Des opposants au putsch en Birmanie ont maculé de peinture rouge samedi des rues à Rangoun pour dénoncer la féroce répression des forces de sécurité qui a fait la veille au moins 80 morts à Bago au nord-est de la capitale économique du pays.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a été supplié d'agir par des civils birmans et l'ambassadeur birman à l'ONU, Kyaw Moe Tun, limogé par la junte mais toujours en fonctions, qui a imploré: "s'il vous plaît, s'il vous plaît, passez à l'action". Il a réclamé une "zone d'exclusion aérienne" pour contrer les raids du régime contre des minorités, avec des sanctions contre la junte et un embargo sur les armes.

Parallèlement, la condamnation à la peine capitale de 19 personnes en Birmanie pour des faits de droit commun - dont 17 par contumace-, une première depuis le coup d'Etat du 1er février, a été dénoncée samedi par l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Ces personnes ont été condamnées par une Cour martiale pour vol ou meurtres après des arrestations dans le bidonville d'Okkalapa Nord (banlieue de Rangoun), ont rapporté vendredi des médias locaux.

"Cela montre que les militaires sont prêts à retourner au temps où des personnes étaient exécutées en Birmanie", soit plus de 30 ans en arrière, a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint du département Asie de HRW.

La Norvège a qualifié samedi ces condamnations à la peine capitale d'"inacceptables et profondément inquiétantes".

La ministre norvégienne des Affaires étrangères Ine Eriksen Soreide a exhorté la Birmanie dans un tweet "de ne pas exécuter ces sentences, de faire cesser la violence et de permettre à l'envoyée de l'Onu de se rendre sur place".

L'émissaire de l'ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a débuté vendredi en Thaïlande une tournée asiatique qui doit la conduire aussi en Chine et dans des pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) qui devrait tenir le 20 avril à Jakarta un sommet d'urgence. La Birmanie, elle, continue de refuser de l'accueillir.

Samedi, des manifestants ont jeté dans les rues du centre de Rangoun, près de la pagode Shwedagon, de la peinture écarlate et des tracts dans le cadre d'une initiative nommée "Mouvement rouge".

"Unissons-nous et montrons hardiment en rouge qu'il ne sera pas du tout permis au régime dictatorial de nous gouverner", explique un étudiant sur Facebook.

Malgré les restrictions imposées par la junte à l'accès aux données mobiles et à l'internet des détails filtraient samedi sur la journée de violences la veille Bago (65 km au nord-est de Rangoun) qui a poussé des habitants à se réfugier dans des villages voisins.

"Plus de 80 manifestants contre le coup d'Etat ont été tués par les forces de sécurité à Bago vendredi", a déclaré samedi soir l'Association d'aide aux prisonniers politiques.

Les forces de l'ordre ont empêché les secouristes de récupérer les corps, a déclaré un habitant à l'AFP.

"Ils ont empilé tous les cadavres, les ont chargés dans leur camion militaire et les ont emportés", a dit cet habitant, précisant que les autorités ont ensuite arrêté des gens alentours.

Depuis le coup d'Etat militaire du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, la Birmanie est secouée par des manifestations quotidiennes dans lesquelles au moins 618 civils ont été tués, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

La junte qualifie les victimes de "terroristes" et comptabilise 248 morts depuis le 1er février. Malgré le bain de sang, manifestations et grèves se poursuivent.

La communauté internationale s'alarme de plus en plus de la situation.

La Russie et la Chine rejettent l'idée de sanctions. Les Etats-Unis et plusieurs pays européens ont réclamé vendredi au Conseil de sécurité d'aller au-delà des trois déclarations unanimes adoptées depuis le putsch.

Allié traditionnel de l'armée birmane, Pékin s'inquiète néanmoins de l'instabilité dans le pays et, selon des informations de presse, aurait ouvert des contacts avec le groupe de résistance CRPH, le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l'organe législatif birman dissous après le putsch.