micro pendant quelques temps. À son retour, j’avais investi la scène et on est partis sur un duo de commentateurs.

Si je comprends bien, tu as donc commencé par caster de petits tournois ?

Oui ! On commentait des matchs de joueurs casuals (non-professionnels; ndlr) au Meltdown après quelques bières! Au fur et à mesure, on s’est professionnalisés. On a commencé à faire quelques évènements de manière bénévole avant d’améliorer la qualité de notre cast (manière de commenter; nldr). Bien entendu, la qualité des évènements a suivi et on a progressé petit à petit

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Jusqu’à arriver à la Belgian League! Qu’est ce qui te passionne autant dans le fait de caster ces parties de League of Legends toutes les semaines ?

Tout d’abord, j’adore League of Legends. J’ai rarement vu un jeu aussi vivant, aussi complet. C’est hyper dynamique, que ce soit dans le gameplay ou dans la manière dont le jeu est mis à jour. On a des patchs régulièrement ce qui nécessite de l’adaptation, que ce soit de la part des joueurs ou de la nôtre. La scène compétitive aussi est très importante car elle permet de comprendre certains aspects du jeu qu’on doit retranscrire à notre niveau. Ensuite, on a de très bons joueurs que ce soit au niveau national ou au niveau international et ça donne donc forcément envie de s’intéresser encore plus à la compétition. Mes capacités en tant que joueurs étaient assez limitées donc j’ai décidé de me mettre au casting !

À côté de ça, il y a évidemment l’aspect interactif du casting. On essaye de faire vivre au maximum les rencontres au public en mettant de l’énergie et de l’émotion.

Caster d’autres jeux que League of Legends, c’est une option pour toi ?

C’est déjà le cas! Je me suis investi sur d’autres jeux comme Rocket League où j’ai accumulé une certaine expérience en commentant quelques compétitions que j’organisais sur ma chaîne Twitch avec des amis. Je commente aussi quelques parties de Valorant de temps en temps, de manière bénévole. En général, j’aime me diversifier dans mes activités mais j’estime que pour rester valable en tant que commentateur de League of Legends, ça nécessite un investissement constant. Même si je ne pense pas me professionnaliser sur les autres jeux, ça permet aussi d’acquérir une expérience de casting différente. Bien entendu, un jeu ne se commente pas de la même manière qu’un autre.

Le mot investissement revient souvent quand on t’écoute. Ça n’a pas été compliqué de mêler des études de médecine à ta passion de caster ?

C’était très dur. J’ai d’ailleurs étalé ma dernière année sur deux ans pour pouvoir continuer à être à fond sur la Belgian League et profiter de ma carrière. Pour l’instant, j’arrive à équilibrer les deux mais je ne suis pas sur que ça durera très longtemps. Les deux me plaisent tout autant et il faudra faire un choix à un moment. À ce niveau, je ne sais pas encore comment les choses vont évoluer.

On voit donc que tu fais des concessions pour ta carrière de caster. Devenir professionnel et vivre du casting, c’est quelque chose d’envisageable pour toi?

Avant tout, j’aimerais vraiment progresser en terme de qualité de cast. La Belgian League est une belle occasion et beaucoup de gens aimeraient profiter de cette expérience, j’en suis conscient. Si un jour, une proposition m’est faite d’aller jeter un petit coup d’oeil à l’international, pourquoi pas… Mais ce n’est pas encore le cas ni la question. Si je décidais de me lancer en plein temps dans l’e-sport, je finirai d’abord mes études, qui me passionnent, avant de me lancer, histoire d’avoir une certaine sécurité derrière.

Revenons un peu sur le métier de caster en lui-même. De quelle manière on se prépare en tant que commentateur de League of Legends ?

Comme je le disais, League of Legends est un jeu qui évolue beaucoup au fil du temps. Je lis donc toutes les mises à jour qui se font sur le jeu et j’essaye de les apprendre par coeur et d’en retirer un maximum d’informations afin de pouvoir l’expliquer au spectateur quand c’est nécessaire. Ensuite, on regarde les performances des joueurs présents dans la ligue qu’on commente, en mettant en avant leurs points fort et leurs points faibles et en essayant de dégager des storylines afin de rendre la compétition plus vivante. C’est un travail qui se fait en équipe, avec mon partenaire Paulolax mais aussi avec les casters néerlandophones Dino et Xsodus. Après vient le travail en studio, mais c’est la partie la plus amusante!

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Tu nous parlais de ton duo avec Paulolax. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu l’utilité de commenter à deux personnes ?

Il existe deux types de casters, bien que la distinction soit plus faible en francophonie que chez nos amis anglophones. Tout d’abord, le color caster va s’intéresser un peu plus à la stratégie globale et à la partie théorique entourant le jeu. Il essaye de produire des analyses plus profondes sur ce qui se passe à l’écran. À côté de lui, on retrouve le play-by-play caster. Son rôle à lui, c’est de faire vivre la partie aux spectateurs en mettant du rythme dans les commentaires mais aussi en analysant précisément ce qui se passe à l’écran. Dans un jeu comme League of Legends où beaucoup de choses se passent à l’écran, ça aide le spectateur à s’y retrouver et à comprendre où se passe l’action importante. J’adore particulièrement ce rôle mais j’essaye de m’améliorer un maximum pour être performant dans les deux positions.

Pour les apprentis casters qui nous regardent, quelles sont les qualités qu’il est indispensable d’avoir pour devenir un bon commentateur de jeux-vidéos ?

Beaucoup de gens sont capables de caster mais ça demande beaucoup d’heures de travail. Déjà, il faut être à l’aise face à une caméra et arriver à relativiser le nombre de personnes qui te regardent. Bien sûr, une certaine aisance avec la langue utilisée est nécessaire pour ne pas bafouiller au moment où l’action s’emballe. Une chose très important selon moi, c’est d’aimer le jeu que l’on caste. Quand on écoute quelqu’un parler d’un jeu qu’il n’apprécie pas spécialement, ça se ressent et ça retire quelque chose à l’expérience du spectateur.

La nouvelle saison de Belgian League a redémarré depuis maintenant trois semaines. De manière générale, c’est quoi ton ressenti sur la compétition jusqu’ici ?

Ne tournons pas autour du pot, effectivement je suis déçu qu’on ne retrouve plus de structures francophones dans la ligue mais je pense que les remplaçants de RSCA et des Brussels Guardians valent tout autant le détour. Je suis extrêmement content de l’amélioration en terme de niveau. L’année passée, certains toplaners étaient très talentueux tandis que le reste des équipes étaient un peu derrière. Cette année, on peut constater une nette progression à tous les postes. Ça donne de réelles perspectives quant à une possible qualification pour les European Masters et j’en suis très content. L’encadrement offert aux joueurs par les structures laisse présager de belles choses et un avenir assez solide pour la Belgian League.

Il y a un joueur qui t’a particulièrement marqué ?

Je pense que je vais voler le choix de mes collègues casters mais selon moi, Marrow Ooze, le midlaner de ION SQUAD a montré de très belles choses et une excellente capacité à s’adapter en fonction de son match-up.

En parlant de ION SQUAD, beaucoup de remarques ont été adressées en début de saison à l’organisateur de la ligue, META, concernant le recrutement d’une structure aussi jeune. Vu les résultats affichés (les ION SQUAD sont actuellement à 4 victoires pour 0 défaites; ndlr), ces remarques sont-elles toujours justifiées ?

Vu les performances de l’équipe, je pense que le pari est réussi pour l’organisateur. Au delà de toutes querelles, c’est aussi ça l’e-sport : donner sa chance à une structure plus jeune pour la voir progresser. Parfois ça ne fonctionne pas, mais avec un score de 4-0 on peut dire que ça fonctionne plutôt bien pour le coup.

Finissons cette interview sur une note joyeuse ! Tu aurais une anecdote de cast à partager aux lecteurs de Pickx ?

Il y a un cast qui m’a beaucoup marqué avec Paulolax. Ça remonte à nos débuts avec lui, il y a 5 ans! J’ai un souvenir de nous deux, vacillants de fatigue après avoir commenté la finale des Worlds qui opposait Samsung White aux SKT T1. Certains des matchs ont duré plus de 75 minutes, ce qui est énorme ! On est restés très tard pour commenter ça face à un public délirant, et un peu saoul ! Excellent souvenir ! *rires*

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