Avec Kirill Serebrennikov et Tom Cruise, Cannes en mode grand écart

Cinéma | Le cinéaste russe Kirill Serebrennikov a enfin pu fouler le tapis rouge cannois après des années d'assignation à résidence, lors d'une montée des marches tout en sobriété qui devrait contraster avec l'arrivée de la star hollywoodienne Tom Cruise.

De Belga

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Costume et casquette noir, lunettes de soleil: le cinéaste et metteur en scène russe a foulé le tapis rouge peu avant 15H30 avec l'équipe de son film. A son arrivée dans la salle, où était projeté son nouveau long-métrage "La femme de Tchaïkovski", le réalisateur a été chaudement applaudi.

Connu pour ses créations audacieuses et son soutien aux personnes LGBT+, Kirill Serebrennikov inaugure la compétition cannoise dans un film offrant un aperçu intimiste du bref et désastreux mariage du compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Un film politique ? "Chaque oeuvre d'art a un contenu politique", a-t-il déclaré lors de la montée des marches, se disant "ravi" d'être à Cannes.

En présentant ce film au premier jour de la compétition, après une intervention à distance mardi soir du président ukrainien Zelensky, le festival entend envoyer un signal fort contre le régime russe. A cela s'ajoute la programmation de plusieurs films ukrainiens ou évoquant le sort du pays, dont "Marioupol 2" du Lituanien Mantas Kvedaravicius, tué début avril en Ukraine. Le film sera présenté jeudi.

Depuis l'invasion russe en Ukraine, le rendez-vous mondial du cinéma refuse d'accueillir "des représentants officiels russes, des instances gouvernementales ou des journalistes représentant la ligne officielle" russe, mais s'est toujours dit prêt à accueillir les voix dissidentes, à commencer par Kirill Serebrennikov.

C'est la deuxième année de suite que le réalisateur de "Leto" brigue une Palme d'or. Assigné à résidence à Moscou, il avait l'an dernier présenté à distance son long-métrage "La fièvre de Petrov". Ses acteurs avaient arboré des badges à ses initiales. Dans le palais des festivals, le fauteuil frappé de son nom était resté vide, comme en 2017 lors de la présentation de "Leto".

Aujourd'hui installé à Berlin, il expliquait fin avril à l'AFP avoir quitté Moscou "pour une question de conscience", même s'il refuse le terme de dissident. 

Mardi, le président du jury Vincent Lindon a estimé, lors de la conférence de presse, qu'il faudrait "faire attention à être digne, respectueux (...) rien que par hommage pour ceux qui ont des jours beaucoup plus compliqués que les nôtres", en Ukraine notamment.

Un soutien qui s'inscrit dans la tradition politique du festival, qui fête cette année sa 75e édition. Comme en 1968, en plein mouvement de contestation, où le Festival avait été interrompu par François Truffaut ou encore Jean-Luc Godard. Ou en 2010 lorsque Thierry Frémaux et le Festival de Cannes ont témoigné de leur soutien au réalisateur Jafar Panahi, en l'invitant comme membre du jury alors qu'il était emprisonné en Iran.

Autre ambiance garantie en fin de journée. Les appareils photos chaufferont pour une autre montée des marches, celle de Tom Cruise qui présentera "Top Gun: Maverick", 36 ans après le premier opus. 

Une arrivée sur le tapis cannois qui promet d'être spectaculaire: la Patrouille de France, que Tom Cruise a rencontré mardi, survolera la montée des marches. "Il a inspiré une génération de pilotes", a tweeté la patrouille acrobatique officielle de l'Armée de l'air française, qui a posé avec la star hollywoodienne. 

Très attendu sur la Croisette, l'acteur-producteur de 59 ans, habitué des superproductions, n'a jamais endossé de cape de super-héros en 40 ans de carrière mais est pourtant sommé de se muer en sauveur du cinéma alors que les salles tardent à retrouver leur niveau de remplissage d'avant la crise sanitaire mondiale.

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