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Voici comment la programmatrice de l'AB découvre des talents musicaux

« Zwangere Guy, c’était simplement le Gorik de la cuisine ! »

À l’Ancienne Belgique, la programmatrice Astrid De Sterck (25 ans) est la plus jeune recrue de l’équipe. On a discuté avec elle de la place que prend l’intuition dans la sélection des artistes, de concerts engagés et de négociations avec des pasteurs bruxellois.

VICE : Salut Astrid ! Tu travailles comme programmatrice à l’Ancienne Belgique, la salle de concert bruxelloise. Tu peux me dire comment l’AB a réellement démarré ?
Astrid : En 1979 à Bruxelles, chaque communauté linguistique belge a reçu sa propre maison culturelle. Du côté francophone c’était le Botanique, et du côté néerlandophone, l’AB. Il y avait un réel besoin d’une salle de concert à Bruxelles, mais le rock’n’roll de l'époque a causé pas mal de nuisances sonores et il a d’ailleurs fallu faire des travaux de rénovation pour insonoriser. Mais même avant 1979, ce lieu était déjà un endroit de divertissement : il y avait de longues tables où les dames buvaient leurs tasses de café, dans le genre salle paroissiale. Des chanteur·ses comme Édith Piaf ou Jacques Brel s’y sont produit·es, mais il y avait aussi des spectacles de magie. L’AB a ensuite collaboré avec l’Olympia de Paris. Au début, c’était surtout des artistes de variété qui jouaient ici.

Comment votre politique en matière de concert a-t-elle évolué au fil des années ?
On parle souvent de l’AB comme du temple du rock. Bien que l’on ait effectivement un certain passif en matière de concerts rock, si tu regardes tout ce qu’on a fait ces dernières années avec des artistes bruxellois, des groupes hip-hop, R&B, soul, électro expérimentale, musique psychédélique turque, afrobeat ou jazz nouvelle vague, on peut conclure que c’est plutôt ça qui nous définit maintenant.

Les artistes sont aussi moins dépendant·es des labels ; iels commencent à organiser elleux-mêmes les choses et sont de plus en plus en contact direct avec le public, et on sent ce genre de changement dans une salle. Et puis bien sûr, on est aussi constamment à la recherche de nouveautés.

Comment est-ce que vous faites ça ? Comment rester à la pointe ?
Toute l’équipe a incroyablement faim de musique, c’est la base. J’assiste à pas mal de trucs et j’essaie de lire autant que possible, comme par exemple le supplément de De Standaard, le magazine anglais The Wire, le Focus Knack et Pitchfork. Je discute aussi avec un maximum de gens et je me lie d’amitié avec des musicien·nes. Ces rencontres me poussent ensuite dans une certaine direction. Sans oublier les artistes, qui viennent aussi vers moi.

L’AB a-t-elle un impact sur Bruxelles ? Comment sont-elles liées ?
Évidemment, notre emplacement est incroyable. Une salle de concert pour 2000 personnes en plein centre-ville, c’est vraiment spécial. L’AB est un partenaire culturel important, mais on ne veut pas que ça devienne une sorte d’institution inaccessible. C’est pourquoi on travaille souvent en étroite collaboration avec d’autres acteurs culturels comme le Beursschouwburg ou le Botanique, mais aussi avec des lieux plus petits et plus expérimentaux, comme Les Ateliers Claus, Q-O2, Mophradat, Kraak, Oorstof, Crevette, Volta et les maisons de jeunes bruxelloises. On a récemment commencé à organiser des concerts dans les églises et on négocie avec un pasteur pour voir ce qu’il est possible ou non d’y faire. Et puis pour tous les gens qui ne vivent pas à Bruxelles, l’AB est bien sûr l’excuse parfaite pour venir faire un tour dans la capitale.

Quelles sont les salles sur lesquelles tu gardes un oeil à l’étranger ?
L’AB fait partie du réseau Liveurope. Il s’agit de 14 salles européennes, dont le Melkweg à Amsterdam, L’Aéronef à Lille, l’Apolo à Barcelone ou le Bla à Oslo. Chaque année, on rend visite à l’un des partenaires et on discute ensemble de nos scènes musicales locales. C’est comme ça qu’on découvre toujours plus de nouveaux artistes ou de genres musicaux, et c’est aussi une bonne occasion pour faire découvrir aux autres nos propres groupes belges. C’est toujours super intéressant de parler avec les programmateur·ices d’autres salles, et ça vaut aussi pour les programmateur·ices des autres salles belges. Ça élargit ton horizon.

Parlons de vision large justement. Comment tu choisis ce que tu vas programmer ?
Personnellement, j’essaie autant que possible de garder les yeux ouverts, surtout pendant les festivals. Je suis récemment allée au festival CTM à Berlin. Là-bas, iels arrivent à montrer toute la diversité de la ville au public ; c’est très inspirant. J’en suis revenue vraiment revigorée et pleine d’idées. Le Guess Who ? à Utrecht est aussi intéressant dans sa manière de fonctionner, puisque l’équipe demande également aux artistes de faire de la curation. C’est super, parce qu’iels élaborent une programmation d’une manière complètement différente. Les artistes ne sont pas nécessairement concerné·es par le côté pratique, ce qui augmente la liberté de création. Iels sélectionnent souvent les groupes qui les influencent ou la musique qu’iels aiment. Ici à l’AB, je travaille régulièrement avec LeFtO.

L’AB est un acteur flamand à Bruxelles. À quel point est-elle flamande ?
Le côté flamand, c’est notre histoire, bien sûr ; mais en ce qui me concerne, la musique est au-dessus de tout ça. On programme beaucoup d’artistes étranger·es, donc notre identité est le résultat d’un vrai mélange.

Devenir programmatrice à l’AB, c’est un peu le rêve de tout·e mélomane. Quels seraient tes conseils pour les personnes qui veulent suivre tes traces ?
Pour moi, un·e bon·ne programmateur·ice est une personne qui ose s’interroger sur elle-même et sur le lieu ou le festival pour lequel elle travaille, afin d’en tirer des pistes et des enseignements. C’est uniquement comme ça que l’on peut avancer. En tant que programmateur·ice, on peut être content·e et fier·e d’un programme, mais il n’existe pas de formule parfaite qu’il suffit de copier-coller et qui fonctionnera chaque année. Il faut continuellement penser à de nouvelles possibilités.

Ça peut sembler très flou, mais je pense que ça a aussi à voir avec les tripes et le fait d’oser se lancer. Zwangere Guy est l’un des exemples les plus parlants. Ici à l’AB, on l’a toujours soutenu. Au début, c’était simplement le Gorik de la cuisine hein ! (Zwangere Guy aka Gorik van Oudheusden a travaillé dans la cuisine de l’AB pendant un certain temps, NDLR)

Au début, Stikstof (le groupe de MC Gorik, NDLR), c’était juste un bon groupe de mecs sympas à Bruxelles, mais d’un coup, ils sont passés au niveau supérieur. On le sent bien avec le premier album de Zwangere Guy, « Zwangerschapsverlof » ; tout est allé très vite pour lui.

On a vécu plus ou moins la même chose avec Brihang. Il a fait des dizaines de premières parties ici avant d’avoir enfin son propre concert. Quand il nous a dit qu’il travaillait sur un nouvel album, on a voulu lui faire découvrir le concept de l’AB Box et ses 900 places, mais dès que son premier single est sorti, « Steentje », la Box a été sold-out. On est donc passé à 2 000 places. Et ça a été complet en une semaine ! Il a donné une très bonne performance. On pouvait sentir la magie dans l’air ; c’était vraiment cool.

D’après toi, qu’est-ce qui est essentiel pour un bon concert ?
Je suis attirée par les artistes qui veulent raconter une histoire, proposer un point de vue ou dénoncer quelque chose, ou encore qui veulent secouer les gens et faire bouger les choses avec leur travail. Il y a aussi les artistes qui ne cessent de se réinventer, qui essaient constamment de faire de nouvelles choses et de les transmettre sur scène, des artistes qui apportent une certaine énergie dans la salle. Les meilleures performances ne sont pas nécessairement jouées par les meilleur·es musicien·nes d’un point de vue technique.

Quel a été ton concert le plus mémorable à l’AB ?
Avant de bosser pour l’AB, j’avais vu Kamasi Washington à l’AB Club, et ça m’avait chamboulé pendant trois jours. Mais depuis que j’ai commencé ici, d’autres trucs se sont passés. L’année dernière, on avait programmé Little Simz. Ce n’était pas le meilleur concert de ma vie, mais son message était très important pour moi. Son disque, « GREY Area » est définitivement féministe. Dans ses chansons, elle se plaint du monde de la musique et de la domination masculine dans ce milieu. On l’avait programmée pour la Box (900 spectateur·ices, NDLR), même si elle n’était pas certaine de la remplir. On a travaillé dur avec toute l’équipe et les collègues de la promo, ainsi qu’avec des femmes susceptibles de soutenir au mieux son message. Après le concert, elle m’a dit qu’elle était stupéfaite du nombre de personnes qui étaient présentes ce soir-là. C’est quelque chose qui m’a marquée, car on a bossé à fond avec l’équipe et on a eu l’impression que grâce à ça, son message a été largement diffusé.

L’AB reviendra à partir de septembre principalement avec des concerts intimistes d’artistes belges qui accueilleront jusqu’à 200 personnes. Est-ce que tu as encore découvert des talents belges ?
Mon Dieu, ce serait terrible si je m’étais dit seulement maintenant : « Tiens, il est temps de commencer à chercher des talents belges ». Ça doit être une évidence. On est continuellement sur le coup. Les festivals et artistes étranger·es, c’est chouette à suivre, mais il faut absolument savoir ce qu’il se passe ici. Une combinaison des deux va nous permettre de rester dans le coup. À l’AB, c’est très important pour notre programmation, du coup on a décidé de mettre les artistes belges à l’honneur. Avec l’annulation des festivals, beaucoup d’entre elleux vont manquer de revenus. L’AB veut prendre ses responsabilités et offrir à nos artistes la place et l’attention qu’iels méritent amplement.

Bonne chance !

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