Dans la scène CS:GO, le nom de Adil “ScreaM” Benrlitom est bien connu de tous. Redouté pour son style de jeu agressif et ses one-taps dévastateurs, le joueur belge a entamé il y a quelques mois une reconversion sur Valorant, le FPS de Riot Games. On en a profité pour discuter avec lui de la scène compétitive, de son récent recrutement chez Team Liquid et de son petit frère Nivera, fraichement arrivé dans le roster CS:GO de Vitality.

Salut Adil, quelques mois après avoir changé de jeu et être passé sur Valorant, tu peux nous en dire un peu plus sur les raisons qui t’ont poussées à changer de licence après 10 ans sur Counter-Strike ?

C’est un ensemble de choses qui m’a poussé à prendre cette décision mûrement réfléchie. Ma carrière sur CS:GO en était à un point où je n’étais pas entièrement satisfait. Je n’avais pas les bonnes opportunités pour montrer mon plein potentiel. À terme, j’ai perdu la motivation de progresser. Quand Valorant est sorti, c’était juste une opportunité à saisir. Que ce soit graphiquement (ScreaM est fan de manga; ndlr) ou dans le gameplay, tout m’a beaucoup plu dès le début. Un choix s’offrait alors à moi : rester sur CS:GO en remontant tous les échelons ou me diriger sur Valorant et essayer d’y construire quelque chose. C’est assez fou car quand j’y réfléchis, Valorant n’était pas un jeu que j’attendais. Je m’étais résolu à remonter le ladder de CS:GO et l’arrivée du jeu a réellement chamboulé ma vision de l’avenir. Évidemment, le potentiel e-sportif du jeu a aussi beaucoup influencé ma décision. De manière générale, je vois vraiment ce changement comme un nouveau départ.

Bien que Valorant et Counter-Strike soient basés sur le même principe, il y a beaucoup de choses qui changent d’un jeu à l’autre. Tu as rencontré des difficultés pour t’adapter au jeu ?

Malgré une structure commune, ces deux jeux sont assez différents. Le plus gros apport de Valorant, ce sont bien évidemment le système d’agent et de compétences propres à chacun de ces agents. Du coup, assimiler toutes les infos pendant un round peut s’avérer assez compliqué à gérer quand on débute sur le jeu. Cela dit, cet ajout offre beaucoup plus de possibilités stratégiques et rend le jeu plus complexe. Si il est assez simple à prendre en main au début, il devient stratégiquement beaucoup plus compliqué quand on joue à haut niveau. D’un autre côté, le jeu est beaucoup plus lent que Counter-Strike. Ca peut paraitre paradoxal car il existe des compétences qui permettent d’effectuer des dashs mais les mouvements des joueurs sont beaucoup plus lents.

C’est pas un peu angoissant de repartir de zéro sur un nouveau jeu quand on a une maitrise exceptionnelle d’un jeu comme tu avais sur Counter-Strike ?

Non pas trop. Comme je te disais, la décision n’a pas été prise sur un coup de tête. J’y ai beaucoup réfléchi. J’ai joué au jeu pendant deux mois en prenant beaucoup de plaisir et j’ai remarqué que mes compétences sur Counter-Strike me permettaient d’avoir un certain potentiel sur Valorant. Dans ma tête, je ne repartais donc pas de zéro car je voyais plus les opportunités que les difficultés qui pouvaient potentiellement se mettre sur mon chemin.

Début août, tu es recruté par Team Liquid pour jouer dans leur roster actif sur Valorant. Explique nous un peu comment s’est déroulé ce recrutement.

À l’époque, j’étais sous contrat avec Gamer Legion sur CS:GO. Je pense que mon contrat finissait fin 2020. Du coup, si je voulais changer de jeu, et donc d’équipe, il fallait que la structure intéressée me rachète. On a d’abord été en contact avec G2. Mon agent Jérôme était en discussion eux. Il a fait les démarches, beaucoup négocié mais ils ne semblaient pas prêts à payer le bailout. Ensuite, l’équipe anglaise fish123 a perdu un joueur et j’ai commencé à jouer avec eux. Au final, Liquid a signé tout le roster en même temps.

Toi qui es passé par de nombreuses organisations au cours de ta carrière sur CS:GO, on ressent quoi quand on est engagé par une structure aussi importante que Team Liquid ?

Franchement, représenter Team Liquid sur un nouveau jeu avec beaucoup de potentiel comme Valorant, c’est un honneur. Merci à eux de m’avoir fait confiance, c’était une grosse décision et un gros investissement qu’ils ont fait mais avec le potentiel du jeu, je pense que c’était la bonne chose. Maintenant, mon seul objectif est de faire des bonnes performances avec l’équipe pour se créer une image et une réputation sur le jeu. On est capables d’honorer le nom de Liquid mais tout reste à faire. On s’entraine à fond pour le First Strike (Le First Strike est le premier tournoi officiel organisé par Riot. La Team Liquid s’est qualifiée pour le Main Event; ndlr) .

En parlant d’entrainements, comment ça se passe en pratique avec tes nouveaux coéquipiers ?

On constate une bonne progression tous les jours mais il y a beaucoup de détails à régler quand on joue en compétitif sur un jeu comme Valorant. Pour le First Strike, il y a des nouvelles équipes qui vont apparaitre avec des nouvelles stratégies. On ne sait pas trop à quoi s’attendre, mais en tout cas on s’entraine dur, en équipe et individuellement, pour faire face à toute éventualité. Avec le virus, on n’a pas encore pu effectuer de bootcamp dans les locaux de Liquid aux Pays-Bas mais ça devrait arriver dans le futur. Si on pouvait visiter les locaux aux États-Unis, ça serait incroyable.

On constate de plus en plus que, dans des jeux d’équipe comme Valorant, la cohésion et l’esprit d’équipe est primordial. Comment est l’ambiance dans l’équipe pour l’instant ?

Il y a plutôt une bonne ambiance ! Après on est dans une période d’entrainements intensifs du coup on ressent une certaine tension mais rien de personnel entre les joueurs. Il y a une très bonne entente. Ce sont des gens sympas et avec beaucoup de respect. C’est important pour moi.

Parlons un peu de ton rôle dans le roster. Pour les non-initiés, ça peut parfois être compliqué à comprendre. Tu nous éclaires ?

Sur Valorant, c’est un peu particulier car il y a le système d’agents. Ce dernier rend les rôles un peu prédéfinis. Par exemple, je joue Jett, un personnage avec beaucoup de mobilité. C’est donc souvent moi qui vais passer en premier avec l’aide de mes supports. J’essaye de prendre l’avantage en gagnant de l’espace sur la map et en occupant des poses stratégiques. De manière générale, notre rôle dépend beaucoup de l’agent qu’on joue, mais chaque joueur reste généralement sur un pool de 2-3 agents. Ensuite en vocal, on a un capitaine qui fait les calls (qui donnent les ordres; ndlr). C’est lui qui établit une stratégie en début de round et on l’écoute. À côté de ça, j’essaye de trouver des solutions pour mon meneur de jeu. Je parle beaucoup. Mon rôle c’est aussi de lui donner des informations qu’il ne peut pas voir sur son écran. Vu de l’extérieur, ça peut paraitre brouillon quand on nous écoute mais la communication est en réalité assez structurée.

L’équilibrage des jeux est un point sur lequel Riot était souvent vivement critiqué par la communauté. Quel est ton avis sur l’état du jeu pour l’instant ?

Je suis vraiment surpris et satisfait du boulot que les développeurs font. Ils écoutent beaucoup la communauté et ils essayent d’équilibrer le jeu au maximum en fonction de ça. Bien sûr, ils font des erreurs, comme tout le monde. Mais de manière générale, on ressent vraiment cette envie d’écouter la communauté et de faire un bon jeu qui satisfait le plus grand nombre.

Les mises à jour sont d’ailleurs fréquentes et, avec elles, arrivent de nouveaux agents. Le premier à avoir été intégré est Skye, tu en as pensé quoi ?

Par chance, j’ai eu droit à un accès anticipé à l’Acte 3 donc j’ai pu l’essayer un peu avant tout le monde. Le champion en lui-même a beaucoup de potentiel en tant que support mais demande beaucoup de maîtrise. Ce qui est intéressant avec l’ajout de nouveaux agents, c’est que la méta va évoluer assez régulièrement. Cela va amener de nouvelles stratégies dans le jeu et ça risque de chambouler pas mal de choses dans les équipes. On pourra voir quelles équipes sont capables de s’adapter ou pas.

En attendant un premier tournoi officiel, le circuit Ignition Series a occupé la scène e-sportive sur Valorant durant quelques mois. Tu en as pensé quoi ?

Ça sert beaucoup à se chauffer et à voir qui est un peu au dessus du lot. Au niveau du format, ce n’était pas très sérieux. On peut souligner par exemple le manque de loser bracket et l’entièreté des arbres joués en BO1. Le tournoi Blast était un peu mieux parce qu’on faisait des BO3 et que le format était un peu plus adapté. Après, c’est normal, ça reste les premiers tournois du jeu.

Le First Strike sera donc le premier tournoi officiel organisé par Riot. Jusqu’ici tu en penses quoi ?

Les qualifications ouvertes, c’est vraiment une bonne idée ! Ce genre de format permet à toutes les équipes de se qualifier si elles ont le niveau. Après, ça va être très très dur. Toutes les phases se jouant avant les play-offs seront en BO1 et sans loser bracket, ce qui veut dire que défaite est synonyme d’élimination. Ceci dit, une fois le Main Event commencé je pense que le format devrait déjà être plus adapté.

On remarque une certaine rivalité entre G2 et Team Liquid sur les réseaux sociaux avec une bonne dose de taunt par moment. Tu trouves ça sain une telle rivalité entre deux équipes ?

Pour l’instant, je ne considère pas ça comme une rivalité. Dans les Ignition Series, on a pas réussi à montrer de quoi on était capable. Après, ça ramène forcément une dose de fun et de piment dans la compétition. La communauté aime bien ça. Je suis pas un pro du taunt mais ce n’est pas quelque chose qui me choque.

Ton petit frère a récemment été recruté par Vitality. Ça fait quoi de voir son petit frère dans une des plus grosses équipes mondiales, qui plus est sur le jeu auquel on a joué pendant 10 ans ?

Ça fait bizarre parce qu’il a été très vite. Il est monté assez rapidement alors qu’il ne joue au jeu que depuis 2-3 ans. Ce qui est drôle, c’est qu’il joue avec des joueurs avec lesquels j’ai joué il y a 10 ans. J’espère qu’il va réussir à montrer son réel niveau et que la réussite sera au rendez-vous. Il est jeune et il a encore le temps. Et puis, le nom de famille reste dans le milieu, c’est une belle histoire.

Copyright photos : Team Liquid