Les Étoiles Filantes : Eros Poli et son Tour de taille

Cyclisme | En 1994, le coureur cycliste italien Eros Poli décrochait une prestigieuse victoire sur le Tour de France après avoir dompté, en solitaire, le Mont Ventoux. Personne, pourtant, n’imaginait ce colosse d’1m94 pour 87 kg, l’anti-grimpeur par excellence, capable de réaliser un tel exploit.

De Proximus

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Eros Poli n’en croyait toujours pas ses yeux lorsque, en 1996, il s’est retrouvé en compagnie d’Eddy Merckx, Bernard Hinault, Bernard Thévenet ou encore Charly Gaul lors d’une cérémonie rassemblant les vainqueurs de l’étape du Mont Ventoux sur le Tour de France. Il faut dire que rien ne prédisposait ce coureur atypique au gabarit imposant à dompter le Géant de Provence comme il le fit en 1994. D’ailleurs, l’Italien a même failli ne jamais embrasser une carrière de cycliste professionnel sur la route. 

Dans les années 1980, le jeune Eros s’épanouit en effet sur la piste, terrain de jeu idéal pour exprimer toute sa puissance. Après avoir conquis un titre de champion national en poursuite individuelle chez les juniors à l’âge de 17 ans, il remporte, quatre ans plus tard, l’or olympique sur le 100 kilomètres contre-la-montre par équipes à Los Angeles. En 1987, l’Italie décroche cette fois le titre mondial sur l’épreuve. Mais à 24 ans passés, Poli ne rêve toujours pas d’un contrat pro.

Un parcours atypique

Et ce n’est pas la désillusion des Jeux de Séoul qui va l’y encourager. Déçu par la 5e place de la Squadra sur son épreuve fétiche, il songe même à tout arrêter. Mais sur l’insistance d’un directeur sportif, il rejoint finalement l’équipe Del Tongo-MG. En 1991, à 27 ans, il découvre enfin l’élite du cyclisme sur route. Dans l’équipe italienne, le Véronais trouve sa place en tant que gregario modèle. Il devient tout naturellement le poisson-pilote d'un certain Mario Cipollini, le jeune sprinteur qui monte et deviendra bientôt une immense star.

C’est donc dans l’ombre de ses leaders et des cadors du peloton que Poli avale les kilomètres. Sauf le 18 juillet 1994, lorsqu’il goûtera, pour la seule fois de sa carrière, à l’émotion unique que procure une victoire sur les routes du Tour de France. Alors que son équipe, la Mercatone Uno, est décimée et n’a plus vraiment de leaders, Poli va en profiter pour jouer sa carte personnelle.

Un incroyable raid

Au menu de la 15e étape entre Montpellier et Carpentras, longue de 231 kilomètres, le Mont Ventoux promet de mettre les organismes à rude épreuve, eux qui ont déjà souffert deux semaines durant sous la chaleur. Après avoir déjà passé la journée à l’avant quelques jours plus tôt, Poli part seul à la poursuite de Davide Cassani, qui avait faussé compagnie à la meute. Revenu à hauteur de son compatriote, il le dépose sans se poser de question et se lance dans une incroyable épopée de 171 bornes.

Lorsqu’il aborde les premières pentes du mont Chauve, le rouleur de 31 ans a porté son avance à près de 24 minutes, le peloton ayant décidé de provisoirement lever le pied. Pour Poli, le calcul est simple : il ne doit pas perdre plus d’une minute par kilomètre sur l’ascension s’il veut conserver une marge suffisante jusqu’à l’arrivée, située à une quarantaine de kilomètres du sommet. Commence alors pour le puissant coureur un combat à armes inégales avec la gravité.

Le patron du gruppetto

Mais Poli trouve facilement son tempo idéal. Lors des étapes de montagne, l’Italien est en effet le véritable patron du gruppetto : c’est lui qui dicte l’allure de ceux qui, peu à l’aise dès que la route s’élève, se regroupent pour tenter d’arriver dans les délais. Cette fois, le taulier écouté et respecté est seul face à la pente, et il a déjà beaucoup donné. Derrière, Marco Pantani est parti à sa poursuite et ne compte pas lui faire de cadeau. Lorsque Poli bascule, l’écart est encore de 4’40 : mission accomplie. Sur le plat, le Véronais sait qu’il ne pourra être rejoint d’ici l’arrivée.

À l’approche de la ligne, il prend le temps de savourer ce moment précieux en lançant sa casquette vers les spectateurs : “C’était une façon de remercier le public de m'avoir soutenu”, expliquera-t-il plus tard. "Pour moi, c'était inhabituel car j'étais un domestique, j'étais toujours le dernier et non le premier." Cet exploit, l’un de ses deux seuls succès professionnels, lui vaudra le prix de la combativité à Paris et une place de choix dans la grande histoire du Tour de France.

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