La segment printanier de la Belgian League, notre compétition nationale de League of Legends, touche bientôt à sa fin et les meilleures équipes s’apprêtent à se donner le change lors de play-offs qui s’annoncent d’ores et déjà électriques. On continue donc notre petit tour d’horizon des voix qui vous font vivre la compétition au quotidien. Et ce mois-ci, c’est au tour de Diede “Dino” Baeyens de se dévoiler et de nous expliquer comment il en est arrivé là où il est aujourd’hui.

Salut Dino! Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bien sûr, je m’appelle Diede Baeyens et je suis color caster sur le stream néerlandophone de la Belgian League. À côté de ça, je suis consultant à la jeunesse pour ma commune! Je caste donc par pur plaisir, après mes heures de travail.

Raconte nous un peu tes débuts sur les jeux-vidéo.

Un de mes premiers souvenirs lié au jeux-vidéo remonte à la période où je jouais sur le Mac de mon père au tout premier Call of Duty. Quand j’étais adolescent, j’ai commencé à jouer à Crossfire (un free-to-play basé sur Counter Strike 1.6, joué principalement en Asie; ndlr) à un niveau plutôt élevé avec des amis anglophones rencontrés sur Internet. En ayant grandi avec quatre soeurs, il était plus simple pour moi de me divertir derrière le pc que dans le reste de la maison. *Rires* On jouait beaucoup en partie classée et à force on a fini par faire des tournois, de plus en plus gros. On a par exemple joué les World Cyber Games, une compétition mondiale.

Quand on t’écoute, tu semblais à l’époque plus proche d’une carrière de joueur que de caster… Tu as pensé à emprunter ce chemin à un moment donné ?

J’ai une belle anecdote à propos de ça. Quand j’avais 16 ans, je jouais de chez mes parents et avec notre équipe, nous avions une chance de nous qualifier pour le championnat du monde. Malheureusement, nous étions encore tous adolescents et nos parents nous ont tout simplement dit que ça ne serait pas possible. Il faut aussi savoir qu’à l’époque, les matchs se jouaient vers 3 heures du matin, en pleine semaine. Je me rappelle me glisser discrètement dans le salon pour jouer mes matchs en silence… Ce qui était un peu compliqué sur un jeu de tire où il y a beaucoup de calls à faire! Au final, il s’en sont rendus compte mais on été très sympas avec moi : ils m’ont laissé terminer la partie, qu’on a gagné en plus de ça. Ce qui est encore plus drôle, c’est que nous avons été disqualifiés du tournoi après avoir oublié d’envoyer nos résultats aux organisateurs…

Tout ça pour dire qu’on jouait ces tournois surtout car ils proposaient un niveau plus élevé que dans les parties publiques, où on avait un winrate proche des 80%. Malheureusement pour moi, une fois que les écrans sont devenus plus grands et que les cibles étaient moins pixellisées, j’ai vite compris que mon aim (capacité à viser; ndlr) ne serait pas au niveau! *Rires*

Tu jouais donc principalement à des FPS à l’époque. Qu’est ce qui t’a captivé dans League of Legends pour en faire ton jeu de coeur?

Les parties en 3V3! “éclate de rire” Plus sérieusement, à l’époque je jouais aussi à des jeux de stratégie comme Civilizations II sur l’ordinateur de mon père. J’ai trouvé que League of Legends rassemblait vraiment ces deux aspects qui me plaisaient dans les jeux de stratégie et les FPS. D’un côté, il y a un côté tactique dans le jeu : vous devez acheter les bons items, sur le bon champion et ces derniers changent en fonction de ton opposant. De l’autre, il y a cette facette du jeu où tu dois prendre l’ascendant sur ton adversaire de manière mécanique et faire fonctionner tes skills. C’est peut-être pour ce deuxième aspect que j’adorais le 3v3. Ça se battait tout le temps. Après un certain moment, mes amis ont réussi à me faire comprendre que le vrai mode de jeu était le 5 contre 5, que je trouvais très lent.

Du coup, comment t’es tu retrouvé derrière le casting desk ?

Ca a mis vraiment beaucoup de temps. J’avais un ami qui évoluait en Challengers Scene, l’un des plus hauts niveaux de compétition sur League of Legends à l’époque. Il habitait dans le même village que moi et à un moment, est sortie l’idée d’organiser LAN près de chez nous. Il s’est alors vite imposé que nous allions faire nous-même le cast des matchs. Au final, l’idée est tombée à l’eau et nous n’avons jamais pu organisé cet évènement, mais l’idée était dans ma tête… J’ai donc commencé à m’intéresser un peu plus à ce que les casters disaient vraiment au lieu de juste profiter du spectacle. À force, je me suis dit que cela pouvait vraiment me convenir. Après avoir passé plusieurs parties à expliquer à mes amis, qui ne comprenaient pas encore le jeu, ce qui se passait à l’écran, il est devenu évident pour moi qu’il y avait vraiment quelque chose à faire. Du coup, quand la Belgian League a fait son apparition, j’ai sauté le pas.

Tu pourrais envisager de faire ça de ta vie ?

Pour moi, c’est bien évidemment un job de rêve. Je ne pense pas que tu puisses trouver un caster qui passe du temps à s’investir et à commenter des parties qui te dira “Non, je ne veux pas faire ça de ma vie.”. Je pense que ce qui unit toutes ces personnes, c’est leur passion. De ce point de vue, qui ne voudrait pas vivre de sa passion? Après, il faut rester réaliste. Dans la situation actuelle, je ne pourrais pas en vivre. Pour l’instant, il y a très peu de personnes qui arrivent à vivre uniquement du cast dans le Benelux.

On a posé la même question à Visso la semaine passée mais je serais curieux d’avoir ta réponse: Comment tu te prépares pour le cast chaque semaine?

Chaque caster a sa propre manière de se préparer surtout en fonction de leur rôle. Certains préfèrent laisser place à plus de spontanéité tandis que de mon côté, j’ai tendance à beaucoup préparer le show. Parfois trop! De manière générale, je dois avoir une connaissance presque parfaite du jeu pour pouvoir expliquer certains aspects de la partie. Si les joueurs se mettent à faire un nouveau build sur Ezreal par exemple, je dois savoir expliquer pourquoi. À côté de ça, on met en place des storylines spécifiques à la Belgian League. Ce qui veut dire qu’on va aller regarder le classement des équipes, leur manière de jouer, leurs opposants, les points de progression et essayer de voir ce qui est intéressant pour le public. Par exemple, dans le cas de Team 7AM, rien ne sert d’expliquer qu’ils ont perdu leurs 9 matchs. Les gens sont déjà au courant en regardant le tableau des scores. En revanche, ce qui est intéressant, c’est de créer une histoire en se demandant “Ok, maintenant que doivent-ils faire pour gagner?”. Sur la saison, c’est notre rôle de faire évoluer ces storylines afin de garder le spectateur captivé.

Il y a des choses indispensables pour être caster ?

On peut résumer ça en deux choses : avoir une réelle passion pour le jeu et réussir à transformer cette passion en un bon show! Après, je pense que la réponse sera différente en fonction des casters et en fonction de l’endroit où tu te trouves. Prenons le football par exemple, en Belgique, les commentateurs sont plutôt lents, décrivent ce qui se passe à l’écran et parlent des joueurs. Mais si on écoute le même match en Espagnol, c’est totalement différent ! Ils sont beaucoup plus énergiques, et après 5 minutes on a 90 % de chances d’avoir perdu un tympan ! *Rires* C’est la même chose en e-sport. Pour moi, un bon caster sait ce que son public attend d’un match et ce qu’il veut savoir. À lui de s’adapter en fonction de ça!

C’est d’ailleurs ce qui fait la différence entre les différentes ligues non ?

Exactement, la LCK est beaucoup plus pointue sur le jeu tandis le LEC a réussi à faire un bon mix entre pédagogie, pour expliquer le jeu, et divertissement, avec différentes séquences qui sont créées par l’équipe de cast pour habiller le show.

On est maintenant à deux semaines des play-offs du Spring Split. De manière générale tu as pensé quoi de la compétition ?

En toute honnêteté, j’avais des attentes et bizarrement, elles ont toutes été rencontrées. Le classement auquel on fait face aujourd’hui est plus ou moins le même que celui que j’aurais annoncé il y a quelques semaines. Dans les premières semaines, personne ne prédisait une victoire face à KVM Esports ou ION Squad. Leur niveau a légèrement baissé sur certains matchs mais ce qui est génial, c’est de voir que les autres équipes rattrapent leur retard. Sector One, par exemple, a commencé le split en demi-teinte, mais maintenant qu’ils ont su comment aborder leurs parties, les choses ont commencé à aller mieux pour eux. Quand je vois que, la semaine passée, 4Elements était sur le point de battre KVM, ça donne beaucoup d’énergie pour les play-offs qui arrivent.

En parlant de KVM, tu ne penses pas qu’il existe un écart entre cette équipe et le reste du championnat ?

C’est intéressant car Robba (toplaner des KVM; ndlr) en parlait récemment sur Twitter. KVM a cette manie de prendre un avantage conséquent en début de partie mais de parfois faire trainer celle-ci, alors que la victoire pourrait être rapide. D’un autre côté, ils sont aussi capables de remporter une partie après avoir pris un retard considérable. Si la deuxième affirmation est très positive et fait de KVM une bonne équipe, c’est surtout la première qui est importante ici. En faisant trainer ces parties, KVM offre une possibilité de come-back à son adversaire. C’est cette possibilité et la progression constante de certaines équipes qui me poussent à croire que KVM n’est pas imbattable en Belgian League. Qui plus est, les play-offs se joueront en BO5, ce qui rajoute une nouvelle dimension stratégique au jeu, et qu’on a pas encore pu explorer durant la saison régulière. Je pense réellement que, si écart il y avait en début de saison, il est entrain de se réduire de manière significative.

Team 7AM n’a pour l’instant remporté aucun match de la saison régulière et certains observateurs soulignaient un niveau, selon eux, beaucoup trop bas pour la ligue. Ne devrait-il pas y avoir un système de relégation comme en LFL par exemple ?

Le réel problème dans le Benelux tient au niveau de la régularité des équipes. Quand un tel système a été appliqué dans le championnat européen, deux scénarios surgissaient quand une team était promue à la division supérieure. Soit cette équipe battait tout le monde, à la grande surprise du public, soit elle s’effondrait. De cette manière, la Belgian League s’est modelée en ligue fermée tout simplement pour garantir une certaine stabilité de la part des structures. Je pense que c’est la meilleure des idées. Si on prend par exemple KVM, ils ont construit un projet au cours de la saison précédente et ce Spring Split, tout en gardant leur toplaner Robba et en progressant au fil des saisons. Dans une ligue ouverte, un tel scénario n’aurait peut-être pas été possible après leur première saison qui n’était pas excellente.

Après, il est clair d’une ligue doit être basée sur la compétition, si vous êtes premiers de la deuxième division et que vous battez le dernier de la ligue 1, il serait logique que vous montiez à leur place. Seulement, certaines équipes sont très bonnes dans une meta et plus du tout après quelques mois. C’est une question complexe, honnêtement je ne pense pas qu’il y aie une réelle bonne réponse.

Tu as montré un projet en parallèle appelé The EUniverse. Tu nous expliques ce que tu y fais ?

C’est un projet que j’ai démarré par pure passion. On a démarré ça avec Guldborg (caster de la ligue anglaise) et Megalodontus (producteur de contenus dans l’e-sport) après s’être rencontrés dans le cadre du cast de la phase de play-in des European Masters. J’ai contacté Mega en octobre en lui expliquant que j’avais envie d’en faire plus! Je suis la scène subtop depuis longtemps en Europe et j’avais envie de trouver un moyen de pouvoir parler de ça avec les gens que ça intéressaient. En tant que fan, j’ai toujours trouvé que ce genre de contenus manquaient, c’est un sentiment qu’on partageait tous les trois. À un moment donné, je me suis rendu compte que la seule chose qui me séparait de mon projet, c’était de savoir monter une vidéo moi-même!

On a donc essayé plusieurs formats et au final, on a commencé à produire une vidéo par semaine appelée “EUpdate” où on fait vraiment un tour d’horizon des différentes ERL’S avec les casters de ces régions ! Cela permet à ce public intéressé de savoir comment appréhender la compétition quand les European Masters démarreront et que chacune de ces ligues enverra des représentants. On a plein d’autres projets. Comme on dit “Sky is the limit but time is an issue”.

Petite question bonus, d’où vient ce surnom de Dino ?

Pour l’anecdote, mes premiers tags étaient des trucs du genre "TheBelgain", après avoir fait une faute de frappe, et  "GeneralChestHair" ce qui était plutôt drôle étant donné que je n’en ai toujours pas! *Rires* Je suis passé par toute une série de surnoms plus bizarres les uns que les autres. Seulement quand je suis arrivé en tant que caster, il fallait bien que j’ai un surnom qui soit diffusable. À l’époque, je travaillais dans les plaines de jeu et c’était le surnom qu’on m’avait donné à l’époque, en rapport avec mon prénom Diede et le fait que j’étais le plus vieux. J’ai donc gardé celui-là !

Merci Dino pour toutes ces réponses, on te retrouve bien entendu dès lundi soir pour la dernière journée du Spring Split de la Belgian League !