Le jugement du tribunal correctionnel de Malines dans le procès de l'ancien producteur de télévision flamand Bart De Pauw est attendu jeudi. Il est prévenu pour harcèlement par le biais de moyens de communications électroniques. Neuf femmes se sont constituées parties civiles ainsi que l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Le parquet a requis un an de prison avec sursis probatoire.
Les audiences se sont tenues à la mi-octobre. Sept parties civiles étaient présentes lors des deux jours de procès. Bart De Pauw est poursuivi pour l'envoi de SMS à neuf femmes, souvent à caractère sexuel. Les parties civiles sont des actrices ou des collaboratrices de production avec lesquelles il a travaillé en tant qu'acteur ou réalisateur.

Pour le parquet et les parties civiles, le comportement de Bart De Pauw était du harcèlement. "Le harcèlement nécessite une grave perturbation de la paix de quelqu'un et que l'auteur en soit conscient", avait exposé le procureur. "Le harcèlement par voie électronique peut varier selon les personnes mais quand des messages indésirables sont envoyés de manière persistante, c'est assez clair", avait-il poursuivi.

Pour le ministère public, le prévenu savait qu'il dépassait les limites. Il avait mis aussi en exergue la position de pouvoir dans laquelle se trouvait Bart De Pauw, en tant qu'employeur "vis-à-vis de jeunes salariées". "Il n'y a pas eu de complot ou de contagion de groupe entre les parties civiles. Le caractère problématique et les nuisances sont très claires. Le harcèlement, ce n'est pas 'tout ou rien', vous pouvez avoir une relation amicale ou professionnelle et demander à respecter certaines limites." Le parquet a requis un an de prison avec sursis probatoire, estimant que le prévenu n'a montré aucun signe de culpabilité.

Pour les parties civiles, Me Christine Mussche a parlé d'un "harceleur en série avec des femmes interchangeables dans un scénario répétitif". Pour elle, M. De Pauw savait parfaitement que son comportement n'était pas approprié, il s'est même excusé pour certains messages mais poursuivait ensuite son harcèlement. Les victimes ne savaient bien souvent pas comment réagir face à un nom important du monde télévisé flamand, pour lequel elles avaient beaucoup de respect en raison de son parcours professionnel. "Les victimes étaient âgées d'une vingtaine d'années, elles ont choisi volontairement de travailler dans le monde des médias et ont été traitées de manière inappropriée et malsaine par leur patron, qui était aussi leur idole", avait déclaré Me Mussche. "Cela prouve la vulnérabilité et la dépendance des victimes. Bart De Pauw savait que cette façon de traiter ces jeunes femmes n'était pas correcte, était inacceptable et était même un délit. Mais cela ne l'a pas arrêté."

La défense a, elle, contesté l'intention de M. De Pauw de harceler les victimes. Pour elle, le prévenu était en recherche d'attention et d'affection. Sa manière de communiquer était une plaisanterie et se voulait un compliment, à en croire les avocats de M. De Pauw, qui ont plaidé pour son acquittement.

"Toutes les femmes qui m'affrontent ici sont de très bonnes femmes", avait déclaré le prévenu à l'audience. "Ce sont des femmes fortes, sensibles et fascinantes. Je voulais juste qu'elles m'aiment. J'ai repoussé les limites avec humour. J'ai attiré soudainement l'attention sur moi lorsque je suis devenu célèbre et je voulais être plus que le personnage de télévision amusant que tout le monde connaissait. Je voulais qu'elles m'apprécient pour qui je suis vraiment, alors je leur ai envoyé des titres de livres, des chansons, des films et des poèmes. Je regrette sincèrement d'avoir causé des sentiments de malaise et de tristesse."

La défense s'est également demandée si les faits datant d'avant le 15 avril 2016 pouvaient être encore poursuivis, le harcèlement étant avant cette date considéré comme un délit sur plainte. Il ne pouvait faire l'objet de poursuites que si une plainte avait été déposée. Or, aucune plainte n'a été enregistrée pour ces faits.

La décision jeudi du tribunal correctionnel pourra encore faire l'objet d'un appel auprès de la cour d'appel d'Anvers dans un délai de 30 jours.