Comme bien des jeux à vocation e-sportive, Rocket League possède un panel étendu d’équipes professionnelles évoluant à haut niveau. Avec à leur tête un entraineur souvent caché dans l’ombre.

Le vent souffle avec force dehors lorsque nous entamons notre entretien sur Discord avec Liam “Cha0s” De Cuypere. Il revient tout juste d’un cours de business dédié à l’esport qu’il suit à Hasselt et confirme bien la tempête qui balaye les rues, le sourire aux lèvres. Il faut dire qu’il semble parfaitement décontracté, malgré le fait d’avoir affronté la météo capricieuse. Son calme contraste avec l’événement auquel lui et l’équipe Triple Trouble prendront part dans trois jours à peine. La structure s’est qualifiée pour les playoffs du premier major des Rocket League Championship Series X et affrontera le gratin européen avec pour premiers adversaires les Galaxy Racers.

Cha0s, coach belge de Rocket League

Si Cha0s est aussi calme, c’est parce qu’il se doit de guider ses joueurs vers la victoire. Après tout, c’est aussi son rôle de coach, un coach de Rocket League. L’histoire nous a habitués à voir des entraineurs évoluer aux côtés des joueurs dans d’autres jeux bien connus de la scène esport professionnelle comme sur League of Legends ou encore CS:GO. D’emblée, leur rôle apparait évident. Ces jeux, bien qu’ayant un gameplay et une approche totalement différente, ont un point commun : la stratégie. Il ne s’agit pas ici de la stratégie Monopoly, mais de celle d’un champ de bataille où chaque décision compte. Le coach analyse et observe les parties, comme un général qui attend de donner ses instructions après avoir cerné les faiblesses de l’adversaire.

Mais lorsqu’on parle de Rocket League, les choses peuvent sembler légèrement différentes. Le jeu n’a rien d’une partie d’échecs et l’élément « theorycraft » (théorisation de certains éléments d’un jeu, ndlr) qu’il est possible d’exploiter comme sur LoL avec les counterpicks où sur Counter-Strike avec les smokes et les grenades et le positionnement sur la carte est moins évident. Ici, tout va très vite et ce constamment pendant cinq minutes. Six joueurs s’affrontent sur le terrain avec pour seul objectif de marquer sans encaisser. D’un point de vue de spectateur, le rôle du coach qui épaule son équipe peut apparaitre flou, du fait de la dimension stratégique qui semble questionnable.

Liam “Cha0s” De Cuypere © Triple Trouble

“Beaucoup de gens sous-estiment encore beaucoup le rôle des coachs dans Rocket League”, explique Cha0s, même s’ il admet lui-même que la stratégie dans Rocket League n’a rien de décisif. Pour lui, ” tous les joueurs pros jouent d’une certaine façon, avec certes des styles différents. Mais ils pensent tous à peu près de la même manière. Ils ont joué les uns contre les autres tellement de fois qu’ils se connaissent tous et savent à quoi s’attendre. Cela rend donc l’aspect stratégique un peu plus mainstream.”

Cette analyse claire et concise, Cha0s la doit à son passé de caster. C’est comme ça qu’il est devenu coach, après avoir commenté de nombreux matchs pour des championnats comme la Kayzr League. Tout est parti d’un simple constat: bien qu’impressionné par le niveau des joueurs évoluant parmi l’élite de Rocket League, il s’est rendu compte que sans lui-même être un joueur exceptionnel (de son propre aveu), il était capable d’analyser leurs parties et de déceler les forces et faiblesses des différentes équipes. Il s’est donc mis à faire des vidéos analytiques où il donne sa vision de la partie en déconstruisant chaque action afin d’en cerner le positif et le négatif.

Il a ensuite envoyé ces vidéos à différentes équipes, dont le Barça. Mais comme souvent dans la vie, il faut d’abord faire ses preuves avant d’accéder aux sommets. ” Les gens sous-estiment parfois le temps que cela prend pour atteindre un certain niveau. J’avais l’ambition d’évoluer à haut niveau. Mais cela ne se fait pas comme ça. Aucune grande équipe ne va prendre un coach sans expérience. Il faut se construire un portfolio et dire voilà quelles équipes j’ai entrainé et voici quels ont été les résultats.”

© Liquipedia

Cha0s a donc enchainé les expériences dans différentes équipes comme The Three Sins ou Ground Zero, avant d’arriver chez Triple Trouble en juillet dernier à la suite de sa rencontre avec Tadpole, l’un des titulaires du team. “On était sur teamspeak au moment où je faisais une analyse et on s’est bien entendu, c’est comme ça que je suis rentré dans le roster.”

Une question d’atomes crochus…

La bonne entente. Nous abordons ici ce qui semble être le nerf de la guerre dans Rocket League et un rôle important du coach : créer et assurer l’alchimie entre les joueurs. ” Je pense que plus que la stratégie, l’alchimie a un très grand rôle à jouer dans la performance d’une équipe sur Rocket League. Il faut s’assurer que le contact passe bien sur le terrain comme en dehors. Si cela ne fonctionne pas, ça va par exemple être plus compliqué de s’ouvrir les uns aux autres et de discuter d’erreurs commises lors d’un match et de détailler ce qui n’a pas été “.

De cette alchimie découle donc une communication plus ou moins efficace. Cela peut paraître surprenant aux premiers abords, mais Rocket League est l’un des jeux dans lequel les joueurs communiquent le plus durant un match. De par la vitesse des actions menées, la prise de décision se doit d’être rapide claire.

” Certaines grandes équipes ont selon moi une mauvaise communication et ça se voit directement. Certains joueurs ne disent rien d’utile. Si par exemple l’un d’entre eux dit « Ok j’ai la balle » alors qu’il est déjà dans les airs, cela n’a aucun intérêt car tout le monde voit bien où il est. Une bonne communication, c’est une communication qui se déroule avant même que l’action ait lieu. C’est de l’anticipation, mais aussi de la prédictibilité entre équipiers “.

Et d’anticipation !

Prédire ce que l’autre va faire. C’est probablement l’élément le plus essentiel à mettre en œuvre lors d’un match à haut niveau et sur lequel Cha0s et ses joueurs se sont concentrés durant leurs entrainements. Dans un jeu où tout peut basculer à chaque seconde, les joueurs doivent savoir ce que leurs coéquipiers vont faire afin d’anticiper ces fameuses actions. ” Il s’agit surtout de savoir prédire où la balle va aller. La plus grosse difficulté pour un nouveau joueur est d’évaluer les distances et de savoir comment orienter la voiture pour atteindre la balle. Les pros sont capables de le faire avec une énorme précision et le font souvent sans commettre d’erreurs.

Une voiture pour un rôle ?

Les observateurs attentifs l’auront peut-être remarqué, mais la majorité des joueurs pros de Rocket League utilisent souvent un modèle de voiture similaire. D’aucuns pourraient donc penser que cela affecte le gameplay et qu’une voiture est meilleure qu’une autre. Dans les faits, il s’agit plus d’une question d’habitude. Ainsi, certains modèles possèdent une hitbox (zone physique d’un objet en jeu, ndlr) similaire dans le jeu malgré un aspect visuel différent. ” Au final, c’est au joueur d’utiliser la voiture sur laquelle il se sent le plus à l’aise. Le coach n’a rien à dire par rapport à ça. Qu’ils jouent avec l’Octane ou la Batmobile, ça m’est égal du moment qu’ils marquent (rires) !

Ces voitures ne sont pas non plus liées à un type de rôle spécifique sur le terrain. Cette question fait l’objet d’un très grand débat au sein de la communauté Rocket League. Techniquement, les joueurs n’ont pas un rôle prédéfini comme cela peut-être le cas dans d’autres jeux. ” Je dirais que tout dépend de l’équipe. Ça existe dans certaines et dans d’autres pas. C’est clair que des joueurs sont meilleurs que d’autres dans certains domaines, comme l’attaque ou la défense. Mais je ne pense pas qu’ils doivent se cantonner à une seule fonction. Si l’on prend Vitality par exemple, Alpha54 est énorme en attaque. Fairy Peak ! aussi, mais dans un style différent. Et Kaydop est globalement un joueur exceptionnel. Donc c’est difficile d’attribuer un rôle fixe. Cela dépend surtout du match et des circonstances.

Un Major sans appel

A l’heure de la parution de cet article, les abeilles se sont d’ailleurs inclinées face à BDS lors de la finale de ce premier Major de la saison qui avait lieu samedi dernier, au terme de laquelle la structure suisse a encore démontré qu’elle méritait son statut de numéro un européen.

A ce propos, Cha0s estime qu’ ” ils (BDS) jouent du Rocket League standard en termes de rotation, mais ils sont tellement rapides que si l’un d’entre eux fait une erreur, l’autre est là pour assurer derrière. Ils sont évidemment très talentueux, mais cela passe aussi par beaucoup d’entrainement et par cette fameuse alchimie. “

De leur côté, Triple Trouble se sont inclinés lors de leur premier match de playoffs face aux Galaxy Racers dans une rencontre très serrée. Les TT n’auront malheureusement jamais été en mesure de concrétiser bon nombre d’occasions et s’avoueront vaincus sur un score final de 0-3.

© Rocket League Esports

Vous l’aurez compris, le rôle de coach dans Rocket League est tout aussi important que dans n’importe quel autre jeu à dimension e-sportive. Entre une fonction d’analyste et de superviseur, il doit aussi être capable d’entretenir l’alchimie qui existe entre les joueurs et favoriser une communication efficace afin d’améliorer les performances d’équipe. Tout ceci découle d’un travail important réalisé en amont, qui ne devrait donc pas être sous-estimé une fois le coup d’envoi donné.

Et si d’hasard vous souhaitez devenir un pro à Rocket League, Cha0s n’a qu’un seul conseil à vous donner : ” pour s’améliorer, il faut jouer plus, même si dans mon cas j’en suis à 4000h de jeu et je reste toujours mauvais (rires)!