Notre bilan du Tour de France 2022 (#5) : la surprise FDJ

Cyclisme | Le peloton s'est réveillé avec la tête à l'envers ce lundi : ce n'est ni un Slovène, ni un membre de l'équipe Ineos-Grenadiers (et sa devancière Sky) qui a remporté l'édition 2022 de la plus grande course cycliste du monde. Cela n'était plus arrivé depuis 2014 et Vincenzo Nibali, qui était, on s'en souvient Italien et qui avait remporté le Tour sous la bannière Astana...

De Tagtik

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Jonas Vingegaard a remporté cette 109e édition du Tour, de toute beauté, et l’écart entre le Danois, son rival slovène Tadej Pogacar et le reste du peloton a semblé abyssal. Il y a eux, et puis il y a les autres...

Pogacar, vainqueur sortant et Vingegaard, premier prétendant, avec une mention spéciale pour Wout van Aert, le franc-tireur polyvalent, ont semblé au-dessus du lot. On remerciera le Slovène, à l'équipe trop faible et trop vite réduite à sa plus simple expression, d'avoir mis quelques bâtons dans les roues de la Jumbo, qui n'a laissé pour le reste que des miettes à un peloton ravalé au rôle de simples figurants.

Les innovations tactiques de Jumbo-Visma

La formation néerlandaise (six victoires d'étapes, trois maillots distinctifs) a tout écrasé sur son passage et ramené pour la première fois le maillot jaune à Paris en faisant une démonstration d'innovation tactique. 

Fini les longues séances de train préparatoires imposées par des équipiers serviles et sans imagination, place à l'offensive, à l'esprit d'initiative et à la disposition anticipée de pions dans les échappées matinales qui, bien disposés sur l'échiquier, servent de points de relais. Pas de préparation d’artillerie, les fantassins passent à l’offensive sans attendre. 

Parfois mal comprise en première instance (Van Aert attaquant dans l'étape de Longwy, Van Aert attendant Roglic après le Galibier), la stratégie Jumbo a démontré à la longue toute son efficacité et a complètement déstabilisé l'équipe de Pogacar.

L'étape du 13 juillet 2022 est à ce titre entré dans la légende du Tour de France. Après un coup stratégique qui fera date, et grâce à une tactique de harcèlement incessante, l’équipe Jumbo-Visma a réussi l'impossible : déposséder Tadej Pogacar de son maillot jaune au profit de Jonas Vingegaard au sommet du col du Granon.

Harceler Pogacar et l'isoler tout en collant la sangsue Vingegaard dans sa roue, ... le plan tactique des Jumbo, simple sur tableau noir mais compliqué sur la route, s'est déroulé comme dans un rêve. Un anomalie dans le cyclisme moderne où le manque d'imagination et d'ambition ont régné en maîtres dans la dernière décennie, avec des Tours très prévisibles.

Depuis 2011 et le coup de poker dAndy Schleck et de l'équipe Léopard au sommet du Galibier, on n'avait rien vu de semblable.

Ce ne sont ni les spectateurs neutres, ni les amateurs de spectacle qui s'en plaindront...

Tadej Pogacar, terriblement humain

Tadej Pogacar, lauréat en 2020 et 2021, n’a pas réussi le triplé parisien attendu, mais le Slovène n'a pas abdiqué sans combattre et c'est tout à son honneur. "Il ne pouvait pas y avoir une plus belle manière de perdre le Tour de France. Je finirai le Tour sans regrets", avouait-il au soir de l'arrivée à Hautacam, après avoir tout tenté, en infériorité numérique face à la formation Jumbo, qui signa un autre chef-d'oeuvre tactique ce jour-là 

Attaquant partout et sans relâche malgré les lacunes de départ de son équipe UAE, frappée en plus par la malchance, le covid et les blessures, Pogacar a connu sa première défaite sur une course par étapes depuis le Tour du Pays basque en avril 2021, malgré trois victoires d’étape et le maillot blanc du meilleur jeune.

Parfois bluffeur et insolent, trop sûr de lui diront certains, il est redescendu sur terre devant la force collective des Jumbo et les qualités athlétiques de Vingegaard: "J'ai fait beaucoup de petites erreurs, personnellement et collectivement, et il faut qu'on étudie ça à froid. Ce n'est rien d'anormal mais régler ça nous permettra de progresser. Mon erreur principale, elle a eu lieu lors de l'étape du Granon (où il a perdu 2'51'' sur Vingegaard). J'étais trop motivé et j'ai voulu courir après tout le monde, je l'ai payé cher", a confié Pogacar à l'Equipe.

"J'adore les challenges, et avec Jonas (Vingegaard) j'ai fait face à un grand défi. Il m'a battu, donc je suis très motivé pour les courses à venir, notamment le prochain Tour. Je veux progresser pour surmonter cet obstacle et remporter encore le Tour » a-t-il conclu.

Comme le résumait parfaitement l'ancien champion français Cyrille Guimard, dans sa chronique à Cyclism'Actu, Pogacar doit à présent en revenir aux fondamentaux. "Je pense que la claque que s'est prise Pogacar va l'amener à se remettre en question et à préparer le Tour mieux qu'il ne l'a préparé cette année. Il avait tellement de certitudes, après un début de saison où il avait quasiment tout gagné... Son problème s'est situé dans l'approche psychologique et pédagogique de l'évènement."

Redevenu simple mortel après avoir ressemblé à un extraterrestre de la planète cyclisme ces dernières années, Pogacar l'indomptable a trouvé son maître. Le revoilà humain, terriblement humain...

Ineos, comme un parfum de fin de règne

La domination outrancière de la fomation Sky, devenue depuis Ineos-Grenadiers – sept Tour au compteur en huit éditions entre 2012 et 2019 – n'est-ellle plus qu'un lointain souvenir ? Au terme de cette édition 2022, la question mérite d'être posée.

L'équipe britannique qui a fait triompher par le passé Froome, Wiggins, Thomas et Bernal semble avoir perdu la main, même si la troisième place de Geraint Thomas, obtenue dans un total anonymat a fait illusion, même si elle s'est montrée très compacte en remportant le classement par équipes et même si la victoire de Pidcock à l'Alpe d'Huez a servi de trompe-l'oeil. Mais franchement était-il possible de faire mieux ?

L'image du train Sky ultra dominateur, imposant son tempo du départ jusqu'aux Champs-Elysées, appartient désormais bel et bien au passé. Il faut dire qu'Ineos Grenadiers, fondée en 2020, n'a plus grand-chose à voir avec le monstre qui a accouché de quatre vainqueurs différents et que sans Egan Bernal, il manque à l'équipe de Dave Brailsford cette capacité d'accélération en montagne qui serait très utile face aux nouveaux patrons, Pogacar et Vingegaard.

Depuis l'avènement du Slovène en 2020, depuis l'arrivée de Primoz Roglic (trois Vuelta remportées) et l'explosion de Vingegaard, Ineos Grenadiers doit se contenter de miettes. L'épouvantail est désormais habillé de jaune et c'est la Jumbo-Visma qui fait peur.

En outre, Ineos, devenue chasseur de classiques, n’utilise pas vraiment les terrains qui lui conviennent, comme l’étape des pavés ou sa force collective (Thomas, Yates, Pidcock, Martinez) pour surprendre. Un peu comme si les tacticiens de l'équipe étaient incapables de se réinventer.

Seul excuse valable à ce bulletin assez médiocre, l'absence de Bernal aura évidemment lourdement handicapé les projets d'Ineos, qui misait forcément sur le jeune Colombien, blessé gravement dans un accident à l'entraînement alors qu'il était désigné comme le leader naturel de l'équipe et qui devait prolonger son règne.

Un règne qui semble bien hypothétique avec l'émergence de nouveaux souverains venus du Danemark et de Slovénie.

Vitesse record et disparition des étapes de transition

Le Tour 2022 est devenu un TGV : avec une vitesse moyenne supérieure à 42 km/h pour son vainqueur, Jonas Vingegaard, cette édition est tout simplement la plus rapide de l’histoire. Mais cette moyenne horaire hallucinante cache de nouvelles moeurs et de nouvelles façons de courir. Echappés qui s'arrachent, stratégie de course ultra-offensive, bagarre sur tous les terrains dès le km zéro de chaque étape, … la course est plus folle que jamais.

Le peloton, gouverné par des enjeux financiers énormes, ne laisse plus la moindre place aux petites équipes, aux vainqueurs occasionnels et aux seconds couteaux. Les célèbres étapes de transition ne sont plus que des appellations non contrôlées (Mads Pedersen à Saint-Etienne et Michael Matthews à Mende n'ont pas vraiment le profil d'un vainqueur surprise sorti de nulle part.)

Et puis, il y a l'appétit de victoires inextinguible  de certaines équipes extrêmement gourmandes. Jumbo et UAE ne sont pas vite rassasiés.

La surprise FDJ

Deux Français ont terminé dans le top 10 de ce tour 2022 : David Gaudu (Groupama-FDJ), 4e au classement général – meilleur résultat pour un coureur de l'Hexagone depuis la troisième place de Romain Bardet en 2017, le même Romain Bardet achevant le tour à la 7e place.

Même si elle n'a pas remporté d'étape, et ce pour la troisième année consécutive, la Groupama-FDJ peut se féliciter de son Tour de France 2022. Avec trois coureurs dans le top 15, dont Gaudu au pied du podium, Valentin Madouas 11e et Thibaut Pinot 15e , la formation de Marc Madiot a également décroché la deuxième place au classement par équipes derrière INEOS Grenadiers. Un bilan globalement réjouissant pour la formation française, qui a signé une Grande Boucle plutôt épatante.

Même si c'est Christophe Laporte 5Jumbo Visma) s'est transformé en héros de la nation en remportant la 19e étape, David Gaudu a rivalisé avec les meilleurs et Valentin Madouas a crevé l'écran. On en attandait plus de Thibaut Pinot mais a FDJ a réussi un de ses meilleurs Tour depuis longtemps.



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