Notre 'Pickx Critic' Tanguy Dekeyser nous parle des César 2021

Proximus Pickx s'intéresse de près à la 46e édition des César du cinéma qui se déroulera ce vendredi à l'Olympia de Paris. Tanguy Dekeyser, notre spécialiste cinéma, vous parle de cette édition particulière à plus d'un titre et vous dévoile ses coups de cœur.

Est-ce une année particulière pour les César et le cinéma français ?

Tanguy Dekeyser: "Tout à fait, et pour plusieurs raisons. Premièrement, la crise sanitaire a chamboulé tout le secteur, et il a fallu trouver des films qui sont sortis en salle avant ou entre les deux confinements. Ensuite, cette 46e édition des César se fait avec une nouvelle direction, la précédente ayant dû remettre sa démission l'année passée. On lui reprochait notamment d'être à la traîne sur des sujets de société, comme l'égalité femmes-hommes. Et puis il y avait la polémique autour de Polanski et ses douze nominations, alors qu’il était accusé de viol. L'Académie  se veut délibérément plus ouverte et devra faire preuve d’une plus grande opacité avec plus de mixité et de parité. Covid oblige, la cérémonie se déroulera sans public, avec Marina Foïs en maitresse de cérémonie. Une des nombreuses personnalités qui faisait partie l'année dernière des 200 signataires demandant une réforme de l’institution."


Les César, récompense ultime du cinéma français ?

T.D.:"Oui on peut dire ça, il y a deux cérémonies marquantes en France, les César qui ne consacrent que le cinéma français, et le Festival de  Cannes qui propose une sélection internationale, avec néanmoins un quota pur les films français."


Quels sont tes pronostics ?

  1. 'Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait' d'Emmanuel Mouret
"C'est un vrai film français, un peu comme à l'époque de Rohmer. On suit des histoires d'amour entrecroisées de personnages authentiques qui hésitent entre l'amour-passion et l'amour-tendresse. Camélia Jordana décolle, c'est probablement un de ses rôles les plus remarquables. Le scénario est très bon et n'est pas cousu de fil blanc. Avec 13 nominations, c'est assurément un des grands favoris."

  1. 'Adolescentes' de Sebastien Lifshitz
"Avant, on ne pouvait pas avoir un documentaire qui concourait en même temps pour le César du meilleur film et celui du meilleur documentaire. C'est de nouveau possible grâce à la réforme de l'académie, on y revient. C'est bien qu'un documentaire puisse être un meilleur film, cela permet de casser les genres. Le film de Sebastien Lifshitz raconte l'histoire d'une amitié improbable entre deux adolescentes. On découvre comment leur amitié évolue au fil du temps. Pendant cinq ans, on va suivre les choix qu'elles posent dans une époque et une France tourmentée par des problèmes de xénophobie et de racisme. Il devrait normalement gagner le prix du meilleur docu."


  1. 'Adieu les cons' d'Albert Dupontel
"C'est clairement un des favoris de cette édition, avec 12 nominations. Personnellement j'avais préféré 'Au revoir là-haut', mais le dernier Dupontel est tout de même très bon. Le film pourrait être consacré pour sa mise en scène, très poétique et caractéristique du cinéaste. Virginie Efira est excellente, mais je ne pense pas qu'elle aura le César. Il y a une grosse concurrence dans la catégorie de la meilleure actrice. Cette comédie burlesque et corrosive pourrait aussi recevoir des prix pour les décors, par exemple…"


  1. 'Été 85' de François Ozon
"François Ozon est un réalisateur qui divise, mais son dernier opus est une pépite. C'est une histoire d'amour entre deux jeunes mecs, à priori rien de très original, mais il arrive à utiliser les codes du thriller pour raconter cette romance et cette normalité familiale toute relative. Peu de réalisateurs arrivent à faire cela. L'image est ultra intelligente, comme à ses débuts, il a filmé en Super16, ce qui donne un certain grain typique des années 80. On a donc une photo ‘old school’, mais avec un scénario terriblement moderne. On saluera également le travail remarquable d'Hichame Alaouié, qui est un chef opérateur belge de grand talent. Quant aux acteurs, les deux comédiens principaux sont nommés pour le César du meilleur espoir masculin, un des deux devrait recevoir le prix."


  1. 'Antoinette dans les Cévennes' de Caroline Vignal
"C'est probablement la plus grosse surprise de cette édition. Les César se dirigent d'habitude plus vers les drames, des films avec des partis pris artistiques et scénaristiques assez marqués, c'est donc une très bonne nouvelle de voir un film léger et sans prétention recevoir huit nominations. C'est un film terriblement drôle, principalement grâce à la prestation de Laure Calamy, qu'on a découverte dans 'Dix pour cent'. Elle est excellente, elle sait être à la fois déterminée, sensible, fantasque, ingénue, spontanée et en fin de compte très touchante."

  1. 'Josep' d’Aurel
"C'est probablement ce film qui va gagner le César du meilleur film d'animation. L'histoire nous situe en 1939, quand de nombreux réfugiés politiques fuyant l'Espagne de Franco arrivent en France. Les camps de réfugiés et l'accueil qui leur est réservé nous renvoient directement à notre époque. C'est un film qui mérite le coup d'œil."


Des Belges sont nominés cette année ?
  
T.D.:"Il y a six nominations de Belges cette année. Virginie Efira, pour un de ses plus grands rôles. Yolande Moreau est nommée pour la meilleure actrice dans un second rôle dans 'La Bonne Épouse', Émilie Dequenne en femme amoureuse dans 'Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait'. Les autres nominations sont pour des techniciens, notamment Hichame Alaouié pour 'Été 85'."


Est-ce que la crise sanitaire a changé l'industrie du cinéma ?

T.D.:"Au niveau de la production, tout a tourné au ralenti pendant le premier confinement, mais depuis les tournages ont repris. Les producteurs doivent dorénavant prévoir un budget Covid, il faut tester continuellement l'équipe du film, et si une personne est positive, un tournage peut être bloqué pendant plusieurs jours… Ce qui a vraiment changé, c'est le moment où le film va sortir, il y a une grande frilosité de la part des producteurs, qui ont beaucoup de films dans leurs tiroirs, et qui se demandent si leurs films auront une exposition assez grande. De plus, avec la réouverture des salles, tous les films vont arriver par paquet, cela va créer des embouteillages. Il est sérieusement temps qu'on se réinvente en Europe, on devrait plus s'ouvrir aux plateformes. Et même si le cinéma reste un médium essentiel, tous les films ne devraient pas forcément sortir en salles, aller au cinéma c'est un spectacle, certains films demandent à être vu sur un grand écran, d'autres moins. Mais il ne faut pas croire qu'un film de plateforme est d'office un mauvais film, ce sont des mentalités qui doivent encore évoluer. C'est ce qui s'est passé aux États-Unis notamment, où de grands réalisateurs ont accepté de travailler par exemple avec Netflix."

  
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