Le ministre groenlandais des Affaires étrangères, le pro-indépendantiste Pele Broberg, s'est vu enlever lundi son portefeuille après avoir suggéré que le territoire autonome danois ne formait pas une "communauté" avec Copenhague et que seuls les Inuits devraient voter en cas de référendum d'indépendance.
Le Premier ministre de l'immense territoire arctique, Mute Egede, qui avait déjà pris ses distances avec ces propos, va reprendre les attributions diplomatiques au terme d'un remaniement gouvernemental, a-t-il annoncé.

Dans la nouvelle équipe, M. Broberg deviendra ministre des Entreprises, au terme d'un vote favorable du parlement local de 20 pour et neuf abstentions.

"Au sein de la coalition, nous avons eu un dialogue et nous nous sommes mis d'accord pour faire ce remaniement", a déclaré le chef du gouvernement local, autonomiste mais non indépendantiste.

La formation de gauche écologiste de M. Egede, Inuit Ataqatigiit, avait remporté le scrutin local du 6 avril et dirige depuis un gouvernement de coalition avec les indépendantistes du parti Naleraq, dont fait partie M. Broberg.

Dans une interview au journal danois Berlingske le 19 septembre, ce dernier avait notamment affirmé qu'il voulait réserver la participation à un futur référendum sur l'indépendance aux seuls Inuits (plus de 90% des 56.000 habitants)

"L'idée, c'est de ne pas permettre à ceux qui ont colonisé le pays de décider s'ils peuvent y rester ou non", avait notamment plaidé M. Broberg.

Dans le même interview, il avait également affirmé ne plus utiliser le terme "Communauté du royaume", qui désigne habituellement l'ensemble des territoires du royaume danois: Danemark, îles Féroé et Groenland.

"Le Danemark peut avoir une communauté de royaume avec le Jutland (sa partie continentale) et l'île de Fionie (centre), si vous voulez, ou avec les îles Féroé, si elles sont d'accord mais à mon avis, cela n'a pas grand-chose à voir avec le Groenland", avait lancé cet habitué des déclarations tonitruantes.

Autonome depuis 1979, le Groenland est scruté de plus en plus près ces dernières années, comme en témoigne la spectaculaire offre d'achat par le président américain Donald Trump en 2019, sur fond de positionnement russe et plus récemment chinois dans l'Arctique.

Si le territoire n'est pas à vendre, le Groenland cherche effectivement à attirer des investisseurs internationaux pour diversifier ses ressources, très dépendantes des subventions danoises.

Le parti de M. Egede avait toutefois remporté les élections en faisant campagne contre un projet controversé de mine d'uranium dans le sud du Groenland.