Cedric Maes et Guillaume Lamont: "La vie est trop courte pour une seule guitare"

Guillaume Lamont et Cedric Maes sont deux rockeurs pur sang. Dans la série documentaire ‘Guitar Stories’, à voir maintenant via Proximus Pickx, ils dévoilent ce qu'ils pensent être les secrets de la meilleure guitare et de ses sons, mais donnent également leur avis sur une série de sujets brûlants du monde de la guitare. Proximus Pickx a réuni les deux musiciens pour une double interview.

"Guillaume est quelqu’un d’important dans le monde de la musique. C'est un jeune gars qui rock tout simplement bien. Il fait partie d'une espèce en voie de disparition, et c'est bien que quelqu'un perpétue cela", explique Cedric Maes à propos de son collègue guitariste Guillaume Lamont du groupe gantois RHEA. "Cedric est un gars très sympa qui ne se la pète pas, alors qu'il le pourrait. En tant que guitariste belge, il m'a inspiré", glisse Guillaume au sujet du guitariste de The Sore Losers.

Vous aimez tous les deux jouer avec une Gibson Les Paul?

Cedric: "J'ai beaucoup de guitares, je ne dirai pas combien. Mais je pense que je suis souvent associé aux Les Paul parce que je les trouve très pratiques pour les performances live. Elles sont fiables. Certains guitaristes estiment qu’elles se désaccordent trop rapidement, qu’elles sont lourdes et encombrantes ou que leur manche est trop gros, mais je les ai toujours trouvées pratiques.”

Guillaume: "J'ai beaucoup joué avec des Gibson SG, mais un jour, j'ai acheté une Les Paul pour presque rien. En fait, c'est arrivé parce que je jouais dans un groupe avec mon ami Milo Meskens. Il jouait sur une Fender et je l’ai naturellement incité à essayer une Gibson. Il a acheté une guitare et j'ai acheté un ampli, puis nous avons échangé. Aujourd’hui, je ne peux plus m'en passer: cette guitare est l’instrument que j'utilise pour tout. Ce n'était pas un choix conscient, il s’est juste imposé à moi naturellement.”

Existe-t-il une guitare idéale qui fonctionne pour tout ?

Cedric: "Je pourrais tout faire sur une seule guitare, mais c'est amusant d'en utiliser plusieurs. Elles ont toutes un son différent, c'est ce qui rend le tout si plaisant. La vie est trop courte pour une seule guitare".

Guillaume: "Je joue dans des ambiances si variées que je suis obligé d'utiliser des guitares différentes. Mais cela t'apprend à expérimenter, et c'est chouette de pouvoir s'approprier quelque chose de nouveau et se sentir inspiré directement".

Cedric: "Dans les vieilles guitares, il y a déjà des chansons. Mais vous jouez forcément différemment avec une guitare à laquelle vous n'êtes pas habitué.”

Guillaume: "C’est tout à fait vrai. Il m'est déjà arrivé de prendre une nouvelle guitare et de créer immédiatement une nouvelle chanson. Les idées viennent simplement, c’est en quelque sorte dû à l'énergie et à l'enthousiasme que cela procure. C'est juste un ressenti, cela ne s’explique pas par une autre essence de bois ou autre.”

Vous êtes tous les deux mordus de matériel, mais vous mêlez-vous aussi aux discussions typiques sur les essences de bois, l’épaisseur des cordes, etc. ?

Cedric: "Nous travaillons tous les deux dans un magasin de guitare, donc nous sommes souvent confrontés à ces discussions. Il y a beaucoup d'opinions et je pense qu'il est faux de dire que l'une vaut plus que l'autre. Par exemple, en ce qui concerne les cordes, on dit que les cordes épaisses sont les meilleures. Cela peut sembler logique pour un guitariste de jazz, mais je joue sur des cordes fines depuis des années. C’est presque vu comme quelque chose de scandaleux alors qu’avant, il n’existait rien d’autre. Ces différentes épaisseurs ne sont apparues que dans les années 70. Tous les albums sortis avant cette époque ont donc été enregistrés avec des cordes fines. Dire à un guitariste qu'il ne peut pas utiliser des cordes fines, c'est comme dire à un peintre: "Quoi, tu utilises encore du rouge? En studio, nous travaillons parfois avec du matériel bon marché. Pourquoi? Parce que c’est parfois ce qui fonctionne le mieux pour un morceau particulier.”

Guillaume: "Je le vois de deux manières. Dans une certaine mesure, il est logique d'opter pour la meilleure qualité, mais parfois le matériel bon marché peut bien sonner lui aussi. C'est toujours un dilemme, mais le plus important au final c’est que cela sonne bien. J'essaie généralement de ne pas trop me mêler de ces discussions".

Jack White disait qu'il voulait se battre avec sa guitare.

Guillaume: "Je n'ai jamais compris cette déclaration."

Cedric: "C'est des conneries, bien sûr qu'il préfère la facilité en jouant. Jack ne dit ça que parce que cela sonne intéressant. Les Airlines avec lesquelles il a joué ont un son magnifique et toutes ses guitares ont été construites par de grands luthiers. Vous croyez qu'il leur demande de fabriquer de mauvais instruments? Mais il serait bien sûr moins cool de dire cela.

Avez-vous déjà envisagé de fabriquer votre propre guitare, comme Chris Proesmans l'a fait pour ‘Guitar Stories’ ?

Guillaume: "J'y ai souvent pensé, mais au final, je reste toujours sur ce que j'ai. Je veux améliorer mes guitares et les personnaliser autant que possible – comme ma Les Paul – mais en construire une soi-même, c'est une autre paire de manches.”

Cédric: "J'aime aussi enlever tout ce qui est dans une guitare et le remplacer jusqu'à ce qu'elle devienne parfaitement ce que je veux. Mais je ne suis pas assez intelligent pour inventer quelque chose de mieux que ce que Leo Fender ou Gibson ont fait".

Quels guitaristes vous inspirent ?

Guillaume: "Je suis un grand fan de rock classique, donc pour moi c'est Angus Young (AC/DC), Jimmy Page (Led Zeppelin), Paul Kossoff (Free) ... Il y en a beaucoup, en fait. Josh Homme de Queens of the Stone Age en fait également partie.

Cédric: "Pour moi, ce sont tous ceux mentionnés ci-dessus mais aussi, par exemple, Keith Richards ou les trois guitaristes des Beatles. Ils sont vraiment doués pour inventer de nouveaux licks. Mick Ronson, John Frusciante également ... Tout et tout le monde peut susciter de l’inspiration. Parfois, elle vient aussi d'un jeune guitariste de dix ans qui entre dans le magasin. Cela ne s'arrête jamais. Ce qui est génial avec une guitare, c'est que vous pouvez être inspiré par quelqu'un, mais jamais vous ne pourrez l'imiter. Vous pouvez me donner demain la guitare et tout le matériel de Josh Homme, je n’aurai pas le même son que lui.”

Le son vient donc des doigts. Le vôtre change-t-il beaucoup ?

Guillaume: "Mon son a beaucoup changé ces deux dernières années, principalement parce que je joue avec un auteur-compositeur qui me pousse à faire de nouvelles choses. Sans lui, j'aurais encore une guitare, un câble et un amplificateur Marshall, c'est tout".

Cédric : "Je ne change plus beaucoup. En fait, je suis un guitariste limité, je peux principalement travailler dans mon propre cadre, même si j'aime apprendre. Mais depuis les interviews pour ‘Guitar Stories’, certaines choses ont changé. J'ai vu Chris récemment et je lui ai dit : "Dju, il faudra déjà enregistrer une deuxième édition".

Guillaume: "Quand nous avons fait cette interview, je me disais que mon propre matériel était en fait beaucoup trop simple. Je ne pensais pas que les gens seraient intéressés par un set-up aussi banal".

Cédric: "C'est une question d’envie. En général, j'aime aussi voir une installation simple, mais parfois, c’est sympa d'entendre quelqu'un à l'autre bout du spectre. Il suffit de penser à The Edge de U2, par exemple. Sans toutes ces pédales, sa musique ne fonctionnerait pas, et il le reconnaît".

Que pouvons-nous retirer d'une série comme ‘Guitar Stories’ ?

Cédric: "J'espère que cela encouragera les gens à jouer davantage de la guitare. Nous avons besoin de plus de musique, de plus de jeunes qui jouent. Sinon, dans trente ans, nous n'écouterons plus que des ordinateurs. C'est bien que des groupes comme RHEA soient là pour maintenir la vraie musique en vie. Je compare beaucoup la musique électronique au fait d'arrêter de manger et de ne mâcher que du chewing-gum. Bien sûr, c'est une question de goût, mais faire de la musique électronique revient souvent à appuyer sur un bouton. Tout le monde peut le faire et cela ressemblera à Dimitri Vegas et Like Mike. Donc si une personne décide d'acheter une guitare et de trouver son propre son après avoir vu cette série, le but sera atteint".

Guillaume: "J'espère que les gens comprendront qu'ils ne doivent pas trop se laisser entraîner par ce que tout le monde dit. Il n'y a pas de bon ou de mauvais, vous devez faire vos propres recherches".

Regardez 'Guitar Stories' en streaming ce mois-ci via Pickx.be.
Lisez ici l'interview de Chris Proesemans, le créateur de 'Guitar Stories'.
Lisez ici l'interview du luthier Hilko Nackaerts.


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