Le Cauberg, juge de paix de l'Amstel Gold Race est surnommé  'GilbertBerg' par les Hollandais, qui rendent ainsi un affectueux hommage à Philippe Gilbert. C'est en effet sur cette pente mythique de 1.450 mètres avec son passage à 12 % que le Wallon a construit sa renommée: celle de roi du punch et de la giclette, une réputation largement confirmée par 5 succès inoubliables sur le Mont Gilbert. Feuilletons ensemble l'album des souvenirs...
 
Fermez les yeux et suivez-nous sur les lieux... Visualisez ce virage à gauche, bien connu, qui lance l'ascension du Cauberg, laquelle culmine avec 700 derniers mètres bien raides et parfaitement larges. Une véritable autoroute transformée chaque année en mini-Alpe d’Huez par les fans hollandais qui viennent y applaudir les attaquants les plus flamboyants du peloton. Ici, Phillipe Gilbert a démontré à maintes reprises qu’il savait exactement où placer son accélération, presque toujours au même endroit, avant le fameux pont surplombant la côte, dans la fin du virage à gauche qui mène vers les thermes de Valkenburg.
 
"J’aime cette côte pour les mêmes raisons qu’un sprinter apprécie une belle et longue ligne droite. Elle cadre tout simplement bien avec mon profil," explique Gilbert. "Sur le Cauberg, il faut puiser au plus profond de soi tant mentalement que physiquement et aller très loin dans l’effort. La différence se fait mètre après mètre et il faut ensuite parvenir à conserver l’avantage que l’on est parvenu à creuser".
 
Une arrivée plusieurs fois modifiée
 
Même si l'arrivée a plusieurs fois été modifiée, Gilbert a toujours su adapter sa stratégie pour mater ses adversaires. De 2003 à 2012, l'arrivée est jugée au sommet du Cauberg. L'arrivée est ensuite remaniée en 2013 pour être déplacée au hameau de Berg en Terblijt, à 1,8 kilomètre du sommet. Cette nouvelle configuration de l'arrivée reprend celle utilisée pour les Mondiaux 2012. Nous y reviendrons...
 
À partir de 2017, même si l'emplacement de la ligne d'arrivée reste le même, son approche diffère. La montée finale du Cauberg est supprimée, après avoir été le juge de paix de la course pendant 14 ans. Le Cauberg reste néanmoins franchi trois fois pendant la course, le dernier passage étant situé à 18 kilomètres de l'arrivée et encore suivi par le Geulhemmerberg et le Bemelerberg.
 
Philippe Gilbert s'est imposé à cinq reprises sur les hauteurs de Valkenburg. Revenons sur ses quatre succès dans l'Amstel Gold Race (2010, 2011, 2014 et 2017), à une longueur du recordman Jan Raas (5 victoires) et sur son inoubliable titre mondial (2012).
 
2010 : Gilbert sur un volcan
 
Au départ de cette 45e édition de l'Amstel, les favoris s'appellent Sergueï Ivanov, le tenant du titre, les frères Schleck, Damiano Cunego (vainqueur en 2008) ou Robert Gesink. On note de nombreux forfaits importants comme ceux d'Alejandro Valverde, de Carlos Sastre ou de Bradley Wiggins, tous bloqués dans les aéroports internationaux par la pluie de cendres qui a suivi l’éruption du volcan Eyjafjöll, en Islande
 
Philippe Gilbert est d'abord obligé de neutraliser une attaque de Cunego dans le Fromberg, à 15 kilomètres de l'arrivée,  avant qu'Ivanov ne tente sa chance dans la descente qui suit, accompagné de Jurgen Van den Broeck, qui sera ensuite distancé dans le Keutenberg. En poursuite, un groupe royal avec Frank Schleck, Cunego, Kolobnev et ... Gilbert fait la jonction dans la descente.
 
À 11 kilomètres de la fin, Gilbert tente sa chance mais est repris deux kilomètres plus loin. C'est ensuite Kolobnev qui place une mine pour aborder l’ultime montée du Cauberg avec quelques mètres d’avance. Après avoir repris l’homme de tête, Gilbert fait la décision à mi-pente en répondant à une accélération de Bert De Waele.
 
Il s'impose finalement avec quelques longueurs d’avance sur Ryder Hesjedal et Enrico Gasparotto. La Belgique a enfin trouvé un successeur à Johan Museeuw, vainqueur 16 ans plus tôt.
 
2011 : nouveau coup de fusil pour mater Schleck et Purito 
 
Grand favori au départ, Gilbert maîtrise pour la deuxième fois parfaitement tous les paramètres de l'Amstel Gold Race pour s'adjuger un nouveau succès au sommet du Cauberg. Secoué par une offensive d'Andy Schleck à 11 kilomètres du but, après deux démarrages coordonnés des Katusha (Rodriguez, Kolobnev), le Wallon ne perd ni ses nerfs, ni son sang-froid.
 
Il prend lui-même le commandement de la poursuite, dans la descente qui serpente vers Valkenburg afin de ne pas laisser le cadet des Schleck hors de portée de son coup de fusil dans la montée finale.
 
Au plus fort de la pente, Schleck est avalé par Joaquin Rodriguez mais Purito, le puncheur catalan, trouve son maître en matière de giclette. Gilbert place sa banderille dévastatrice à 300 mètres de la ligne pour s'imposer très nettement devant l'Espagnol et Simon Gerrans.
 
2012 : Gilbert, maître du monde
 
En 2012, le Liégeois retrouve la forme au meilleur moment et  le parcours de ces Mondiaux semble taillé pour lui, puisque c'est à Valkenburg, sur les pentes de ce Cauberg qu'il a domptées par deux fois, que le maillot arc-en-ciel est distribué. 
 
Gilbert ne se loupe pas, le grand jour venu. Dans l'ultime ascension du Cauberg, il abat ses cartes, en mettant la plus grosse mine de toute sa carrière. 
 
Le Cauberg, Philippe connaît. Il déborde le jeune Moreno Moser qui roule pour les leaders la Squadra Azzura. Bien protégé par Leukemans, Boonen et Roelandts, Gilbert appuie sur les pédales. Personne n'est capable de revenir, même sur les 1.800 mètres qui séparent cette fois le sommet de la ligne d'arrivée. Valverde, Kolobnev et Boasson Hagen sont trop loin et tergiversent.
 
Gilbert est enfin sacré Champion du Monde à sa dixième tentative. Boasson Hagen et Valverde accompagnent Philippe sur le podium.
 
2014 : nouveau final, même résultat
 
Vainqueur de la Flèche brabançonne quelques jours plus tôt, Gilbert prend le départ de la 49ème édition de l’Amstel Gold Race avec une énorme pancarte de favori sur le dos. Outre ses succès en 2010 et en 2011, Gilbert a été sacré entretemps Champion du Monde au Cauberg. L’arrivée n’est plus jugée au sommet, comme lors des deux premiers succès de Gilbert, mais 1800 mètres plus loin, dans le village de Fauquemont, à l’endroit précis où il a été sacré meilleur coureur de la planète… 574 jours plus tôt.
 
Malgré de nombreuses attaques dans le Cauberg signées entre autres par Samuel Sanchez et Simon Gerrans, Gilbert fausse compagnie au gratin mondial et conserve 4 secondes d'avance sur la ligne. Il précède Jelle Vanendert et Simon Gerrans et signe ainsi un triplé dans l'Amstel Gold Race.
 
2017, sprint d'anthologie pour battre Kwiato
 
En 2017, nouveau changement de parcours. Le Cauberg est repoussé encore plus loin de la ligne. Aucune importance pour Gilbert qui s'impose à nouveau dans le Limbourg néerlandais, cette fois avec le maillot de Champion de Belgique sur les épaules. 
 
Deux semaines après sa démonstration dans le Ronde, le Liégeois lance la course de loin. Il opère cette fois la sélection dans le Bemelerberg à 6 kilomètres de la ligne. Il règle ensuite Michal Kwiatkowski au bout d'un sprint époustouflant et haletant. Le Polonais, qui a pris quelques longueurs d'avance aux 250 mètres ne peut empêcher le retour du Remoucastrien, hallucinant de puissance ce jour-là.
 
L'Amstel Gold Race, à suivre en direct ce dimanche 18 avril à 14h10, sur la Une
 
 
Video : Quand Philippe Gilbert parle de 'son' Cauberg ...