C’est à l’occasion de la fin du Summer Split 2021 de la Belgian League que nous avons eu l’occasion de discuter avec le surnommé Paulolax. Caster sur le jeu League of Legends depuis plusieurs années , Paul nous a partagé sa vision sur le métier de caster, mais aussi sur la dernière saison de Belgian League qui nous a réservé bien des surprises!

Salut Paul, tout d’abord peux-tu te présenter pour notre audience qui ne serait pas familière à ta présence ?

Bien entendu! Je m’appelle Paul et je suis commentateur de la Belgian League, notre championnat national de League of Legends! Après mon BAC, j’ai fait l’école de jazz à Paris et j’ai travaillé un petit peu dans le milieu de la musique. Je suis maintenant caster à plein temps !

Aux alentours de 2016, j’ai commencé à caster dans le bar Meltdown de Bruxelles, qui était un bar orienté vers l’e-sport et le gaming. Au fur et à mesure, un évènement en amenait un autre et les opportunités se sont multipliées. Une fois que les différentes compétitions ont commencé à se structurer, on a fait de plus en plus appel à moi.

Comment tu t’es retrouvé au Meltdown?

À l’époque, le Meltdown était une franchise assez répandue et connue dans le milieu du jeu-vidéo francophone. Tous les jours, je passais devant pour prendre mon train. Pendant des mois, j’ai guetté l’ouverture qui était annoncée. Je suis passé devant le soir de l’ouverture en revenant d’une répétition et je suis tout simplement rentré pour boire un verre. Comme Visso vous l’a expliqué, c’est là que je l’ai rencontré, ainsi que Tsunazz qui étaient là avec leurs bandes d’amis. À force de jouer les uns contre les autres, on a fini par sympathiser!

Je suppose qu’avant de te mettre à commenter les parties, tu as toi-même eu un passé de joueur. Un grand frère se cacherait-il derrière cette passion pour le jeu vidéo?

Clairement! Il ne m’a pas mis de manette dans les mains mais j’étais très souvent collé à lui quand il jouait à un jeu! “Rires” Ça a commencé vachement tôt grâce au PC que mon frère avait et à la Super Nintendo. J’étais un peu jeune pour les Doom, Quake et consorts mais des jeux comme Donkey Kong m’ont très vite accroché. À partir du moment où j’ai commencé à jouer, c’est très vite devenu une passion, quelque soit le style de jeu.

J’allais justement te demander : si tu devais citer cinq jeux qui ont fait de toi le gamer que tu es, sur lesquels tu t’attarderais ?

Dans des styles assez variés, on aurait d’abord la saga des Baldur’s Gate qui m’ont marqué et sur lesquels j’ai passé un temps fou. Vu le peu de jeux qu’on avait à l’époque, on faisait généralement le jeu à 100%… pour le refaire encore une fois par la suite! Il y a eu la saga des Battlefield aussi, sur lesquels j’ai eu les premières envies de tryhard un peu et de rejoindre des équipes. League of Legends, bien entendu, vu la place qu’il occupe dans ma vie aujourd’hui. Hearthstone et la série des Halo viennent compléter la liste.

Que des titres très variés en effet!

Oui! Il y a très peu de styles de jeux auxquels je ne joue pas, j’ai des goûts plutôt éclectiques à ce niveau-là! Du moment que le jeu est bien fait, ça devrait me plaire.

© NTX Photography

Avec des goûts aussi larges, qu’est ce qui t’a fait accrocher à un jeu comme League of Legends?

Dans un premier temps, c’était le simple fait que j’avais pas mal d’amis qui jouaient. Étant donné qu’il était gratuit et que le jeu était simple à faire tourner pour n’importe quelle machine, ça enlevait déjà pas mal de barrières.

Au dessus de ça, j’ai très vite vu League of Legends comme un jeu qui, une fois la première terminée, donnait envie d’en relancer une pour corriger ses erreurs et s’améliorer. Ce qui m’a fait accrocher encore plus, c’est tout l’e-sport qui se développait sur le jeu.

Tu regardais déjà de l’e-sport avant?

Oui, je suivais la scène e-sportive sur Starcraft au début des années 2000. Ce qui m’a fait vraiment accroché à la scène League of Legends, c’est le système de ligues mis en place par Riot. Ça amenait plein de storylines entre les différentes régions qui défendaient leur titre aux Worlds et ça structurait beaucoup le secteur, qui avant vivait surtout grâce à des évènements ponctuels comme les Dreamhack, etc.

C’est tout ça qui t’a donné envie de te lancer dans le défi du cast?

C’est assez compliqué de déterminer exactement ce qui m’a attiré… Je pense que ce qui m’a réellement accroché, c’est le fait d’essayer de mettre en valeur des joueurs de talent, que ce soit en Belgian League ou sur des plus grosses compétitions. Quand on regarde les aptitudes de ces joueurs, il est compliqué de nier que ces derniers sont bien meilleurs qu’une grosse majorité. À côté de ça, la vulgarisation du jeu est aussi un aspect hyper intéressant dans l’exercice du casting.

Un exercice qui se fait généralement à deux et que tu réalise le plus souvent avec ton compère Visso. Selon toi, la complicité dans un cast ça a une importance particulière ?

Clairement, caster avec quelqu’un qu’on connait c’est beaucoup plus confortable. Avec la pratique, tu captes mieux les intonations de la personne qui t’accompagne et ça facilite vraiment les passages de paroles. Puis simplement, il y a un feeling qui s’installe où on sait quand le co-caster va mieux mettre en valeur un moment. Ce sont plein d’automatismes qui s’installent petit à petit.

On peut dire que ces automatismes remplacent petit à petit une préparation qui était peut-être un peu plus conséquente avant?

Oui, mais il y a toujours un minimum de préparation. C’est super important de continuer à communiquer sur certaines choses. Par exemple, avant une partie, il est possible que l’un des casters explique qu’il aimerait prendre la parole si un tel évènement se produit. Après, il y a évidemment une énorme part d’improvisation vu qu’il est impossible de prévoir à l’avance ce qui se passe dans un match de League of Legends!

Selon toi, quelles sont les deux qualités nécessaires pour devenir caster?

Premièrement, ça dépend beaucoup de ce que l’audience va attendre d’un caster. Ensuite, cela varie en fonction du rôle que tu tiens en tant que caster. Un color caster va devoir être beaucoup plus didactique dans ses explications vu qu’il est là pour donner du contexte, tandis qu’un caster play-by-play sera beaucoup plus concentré sur ce la manière de décrire une scène qui pourrait être décrite de 1001 façons.

Je pense que la qualité fondamentale est de vouloir partager, et de se rendre compte qu’on est pas là pour se mettre en valeur. On est là pour mettre en avant des gars qui sont excellents et qui sortent du lot. Ensuite, il faut savoir faire un bon mix entre ambiance détendue et analyse sérieuse.

Parlons un peu de la saison régulière 2021 de la Belgian League, qui s’est achevée lundi dernier. De manière générale, tu en as pensé quoi?

En toute honnêteté, je pense que c’est la plus chouette saison qu’on aie eu depuis le début de la ligue. Si on prend le Spring Split, on a eu un très beau scénario avec la victoire de KVM qui renverse un peu la domination Sector One avec un style de jeu à l’identité très forte! Le Summer Split a encore haussé le niveau d’une barre, et ça se voit en terme de score. On a eu de très beaux duels entre Sector One et KVM qui se bataillaient la première place tandis que le KRC Genk restait en embuscade derrière. Sans parler de la magnifique bagarre que Team 7AM et Starlan nous ont offert pour la 4ème place des play-offs!

Avec une dernière journée riche en émotions…

Oui! Chaque match comptait et c’est quelque chose d’assez rare. Généralement, après l’avant-dernière journée, les choses sont jouées et il ne reste que peu de scénarios possibles. Ici, tous les matchs avaient une importance pour le haut ou le bas du classement, notamment avec la dernière partie entre Sector One et Starlan Gaming Club où l’un défendait sa première place et l’autre défendait son spot en play-offs. Beaucoup de spectacle qui nous a assuré un Summer Split assez exceptionnel de manière générale.

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Beaucoup s’accordent à dire qu’on a un niveau de plus en plus serré entre les différentes équipes, tu es d’accord avec ça?

Totalement! Quand on compare le Spring de la saison 2020 avec le split que l’on vient de vivre, on a pas l’impression de regarder la même ligue. Ça se remarque aussi dans les imports qui viennent maintenant d’autres ligues assez solides sur le papier, comme la ligue anglaise ou la ligue italienne. Forcément, ça amène un niveau de jeu supérieur et ça force les autres équipes à rester compétitives.

Certes, on est pas encore au niveaux de certaines ligues comme la LFL ou la Prime League, mais c’est encourageant. Ça prouve surtout que le chemin fait depuis plusieurs années est fait dans le bon sens.

Justement, avant on voyait beaucoup plus de joueurs de la Belgian League s’exporter si leurs résultats étaient satisfaisants, tu penses que le phénomène peut s’inverser si on continue comme ça?

Au-delà de la ligue, je pense que ça dépendra surtout du sérieux de l’écosystème qui est mis en place autour des joueurs. Quand on regarde une ligue comme la LFL, c’est la professionnalisation du milieu qui a aidé à construire la compétition. Si des structures sont prêtes à s’installer et à s’investir, on peut se mettre à rêver, mais c’est un ensemble à mettre en place.

Selon toi, ce sont les résultats des équipes qui amèneront cette professionalisation ou plutôt l’inverse, avec un milieu professionnel qui pousserait les joueurs à s’investir encore plus ?

C’est un cercle vertueux! Mets toi à la place d’un propriétaire de structure dont l’équipe termine en 0-10, c’est quelque peu décourageant pour pousser le truc plus loin. À l’inverse, des joueurs qui voient que les moyens sont conséquents auront tendance à donner beaucoup plus dans la compétition, grâce à des outils mis en place par la structure.

Dernière petite question : un pronostic sur le vainqueur de la ligue cette année ?

C’est très compliqué à dire. On passe d’un format BO1 à un format BO5, que certains joueurs découvriront d’ailleurs lors des play-offs. Si en saison régulière, un match pouvait être remporté grâce à une composition un peu originale, ça ne gagnera pas la rencontre en B05. Ce sont des matchs qui doivent être préparés beaucoup plus en profondeur et qui amènent avec eux l’obligation pour les équipes de savoir rebondir. Ça peut amener de belles surprises comme de grosses déceptions.

De mon côté, je dirais que Sector One est le pari le plus raisonnable. Ils ont une équipe redoutable et leurs joueurs sont assez expérimentés que pour pouvoir gérer ce genre de situation sans grands problèmes.

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