Danser mais ne rien lâcher sous la boule à facettes: Clara Luciani revient avec un deuxième album aux élans disco, idéal pour célébrer le déconfinement sans oublier quelques messages forts, comme d'habitude.
Un mélange des genres réussi présent dès le premier titre "Coeur", qui donne son nom à l'album, dont la sortie est prévue ce vendredi chez Romance musique/Universal. Cet appel au dancefloor évoque avec subtilité les violences conjugales pour mieux les dénoncer. 

"J'ai décidé d'ouvrir avec ça, comme pour dire 'l'album va être très dansant, en apparence très léger, mais commençons par parler sérieusement'", expose à l'AFP Clara Luciani. "Ce n'était pas facile de l'écrire, il fallait trouver le bon ton, que la chanson soit 'impactante' mais avec une part de poésie, c'est la chanson qui m'a donné le plus de fil à retordre", poursuit l'artiste féminine des Victoires de la musique 2020 (avec son album précédent au nom prédestiné "Sainte-Victoire"). 

"Je n'ai jamais voulu choisir entre grave et dansant --c'était déjà le cas avec 'La grenade' (tube du premier album)- deux éléments qu'on retrouve dans des chansons comme 'Marcia baïla' ou 'Le petit train' des Rita Mitsouko, ou 'Heart of glass' de Blondie", développe-t-elle. L'autrice-compositrice-interprète met en avant ce "besoin de danser pour exorciser" dont elle retrouve les vertus dans le "besoin de chanter". 

Ces mêmes motifs se dessinent dans "Respire encore", qui s'entend comme un hymne au lâcher prise du déconfinement, mais suggère également la lumière retrouvée après l'obscurité d'une prison intime. 

"J'ai commencé à l'écrire il y a un petit moment en pensant à une femme qui se libère d'une relation nocive, qui reprenait goût aux sorties, à la danse, avait envie de séduire, de 'regagner' sa vie", commence-t-elle. "Mais en travaillant sur le refrain, ça correspondait aussi à ce qu'on était tous en train de traverser, avec nos vies sur pause", synthétise celle qui est aussi devenue une parolière recherchée, dont Julien Clerc a chanté deux textes sur son dernier album ("Terrien").

L'ambiance néo-disco du disque porte la griffe de figures de la scène électro qui y ont participé à divers titres, comme Yuksek, Breakbot ou Alex Gopher. "Ce sont mes contemporains, ils contrebalancent des références que j'ai, très vintage, et permettent d'éviter l'écueil du pastiche ou de faire un disque des années 1970 en 2021. Ils me reconnectent à la modernité, le disque est actuel". 

La première partie de l'opus pousse aux déhanchements, avant de s'offrir intelligemment une "parenthèse" plus "intimiste", comme elle le dit, avec "J'sais pas plaire" et le duo "Sad & slow" avec Julien Doré. 

"J'ai appréhendé très tôt ce disque comme un concert ou une soirée dansante: ce que j'aime, c'est une énergie un peu en U, avec des moments où on peut aller fumer une cigarette, s'asseoir avant de repartir".

Julien Doré, qui apporte une touche "très mélancolique", a aussi compté dans son parcours quand le succès a chamboulé la vie de la chanteuse. "C'est quelqu'un qui a été bienveillant et encourageant et qui était là à un moment où j'avais besoin d'entendre des témoignages d'artistes, car c'est devenu vertigineux après 'La grenade'", dépeint-elle.

Au coeur de cet album, on trouve aussi des clins d'oeil à l'âge d'or de la variété française que vénère Clara Luciani. Elle décrit ainsi sa chanson "Le chanteur" comme "une petite soeur" de "La groupie du pianiste", hit de Michel Berger. 

"Sur le coup, je n'y pensais pas du tout, mais après coup, oui ça m'est apparu. Ces artistes font partie de mes playlists, celle que j'écoutais pendant le confinement", confie-t-elle. "Mes goûts portent l'héritage d'une variété française un peu snobée par les gens de ma génération (elle n'a pas encore 30 ans, ndlr) et par un certain élitisme parisien (elle est originaire de Martigues, ndlr), alors que j'ai toujours été très sensible à ces chansons-là".