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L’organisateur du Gent Jazz nous dit comment il trouve les talents de demain

« Notre programmation est constamment en mouvement. Bien sûr, on respecte un certain fil conducteur, l’âme de la musique ; mais on ose sortir des sentiers battus. »

Le hip-hop est à la mode, l’électro est à la mode. Le jazz est, comment dire… un peu plus intemporel. VICE s’est entretenu avec Bertrand Flamang, organisateur du Gent Jazz et du Jazz Middelheim, pour savoir comment il découvrait les talents émergent·es, quels étaient ses meilleurs souvenirs de festival et comment il perçoit les jeunes musicien·nes qui orientent le jazz vers de nouvelles contrées.

VICE : Salut Bertrand, organiser un festival, c’est le rêve de nombreux·ses mélomanes. Comment tu en es venu à faire ça ?
Bertrand : Je possédais le Café den Turk, le plus vieux café de Gand, où j’organisais des concerts. Pendant les Gentse Feesten, j’y ai aussi organisé des petits trucs live, et je dois dire que j’y ai pris goût. Mon ambition, c’était d’organiser tout de suite un grand festival de jazz, mais du coup, il me fallait des investisseur·ses. Même si je possédais un café qui marchait bien, il en fallait plus pour pouvoir organiser un vrai festival. Alors avec mon partenaire, on a pris contact avec le légendaire label Blue Note Records. On leur a envoyé des photos du Gravensteen et du site de Bijloke. Il faut savoir que le Gravensteen date du 19e siècle et le site de Bijloke du 13e siècle. Ça, les Américain·es, iels adorent. Du coup, iels étaient motivé·es et on est allé·es vers les investisseur·ses en leur disant « Si Blue Note nous fait confiance, c’est que vous pouvez nous faire confiance, non ? » C’est comme ça qu’on a lancé le Gent Jazz en 2002.

Comment le jazz a-t-il évolué au fil des ans ?
Il y a actuellement deux écoles dans la musique jazz. D’un côté, il y a le jazz qui tient très fort à ses racines, et de l’autre, un nouveau mouvement énergique, qui inclut aussi les traditions, mais qui est pris en main par de jeunes musicien·nes avec un état d’esprit différent. Cette nouvelle génération s’est développée numériquement et atteint son public via les médias digitaux. Iels écoutent également le son différemment. L’ancienne génération va écouter et disséquer en profondeur les différentes parties de la musique. Iels vont se demander si le ou la soliste du groupe est bon·ne par exemple. La jeune génération laisse plus la musique venir d’elle-même, iels sont plus ouvert·es d’esprit. La conséquence, c’est qu’on voit maintenant apparaître et prospérer des groupes qui ne gagneront jamais un concours de saxo ou de piano, mais qui font quand même une musique fantastique.

« Les compétences moyennes d’un·e jeune musicien·ne sont beaucoup plus élevées que quand le département de jazz a été fondé au conservatoire, il y a 30 ans. La génération des plus de cinquante ans a été autodidacte. »

Bertrand

Est-ce que ça voudrait dire que les musicien·nes de jazz avaient plus de technique avant ?
Non, pas du tout. Les compétences moyennes d’un·e jeune musicien·ne sont beaucoup plus élevées que quand le département de jazz a été fondé au conservatoire, il y a 30 ans. La génération des plus de cinquante ans a été autodidacte, iels ont appris en écoutant de la musique et en jouant beaucoup. La génération actuelle possède elle une sacrée base technique, car le conservatoire a porté ses fruits.

Comment repérez-vous les artistes ?
Hors corona, je participe à pas mal de festivals à l’étranger où je vois des dizaines de groupes en une semaine. Toute l’équipe se rend souvent à des concerts et on regarde tou·tes des lives sur Arte ou YouTube. On reçoit beaucoup d’informations des agent·es aussi. Et puis cette envie de découvrir par nous-mêmes, de continuer à écouter et de parler aux musicien·nes, ça fera toujours partie intégrante de notre personnalité.

À ton avis, qu’est-ce qui fait l’excellence d’un line-up ?
Les jours qui m’excitent le plus sont souvent ceux liés à la découverte, avec des groupes que personne ne connaît. Cet émerveillement nouveau libère l’esprit et procure une sensation unique, ça vous rend heureux·se.

Le hip-hop est à la mode. La musique électronique est à la mode, le jazz est un peu plus intemporel. Comment parvient-on à toucher les jeunes avec le jazz ?
Ça arrive de manière organique. Si on vise toujours le même public, bien sûr que le public vieillira. Mais les jeunes musicien·nes font de la musique qui plaît aux plus jeunes. Et plus la musique est aventureuse, plus les tranches d’âge sont larges. Les nouveaux mouvements du jazz ne sont pas acceptés par les fans traditionnel·les, mais un revirement est en train de s’opérer puisqu’il y a toute une jeune génération prête à les accepter. Prenez par exemple le groupe de Kendrick Lamar : beaucoup de ses musicien·nes proviennent du jazz, comme Kamasi Washington. Les fans de hip-hop l’ont découvert en écoutant l’album de Kendrick. Quand il a sorti son premier disque, ça a été le premier disque de jazz de beaucoup de jeunes.

Quel est ton meilleur souvenir du festival ?
2003, notre deuxième édition. Elle m’a complètement retourné la tête musicalement parlant. Herbie Hancock a joué en quartet, c’était un jam très long, ils sont devenus carrément fous. Par après, il a dit avoir « joué des trucs auxquels ils n’avaient jamais pensé ». Le public était complètement extatique, c’était phénoménal. John Zorn a lancé une tornade de 90 minutes et le Cinematic Orchestra a débarqué seulement 20 minutes avant de monter sur scène. Ils ont fumé un bédo, mangé un truc vite fait et donné un concert improbable.

« Notre programmation est constamment en mouvement. »

Bertrand

Quel est l’ADN du Gent Jazz ? Qu’est-ce qui vous différencie d’autres festivals de jazz ?
Notre programmation est constamment en mouvement. S’il y a de nouveaux courants, nous les intégrons. Un·e musicien·ne pop hyper créatif·ve qui fait des trucs super bien ? On prend ! Bien sûr, on respecte un certain fil conducteur, l’âme de la musique ; mais on ose sortir des sentiers battus.

Il y a un festival à l’étranger sur lequel vous vous calquez ?
On ne copie pas, mais on apprend de tout, tout le temps. En termes d’organisation, Northsea est fantastique et on peut y découvrir pas mal de choses en tant que professionnel·le, tout comme au New Orleans Jazz Fest. Mais en termes de production, ces festivals ne nous arrivent pas à la cheville. La production de Werchter est la meilleure que j’aie jamais vue. Aux États-Unis, c’est complètement l’extrême inverse. Chez nous, le son est optimal, là-bas beaucoup moins. Mais ce festival se déroule pendant la journée et puis il y a encore des concerts partout dans la ville. Le jazz ne cesse jamais, il est partout. Sans mentionner le lieu, qui est unique.

Peut-on espérer de plus petites initiatives live pour cet été ?
On a déplacé le Jazz Middelheim suite aux dernières mesures relatives au coronavirus. S’il est autorisé, cela se déroulera du 18 au 27 septembre. À Anvers, on garde un œil sur les talents anversois·es et on a aussi intégré pas mal de partenaires du coin.

Ce sera safe ?
Bien sûr. On prend toutes les précautions. On voudrait aussi un gouvernement qui ne considère pas le festival comme un danger, mais bien comme un partenaire stratégique. Iels ne devraient pas rechigner à s’asseoir et discuter avec les organisateur·ices d’événements qui se soucient des questions de sécurité. À mon avis, les chances que les règles soient respectées lors d’un festival sont bien plus grandes que sur la digue de Blankenberge.

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