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Selon sa programmatrice, Couleur Café est bien plus qu'un festival

« Couleur Café, c’est ce à quoi devrait ressembler Bruxelles tous les jours. » - Irene Rossi.

Organiser un festival chaleureux et solidaire et en même temps aider Bruxelles à redorer son image, c’est ce que fait depuis des années Irene Rossi, programmatrice à Couleur Café. On a discuté avec elle de line-up équilibré, de l’importance des réseaux sociaux pour les musicien·nes et des efforts faits par Couleur Café en termes de durabilité.

VICE : Salut Irène, programmer un festival, c’est le rêve de tout·e mélomane. Comment as-tu commencé ?
Irene : Quand j’ai décroché mon Master en Agogique et mon bachelier en Sciences de la Communication, je n’ai pas trouvé d’emploi. En désespoir de cause, j’ai commencé à travailler pour une banque américaine, vraiment un job dans le domaine de la finance d’entreprise. Selon ma famille, « travailler c’est loin d’être génial, mais il faut le faire. » Et après deux années passées là-bas, je l’ai bien compris. À ce moment-là, je pensais ouvrir un bar à glaces, parce que j’adore la crème glacée et qu’il y a un manque à Bruxelles. Mais plus ou moins en même temps, j’ai rencontré quelqu’un en soirée qui travaillait à l’AB et qui m’a dit : « Viens bosser pour moi ». Je suis donc devenue son assistante à la promotion. En fait, je rêvais déjà de m’occuper de la programmation, mais à l’époque je n’ai pas osé le faire. Peut-être qu’en tant que femme, j’avais trop peu confiance en moi.

Quels seraient tes conseils pour les jeunes qui ont le même rêve ?
Si vous avez vraiment envie de le faire, il faut le faire. D’abord, je recommanderais de bosser avec quelqu’un et d’apprendre le métier de la programmation. Mais surtout, n’attendez pas trop longtemps. Lancez-vous.

Comment tu t’es retrouvée à travailler pour Couleur Café ?
De temps à autre, je faisais de la promo pour Les Halles de Schaerbeek. Iels ont organisé de très beaux concerts et ont finalement lancé le concept de Couleur Café. On m’a demandé de m’occuper de la promo néerlandophone. Au début, c’était seulement l’histoire de quelques semaines, et puis ça s’est allongé de plus en plus. Avec le temps, je voulais vraiment avoir du poids dans la programmation. Donc j’ai dit à mon patron, qui était à l’époque le seul à programmer : « J’aimerais revenir cette année, mais je veux aussi avoir mon mot à dire. Je veux apprécier les artistes dont je fais la promo. » Chaque année, j’étais de plus en plus impliquée. Finalement, il nous a passé le flambeau, à son fils et à moi. Ensemble, on forme une équipe improbable qui se complète assez bien : lui représente la jeune génération tandis que j’ai plus de touches dans le passé. Il connaît très bien le jazz contemporain, la musique francophone et le hip-hop tandis que moi, j’ai une large connaissance de la musique pop, de la world music, du funk et de la soul.

Comment est-ce que tu chasses les artistes ?
Je garde l’oeil sur les programmes de certains clubs, et l’une de mes plus grandes passions reste d’assister à des concerts. Sans oublier les agent·es qui nous proposent sans arrêt des artistes émergent·es ; franchement trop pour pouvoir nous intéresser à tou·tes. Et avant, j’avais l’habitude d’écouter ce qui passait à la radio, mais plus maintenant.

« Mon grand rêve serait de voir toutes les communautés bruxelloises représentées »

Irene Rossi

Ça veut dire que tu regardes plus souvent le nombre de vues sur YouTube et Spotify que tu n’écoutes la radio ?
Oui, absolument. Certain·es artistes ne sont pas diffusé·es à la radio, mais ont beaucoup de vues ou de likes sur les réseaux sociaux. Parfois, c’est une personne qui habite à Laeken ou à Molenbeek et qui fait partie d’une communauté que nous avons du mal à atteindre. On aime prendre le risque et les contacter. En fait, mon grand rêve serait de voir toutes les communautés bruxelloises représentées.

Qu’est-ce qui fait un bon line-up, selon toi ?
Pour Couleur Café, on travaille principalement autour de musiques ancrées dans un héritage noir. On essaiera toujours de programmer autant de genres que possible, mais ce sera toujours de la musique chaleureuse, comme le hip-hop, le reggae et le jazz. Les formes hybrides sont également les bienvenues. Et les performances lives des artistes doivent être fortes, vivantes. L’équipe assiste à un maximum de concerts mais parfois, on vérifie aussi sur YouTube.

En ce qui concerne le line-up, l’affiche doit être une sorte de mix. Chaque scène doit proposer de bon·nes artistes et chaque jour, il faut respecter un certain équilibre entre les différents genres musicaux. Ici, on dit qu’il faut « que la mayonnaise prenne ». Puis Couleur Café, c’est bien plus que de la musique : vous pouvez littéralement goûter aux différentes cultures à travers les nombreux restaurants du monde entier, et il y a d’innombrables bars pleins de couleurs. Couleur Café, c’est aussi un festival avec un côté social prononcé, qui veut faire passer aux visiteur·ses un message positif de tolérance. À côté de ça, le festival essaie de devenir de plus en plus durable et, espérons-le, de provoquer un changement de comportement. Mais ça doit bien sûr rester une expérience amusante, le but n’est pas non plus de condamner ou pointer du doigt.

« À travers ce festival, on veut débarrasser Bruxelles de sa mauvaise réputation »

Irene Rossi

Comment Couleur Café trouve-t-il cet équilibre ?
En délivrant le message de manière positive et ludique. Pour donner un exemple : vu que les mégots sont très polluants, on distribue des cendriers portables. On a eu plusieurs personnes qui sont venues nous dire que depuis lors, elles ne jetaient plus leurs mégots à terre.

Que signifie Couleur Café pour Bruxelles ?
À travers ce festival, on veut débarrasser Bruxelles de sa mauvaise réputation. Couleur Café, c’est un peu ce à quoi Bruxelles devrait ressembler chaque jour. Et ça fonctionne bien, de créer une Bruxelles utopique. Enfin, pendant trois jours.

Quel est ton plus beau souvenir de festival ?
Je ne suis pas une grande fan de reggae, mais j’aime beaucoup les concerts de reggae à Couleur Café. Il y a un si grand sentiment d’unité... Le concert de Damien Marley avec Nas en 2010 a été un vrai beau moment.

Si tu devais décrire Couleur Café en quelques mots ?
Chaleureux, solidaire, diversifié et fun.

Et comment ça se passe du point de vue de la durabilité ?
Le plan de mobilité et la gestion optimale des déchets existent depuis longtemps. On a été parmi les premiers festivals à le faire. D’ailleurs, pour l’édition de cette année, on avait même constitué des réserves financières pour être encore plus impliqué dans la durabilité. On a par exemple beaucoup réfléchi à propos de notre rue Du Bien Manger, où se trouvent les food trucks et restaurants. Manger de la viande pollue la planète, c’est un fait. Donc rendre notre offre entièrement végétarienne ou végan réduirait déjà considérablement notre empreinte écologique. Or, dans les cuisines du monde, les produits d’origine animale font souvent partie du menu. On avait donc demandé aux exposant·es qu’au moins la moitié de ce qu’iels proposent soit végétarien ou végan.

La Belgique est réputée pour ses festivals. Comment ça se fait ?
Je pense que Rock Werchter a en quelque sorte établi la norme. Werchter a toujours été un ambassadeur de la qualité en matière d’affiche. Et les autres essaient de poursuivre sur cette voie.

Peut-on s’attendre à de plus petites initiatives live de Couleur Café cet été ?
On n’organise rien nous-mêmes, car chaque petite initiative serait déficitaire et c’est financièrement tendu en raison de la crise de Coronavirus. Mais on prend quand même part à de nombreuses collaborations. Il y a par exemple les initiatives de nos partenaires médias, comme la RTBF, Fifty Sessions et VICE + Pickx. Début août, la Ville de Bruxelles organise même un Couleur Café de deux jours avec des artistes et DJs belges. On peut donc toujours programmer, et on s’en réjouit !

As-tu remarqué une meilleure collaboration entre les maisons de disque et les festivals ?
Oui, une bonne coopération s’est développée dans l’ensemble du secteur, tant du côté wallon que flamand. Avec le MuziekOverleg (la concertation du secteur musical en Flandre, NDLR), on a exercé des pressions sur les décisions gouvernementales et les modifications législatives. Par exemple, il y a eu une décision ministérielle qui a été prise afin de pouvoir convertir les tickets en bons. Et pour le moment, on planche en coulisses sur un arrangement clair pour mettre au point la meilleure Exit strategy possible.

Bonne chance Irène !

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