Si Derek Redmond n’a jamais remporté la moindre médaille olympique durant sa carrière, le spécialiste du 400m marqua à jamais l’histoire des Jeux le 3 août 1992 à Barcelone.
Frankie Fredericks, Marie-José Pérec, Javier Sotomayor, Carl Lewis, Derartu Tulu… Toutes les stars sont au rendez-vous des Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Un peu moins dans la lumière que ces athlètes vedettes, le Britannique Derek Redmond arrive néanmoins en Espagne avec de grandes ambitions. Il faut dire que ce spécialiste du 400m était alors détenteur du record national et champion du monde en titre du relais 4x400.

Freiné par les blessures

Pour Redmond, 27 ans, Barcelone constitue aussi une occasion de tirer un trait définitif sur les blessures. Car au cours de sa carrière, l’athlète n’a pas été épargné par les pépins physiques. En 1988, aux Jeux de Séoul, il était même contraint de déclarer forfait dix minutes avant le début des séries en raison d’une blessure au tendon d’Achille. Il dut ensuite subir huit opérations et, à trois mois des JO de Barcelone, il était encore hospitalisé.

Bien déterminé à ramener une médaille de Catalogne, Redmond débute la compétition de la meilleure des manières. Il remporte sa série et son quart de finale, validant aisément son ticket pour les demi-finales. Le 3 août, le Britannique n’est donc plus qu’à 400 mètres d’une finale qui, il l'espère, viendra couronner sa carrière. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Après un bon départ, Redmond est dans le coup durant les 200 premiers mètres. Mais soudain, l'athlète ressent une vive douleur à la cuisse droite, qui l’oblige à s’arrêter net. Genou au sol, Redmond ne veut pas y croire: une foudroyante déchirure musculaire vient une nouvelle fois d’enterrer ses espoirs de médaille.

L'esprit olympique

Mais, à la surprise générale, le sprinteur se relève et repousse le staff médical venu à son secours. Il tient à terminer la course coûte que coûte. Le visage tordu par la douleur, continue son tour de piste à cloche-pied. Arrivé au dernier virage, l'athlète est rejoint par son père Jim, descendu des gradins après avoir esquivé les officiels pour venir en aide à son fils. En larmes, Redmond franchit la ligne dans les bras de son père, ovationné par la foule admirative de Barcelone.

"Je me suis dit: ‘tu es en demies des JO’. C’est ce qui m’a poussé à me lever et à repartir en boitant. ‘Même si je dois marcher, je vais finir cette course’. Je me disais que c’était peut-être ma dernière, alors je devais la finir. Pas pour quelqu’un d’autre, mais pour moi”, racontera Redmond des années plus tard à la BBC. C’est effectivement sur cette cruelle séquence d’anthologie que l'athlète mettra un terme à sa carrière. S’il ne fut jamais officiellement classé pour avoir été aidé durant sa course, le Britannique est définitivement entré dans la légende des Jeux ce jour-là, et son histoire est encore fréquemment utilisée à travers le monde pour symboliser l’esprit olympique.

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