Gabriel Rios nous parle de son nouveau documentaire ‘I'm still leaving’: “Nous aurions tout aussi bien pu être sur la Lune”

‘Flore’, l'album sur lequel le chanteur belgo-portoricain Gabriel Rios reprend des chansons de sa jeunesse dans son propre style, est désormais accompagné du documentaire ‘I'm still leaving’. Dans le film, qui peut être visionné sur Pickx Live et Pickx.be, la caméra de Lieven Bulckens suit le chanteur en studio pendant ce processus parfois très difficile. "L'album est comme un rêve, tandis que le documentaire est dans le réel. C'est pourquoi les deux se complètent si bien", explique l’artiste.

‘Flore' est sorti depuis février de cette année et a été accueilli avec enthousiasme par le public belge. L'album est truffé de chansons d'Amérique du Sud, notamment de Porto Rico et de Cuba, mais entièrement dans le style de Gabriel Rios.

Vous n'aviez plus sorti de nouvel album depuis 2014. Il semble que vous ayez longtemps travaillé sur un tel disque mais que celui-ci ne vous ait jamais vraiment donné entièrement satisfaction. Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui?

Gabriel Rios: "C'était simplement le bon moment. Pendant longtemps, j'ai fait des listes de chansons que je pensais pouvoir chanter. Mais beaucoup de ces vieilles chansons sont en fait impossibles à reprendre si on enlève l'instrumental qui les accompagne. Je pourrais monter un orchestre et rassembler tous les cors et percussions typiques pour le faire de manière traditionnelle, mais cela sonnerait faux, comme si je cherchais à trop en faire. Même lorsque j'ai établi une liste, j'ai toujours eu l'impression que ce n'était pas le bon moment. Je devais être capable de faire quelque chose pendant la pandémie. Durant cette période, j'ai également fait de la musique avec l'orchestre de The Colorist. Ils ont aussi réalisé de nouveaux arrangements pour des chansons latines. En les écoutant, j'ai laissé tomber mon idée selon laquelle les choses devraient être réalisées conformément à la tradition. Parfois, on peut aussi faire de la musique en jetant tout ça par-dessus bord. Tous ces éléments se sont combinés au bon moment."

"J'ai soumis les idées à Ruben (Samama, ndlr), qui est derrière la plupart des instrus de l'album. Comme moi, il est remuant et s'ennuie facilement. Avec lui à bord, nous n'avions pas d'autre choix que de jouer la musique à notre manière. Nous avons dû faire notre propre truc pour supporter la musique."

Comment vous sentez-vous maintenant que l'album est sorti depuis un moment et qu'il a été aussi bien reçu?

Rios : "C'est une sorte de soulagement, d’un point de vue très personnel. J'ai vraiment aimé faire cet album, mais en même temps, c'était très difficile. J'ai vécu des bouleversements ces dernières années. Mon père était atteint d’une forme grave de la maladie d'Alzheimer, alors il y a trois ans, je suis retourné à Porto Rico pour quelques mois. Depuis lors, il m'était difficile de faire quoi que ce soit. J'ai continué à essayer de composer des chansons, mais ça ne marchait pas vraiment. Ces morceaux m'ont cependant donné une direction. Je n'avais pas à me soucier des paroles, je devais juste leur donner vie à ma façon. L'album a finalement été réalisé en quelques mois, ce qui est beaucoup plus rapide que de coutume pour moi. C'était très intense. J'ai simplement plongé dans un rêve d'enfant."

"Cela m'a fait du bien et j'ai beaucoup apprécié d’être enfermé en studio, mais je me sens toujours un peu perdu. Normalement, j’ai des points de repère lorsque je me produis sur scène, mais ce n’est plus le cas maintenant. J'avais l'impression de ne pas être sur la terre ferme. Et puis, voir que la musique plaît aux gens, c'est un grand soulagement. Cela montre qu’il est normal d'être un peu instable parfois."

Vous sentez-vous libéré maintenant que votre musique touche autant de gens?

Rios: "Oui. Je fais désormais beaucoup plus de choses et j'aimerais continuer ainsi. Mais je ne peux pas prédire si cela va fonctionner. Je me laisse porter par le processus créatif, et parfois il fait ce qu'il veut. Par exemple, pour ‘Flore’, j'avais un plan pour le son de chaque titre, mais nous avons finalement tout abandonné. Ce chaos, ça me représente bien."

"Maintenant, je reçois des messages de personnes à la maison, mais aussi de personnes qui ne comprennent pas du tout l'espagnol, qui trouvent une connexion avec ma musique. Peut-être est-ce à cause de cette atmosphère de rêve, ou bien des émotions qu'il y a derrière, mais honnêtement, je ne sais pas toujours quelle émotion se cache derrière chaque chanson non plus. Pour moi, tout est lié à mon père, mais je n'arrive pas toujours à le définir. Ce n'est pas rationnel, c'est émotionnel."

Continuerez-vous à écrire en espagnol?

Rios: "Je veux poursuivre dans cette voie. J'étais bloqué, car je crois que je n'avais pas écrit en espagnol depuis 15 ans. Je n'osais simplement pas. Je me sens parfois mal à l'aise lorsque j'écris en espagnol, parce que je ne fais plus partie de ce monde. Mais il y a quelque chose de fantastique à chanter dans sa propre langue. Cela devient automatiquement plus personnel, car votre langue est une grande partie de ce que vous êtes."

Le documentaire ‘I'm still leaving’ nous montre la confection de l'album. Comment ce film a-t-il vu le jour?

Rios: "Lieven Bulckens est un ami à moi. Il nous a déjà suivis pendant la tournée de ‘This Marauder's Midnight’. Je n'aime pas vraiment être filmé, mais je suis content que les gens m'y aient poussé. Si cela n'avait tenu qu'à moi, l'album serait sorti sans rien d’autre, mais cela n'aurait pas été productif du tout. Comme nous ne pouvions pas jouer de la musique en direct, c’était comme si celle-ci avait disparu. La présence de Lieven pendant les enregistrements m'a semblé très familière, ce n'était pas une démarche contre nature. Il était comme un cheveu dans la soupe, et maintenant nous avons un film qui documente le processus."

"En réalité, le documentaire ne traite de rien d'autre que de ce que c'est que de réaliser un album de vieilles chansons en espagnol alors que vous vous trouvez quelque part dans le Nord. Nous étions isolés, pas seulement par le coronavirus, mais aussi par le lieu, la culture... Nous aurions tout aussi bien pu être sur la Lune, loin de notre communauté et de nos racines, avec pour seul bagage ce que nous portions sur nous et ce dont nous nous souvenions du temps passé."

Beaucoup d’artistes se sont retrouvés isolés durant cette période. L’avez-vous vécu aussi?
 
Rios: "L'isolement n'est pas vraiment nouveau pour moi. Je me replie toujours sur moi-même quand je fais de la musique, comme beaucoup de gens que je connais. Donc pour moi, la pandémie n'a pas changé grand-chose à ce niveau-là. C'était surtout différent lorsque nous voulions nous produire quelque part. Depuis que je suis enfant, j'ai toujours voulu me couper du monde extérieur pour faire quelque chose. Les albums en sont le résultat. Et le documentaire est un instantané de ce qui s'est passé dans le studio. Le film est très réaliste alors que l'album ne l'est pas."

"Les instrus du disque semblent provenir d'un rêve ou d'un café dans une réalité parallèle. Pour le film, nous avons joué et enregistré certaines chansons en acoustique. Ces séquences donnent l'impression d’être en répétition, elles sont très terre à terre, tout comme l'ensemble du film".

Découvrez le documentaire 'Gabriel Ríos - I'm still leaving' en exclusivité sur Pickx Live (chaîne 11) le lundi 10 mai à 20h30, le vendredi 14 mai à 20h30, le lundi 17 mai à 21h30 et le vendredi 21 mai à 21h30. Ou retrouvez le documentaire 'I'm still leaving' ici.

Pour en savoir plus sur le documentaire et le processus créatif de Gabriel Ríos, cliquez ici.



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