L'actrice espagnole Carmen Maura, l'un des célèbres visages du réalisateur Pedro Almodovar, est de retour sur scène à Paris après 30 ans d'absence, dans une pièce qu'elle interprète en français, un défi "terrifiant".
"C'est une idée folle que j'ai eue et je ne m'étais pas rendue compte jusqu'à quel point cela serait terrifiant", confie à l'AFP l'actrice de 76 ans, qui joue dans "L'Hirondelle" (La golondrina) au Théâtre Hébertot depuis mardi. 

"J'avais tout en tête... mais en espagnol", ajoute-t-elle au téléphone. En raison de la situation sanitaire, Carmen Maura a indiqué qu'elle ne sortait que pour les répétitions. 

"L'Hirondelle", de l'auteur catalan Guillem Clua, raconte la rencontre entre une mère professeure de chant qui vient de perdre son fils, et un jeune homme (Grégori Baquet) qui le connaissait et qui va lui raconter des choses qu'elle aurait aimé ne pas savoir.

La pièce avait rencontré un grand succès à Madrid avec, déjà, Carmen Maura à l'affiche.

La metteuse en scène Anne Bouvier a "compris mon problème de passer soudain au français", a souligné l'actrice. "J'ai découvert le personnage qu'elle voulait et qui était très différent de celui que je jouais en Espagne, mais que j'ai beaucoup aimé".

- "Difficile à conquérir" - 

Carmen Maura a appris le français à l'école et a même été traductrice à ses débuts. La dernière fois qu'elle était sur scène à Paris, elle jouait dans "Cirque à deux", en 1994, au Théâtre du Palais-Royal.

A l'instar de sa compatriote Victoria Abril, elle a pu se frayer un chemin en France, décrochant un César de la meilleure actrice dans un second rôle en 2012 pour "Les femmes du 6ème étage" (et la Médaille de la ville de Paris, qu'elle dit adorer).

"La France est un pays difficile à conquérir mais quand ils t'acceptent, c'est un pays très fidèle. Je me sens très reconnue".

Après des débuts dans le théâtre amateur au milieu des années 70, elle devient célèbre grâce au plus international des réalisateurs espagnols, devenant une des "chicas Almodovar", ce groupe d'actrices fétiches du cinéaste.

Elle joue, entre autres, dans "Femmes au bord de la crise de nerfs", "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?" et "La Loi du désir".

Sa carrière prend ensuite un tournant qui la mène jusqu'en Amérique latine, avant que Pedro Almodovar ne fasse appel à elle de nouveau 20 ans plus tard, pour "Volver" (2006).

Après ce film, elle reconnaît que leurs chemins se sont séparés de nouveau. "Nous n'avons aucun contact; il fait ses choses et moi les miennes".

"Quand je regarde en arrière, je ne me souviens que des bons moments", affirme l'actrice, l'une des plus récompensées d'Espagne. "J'ai vécu des moments merveilleux avec lui et il m'a donné des personnages formidables".