Alors qu’il trône au sommet du cyclisme mondial, Greg LeMond est victime d’un terrible accident en avril 1987. Deux années de galère plus tard, l’Américain triomphait pour la deuxième fois sur les Champs-Elysées, à l’issue d’un Tour de France resté célèbre pour son dénouement complètement fou.

Au printemps 1987, Greg LeMond est l’une des stars du peloton. Celui qui est devenu l’année précédente le premier coureur non-européen à s’adjuger le Tour de France, devant Bernard Hinault, semble parti pour régner sur la Grande Boucle. Le quintuple vainqueur français du Tour, coéquipier mais surtout principal concurrent de l’Américain, vient en effet de mettre un terme à sa carrière. Mais rien ne va se dérouler comme prévu pour le champion de 25 ans.

Le 25 avril, LeMond profite d’une petite accalmie dans sa préparation pour le Tour pour passer un peu de temps avec les siens en Californie. Au cours d’une partie de chasse, il est accidentellement touché par un tir de son beau-frère, qui manque sa cible. Le cycliste se vide de son sang, tandis que son abdomen et sa poitrine sont criblés de grenaille de plomb. Un temps entre la vie et la mort, l’Américain est opéré avec succès. Mais la suite de sa carrière de sportif semble alors compromise.

Deux années de galère

Cet accident lui fera perdre deux années. Pourtant, à force de volonté, le champion va progressivement reprendre la compétition et retrouver son niveau d’antan. En 1989, LeMond rejoint la modeste équipe belge ADR. Il participe au Tour d'Italie, qu’il termine à la 39e place du classement général, à plus d’une heure du vainqueur Laurent Fignon.

Au mois de juillet, peu de monde imagine donc l’Américain se battre pour la victoire sur le Tour de France, bien qu’il n’ait cessé de montrer des signes encourageants d’amélioration. Cette année-là, les grands favoris se nomment Laurent Fignon et Pedro Delgado. LeMond va pourtant s’illustrer dès le prologue inaugural au Luxembourg en signant le deuxième meilleur temps, dans la même seconde que Fignon.

8 secondes

Entre les deux hommes, c’est le début de l’un des mano a mano les plus incroyables de l’histoire de la Grande Boucle. LeMond signe son premier succès depuis son accident lors du long chrono entre Dinard et Rennes où, voûté sur son guidon de triathlète, il surprend tout le monde et endosse le maillot jaune. Mais le Français est meilleur grimpeur et creuse l’écart dans les Alpes. A la veille de l'ultime étape contre la montre Versailles-Paris, Fignon possède un avantage de 50 secondes sur son rival.

Si pour beaucoup, à commencer par Fignon, le Tour semble joué, c’était sans compter sur l’abnégation de LeMond. L’Américain évacue toute la frustration des deux dernières années et boucle les 24,5 km du chrono en 26 minutes et 57 secondes. Soit 33 secondes de mieux que Thierry Marie, deuxième de l’étape, mais surtout 58 de mieux que le maillot jaune Fignon. A l’issue d’une course indécise jusqu’au bout, LeMond décroche son deuxième Tour de France pour 8 petites secondes. Un écart qui reste encore aujourd'hui le plus faible entre un vainqueur du Tour et son dauphin.

Cette victoire servira de véritable déclic pour le miraculé LeMond, qui sera couronné champion du monde pour la deuxième fois un mois plus tard. L’année suivante, il réalise son dernier grand fait d’armes en accrochant un troisième Tour de France à son palmarès. Il mettra un terme définitif à sa carrière en 1994.

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