Alors qu’il a rejoint le roster VALORANT de Team Liquid en septembre dernier, le Belge Nabil “Nivera” Benrlitom connaissait il y a quelques semaines sa première grosse expérience compétitive en LAN à l’occasion du VALORANT Champions, point d’orgue du circuit officiel de Riot Games. Une opportunité pour le jeune joueur de rejoindre son frère ScreaM au sein de l’équipe après avoir suivi sa carrière durant de nombreuses années. On a discuté de son départ de chez Vitality, de sa relation dans et hors du jeu avec son frère, mais aussi des implications qu’entraine une transition sur un nouveau jeu. Rencontre avec un futur crack de la scène FPS.

Hello Nivera, comment tu vas ?

Mmmh ça va, ça va! Là on va avoir un bon mois de vacances donc tout le monde va un peu profiter de son côté pour revenir en pleine forme pour le début de la prochaine saison.

Tu as déjà une idée de ce que tu vas faire pour te ressourcer ?

Disons que j’ai eu une année un peu spéciale. Après être sorti de l’équipe CSGO de Team Vitality, je me suis retrouvé sans équipe et je n’ai rejoint Liquid qu’il y a deux mois. Tout ça fait que je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de jouer cette année. Du coup je pense que je vais juste grind (jouer pour prendre du niveau; nldr) afin d’être prêt pour la reprise.

Reprenons les choses dans l’ordre et parlons un peu de ton départ de chez Team Vitality, sur lequel tu étais resté assez discret à l’époque. Personnellement, comment est-ce que tu as vécu toute cette période ?

Pour être tout à fait honnête, quand j’ai vu la règle de Valve qui interdisait les équipes de six joueurs, j’ai vraiment vécu une grosse période de stress. Ça s’est clairement ressenti dans, et en dehors du jeu et j’avais du mal à continuer à jouer avec la même motivation.

Quand le problème s’est posé, quelles solutions ont été réfléchies par le staff et toi-même pour résoudre la situation ?

On avait pas vraiment de solution concrète. Bien sûr, ils m’ont assuré qu’ils allaient tout faire pour me garder, afin de me rassurer un minimum.

© Team Vitality

Oui parce que à l’époque, tu étais convoité par plusieurs équipes CSGO qui avaient montré un certain interêt pour toi. Comment tu en es arrivé à détourner le regard du jeu ?

C’est un tout. VALORANT m’intéressait déjà à l’époque, mon frère était présent sur le jeu … Tout ça, combiné à la règle de Valve et à la situation que ça a causé chez Vitality, m’a un peu poussé vers le jeu.

Si VALORANT t’intéressait avant la règle de Valve, ce n’était pourtant pas au programme de faire la transition vers le jeu … Si ?

Non pas vraiment. C’est un jeu que j’aimais vraiment bien de base, mais je n’y prêtais pas beaucoup d’attention. Quand je suis sur un jeu, comme à l’époque sur CSGO, je suis très concentré dessus et je donne tout pour m’améliorer dessus. Dès lors, penser à changer n’était pas du tout à l’ordre du jour.

“Mon frère m’a fait comprendre qu’il fallait être patient.”

Quand le processus de réflexion s’est lancé, tu as demandé des conseils à ton frère ? Il en pensait quoi ?

Au début, il m’a posé quelques questions basiques pour voir ce que je voulais vraiment. CS:GO reste dans mon coeur mais VALORANT montrait beaucoup de potentiel pour devenir un très bon jeu. C’est un point sur lequel on était tous les deux d’accord et il m’a plutôt encouragé à bouger sur VALORANT.

À partir de ce moment-là, est-ce que Liquid s’est imposé comme ton objectif ou est-ce que tu envisageais de jouer dans une autre équipe ?

Au début j’avais plein d’idées d’équipes à rejoindre et j’avais même reçu quelques propositions de grosses structures. Quand j’en ai parlé avec mon frère, il m’a fait comprendre de me montrer un peu patient et qu’un jour mon heure viendrait chez Liquid. Le choix de l’attente était alors évident : je préférais prendre mon temps, acquérir un peu plus d’expérience sur le jeu et à terme rejoindre mon frère que de me lancer à corps perdu dans un autre projet.

Team Vitality faisait partie de ces équipes qui t’ont proposé de rejoindre leur roster VALORANT ? Un roster qui était alors en pleine construction …

Mmmh, pas vraiment. Disons que j’ai eu des propositions bien plus concrètes.

Le fait de jouer avec ton frère t’a aussi poussé à être patient pour tenter ta chance chez Team Liquid ?

Jouer contre mon frère, c’était quelque chose que je ne voulais vraiment pas. Si c’était pour faire ça, je restais sur CS:GO. La rivalité ne me dérange pas, mais je préfère qu’elle soit dans l’équipe. J’ai toujours voulu jouer avec lui sur CS:GO mais avec sa transition ce n’était pas possible, la mienne a solutionné le problème.

© ScreaM Twitter

Avec six mois passés à jouer en solo queue avant de te lancer en équipe, comment s’est passée ton adaptation sur VALORANT ?

Comme je te le disais, quand je me lance dans un jeu, je m’y mets généralement à 100%. À côté de ça, j’ai la chance de pouvoir assimiler la matière et les nouveautés assez vite. Un autre point qui m’a fort aidé, c’est que quand je suis arrivé sur le jeu, celui-ci était déjà à un stade de développement avancé en compétition. Du coup, j’avais à disposition toutes les informations stratégiques sur les maps comme les lignes à prendre, les points stratégique à contrôler; tout un savoir que les premiers professionnels à se rendre sur le jeu ont dû trouver eux-même.

Au-delà des mécaniques du jeu, ton arrivée dans le circuit compétitif a notamment marqué un changement de rôle pour toi, passant d’un rifler sur CSGO à un rôle plus orienté support/sentinelle sur VALORANT …

Avec les six mois passés sur le jeu, j’avais eu le temps de travailler un peu sur tout afin d’être un maximum polyvalent. Pour être honnête, on a pas encore la solution parfaite en termes de rôles. Vu le peu de temps qu’on avait, j’ai juste repris le rôle de Kryptix afin de mettre l’équipe dans les meilleurs conditions possibles. Avec le temps, tout ça va se déverrouiller petit à petit afin que tout le monde soit dans le rôle qui lui correspond le mieux.

Dans cet apprentissage du jeu, tu as eu des conseils de ton frère ?

Durant les six mois où j’ai joué seul, j’ai vraiment fait ça par moi-même. Il avait sa vie de joueur professionnel à gérer. Maintenant que je suis dans l’équipe, il m’épaule beaucoup plus en me donnant des conseils, en me montrant ce qu’il faut savoir.

Jouer dans la même équipe que son frère, ça implique quoi ?

Pour l’instant, je n’y vois que des avantages. Vu qu’on est très proches, on a tendance à tout se dire. On a pas de restrictions dans notre communication. Bien sûr, on doit mettre des formes mais ce n’est pas aussi important qu’avec d’autres coéquipiers qu’on connaitrait moins. En plus de ça, on sait pratiquement tout le temps comment l’autre va réagir ou penser à propos d’un sujet donc ça donne vraiment une bonne cohésion dans le jeu. C’est une relation qui a tendance à s’étendre de plus en plus au reste de l’équipe et à créer une petite ambiance “famille”.

“Étant donné que je parle peu, on m’écoute quand c’est le cas.”

Ton arrivée coïncide avec le départ de Kryptix de chez Liquid pour des raisons personnelles. C’est son départ qui a provoqué ton intégration ou l’idée d’un roster à 6 hommes était dans les tuyaux ?

Il n’a jamais été question d’évoluer à six. Disons que le roster à six joueurs de chez Vitality m’a laissé quelques marques. Je ne veux plus avoir de sixième joueur dans mon équipe ou être ce même joueur. Je pense que ce genre de fonctionnement reste encore compliqué car cela implique plein de détails, qu’ils soient humains ou logistiques, à améliorer.

Pourtant, on pourrait croire que ça crée un petit esprit de compétition qui peut être bénéfique, comme celui entre toi et ton frère…

Dans ce genre de cas, je parlerais plus d’une forme de pression. Tu n’as que quelques cartes à jouer et tu dois montrer ton meilleur niveau dans ces courts laps de temps.

Aux débuts du roster, les performances de Liquid n’étaient pas celles attendues. Et voilà que tu arrives, et que les résultats de l’équipe s’améliorent. Selon toi, qu’est ce que tu as amené à l’équipe ?

Même avant mon arrivée, l’équipe restait très forte. Ils étaient à chaque fois à deux doigts de se qualifier aux tournois. Ils ont perdu contre Gambit lorsque ces derniers ont fini par récupérer le titre À chaque fois, ça se jouait à rien. Il leur manquait un peu de firepower et d’expérience. Paradoxalement, j’ai su mettre mon expérience CS:GO à profit pour l’équipe.

© Riot Games

Le Valorant CHAMPIONS était ta première grosses expérience compétitive en présentiel, de manière générale comment tu t’es senti durant l’évènement ?

De base, je suis une personne très calme. Je réagis assez bien à la pression et on voit rarement des réactions sur mon visage mais je dois dire que jouer sur scène pour la première fois, ça fait un petit quelque chose. La première map était un peu compliquée, le temps de se mettre dans le bain, mais dès la deuxième tout allait déjà beaucoup mieux. Après c’est sûr que ça n’a rien à voir avec le fait de jouer de la maison ! “Rires”

Effectivement, on peut voir que lors de la qualification au Champions, que vous avez joué des locaux Liquid situés en Hollande, tu restes d’un calme olympien alors que tout le monde laisse exploser sa joie.

Effectivement ! “Rires” Les quatre autres dans l’équipe peuvent être assez excités, ce qui transforme mon calme et mon caractère plus réservé en une force supplémentaire : étant donné que je parle rarement, on m’écoute quand je dis quelque chose !

Malheureusement, tu as disputé les premiers matchs du tournoi sans ton équipe à cause de la situation générée par le coronavirus. Vous êtes satisfaits de la manière dont Riot Games a géré la situation ?

Personnellement oui, car ils m’ont laissé jouer. Au-delà de tout ça, il faut se mettre à leur place. C’était une situation extrêmement compliquée à gérer et ils n’auraient pas pu faire mieux avec ce qu’il se passait.

Vous terminez la compétition par une défaite face à Acend, qui ont fini par être sacrés champions du monde. Un résultat satisfaisant du coup !

Plus que satisfaisant! Comme je le disais, avec mon arrivée tardive et le coronavirus, on a pas eu le temps de s’entrainer à fond. On peut presque dire qu’on y est allés “au talent”! “Rires” Faire une demi-finale avec si peu de travail, c’était vraiment fou. Avec le mois de vacances et la reprise des entrainements qui s’annonce, on ne peut qu’espérer mieux pour la suite.

Du coup, quels sont les prochains objectifs ?

Nos coachs et analystes préparent déjà la rentrée. De mon côté, je réfléchis déjà à plusieurs choses pour aider l’équipe, comme les rôles dans lesquels je me sens le plus à l’aise, etc. Ca m’aidera à me sentir plus confortable au sein de l’équipe aussi.