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On a parlé programmation avec le directeur et créateur des Ardentes

« L’affiche est toujours un élément important, mais il n’y pas que ça. Un festival est avant tout un endroit où on retrouve ses potes pour faire la fête ensemble. »

Texte Romain Vennekens

Nommé d’après le surnom brûlant de la ville de Liège, les Ardentes est devenu ces dernières années un festival hip-hop reconnu. Aller aux Ardentes, c’est se confronter à une ambiance de feu et à des artistes qui en imposent, qu’iels soient d’ici ou de l'étranger. Un événement à l’organisation bien ficelée, où un soin particulier est apporté à la satisfaction des festivalier·es. On a discuté avec Fabrice Lamproye, créateur et directeur du festival, pour savoir comment cet événement est né et en savoir plus sur les clés qui font d’un line-up et d’un festival, une réussite.

VICE Bonjour Fabrice. Comment es-tu arrivé à t’occuper de la programmation d’un festival comme les Ardentes ?
Fabrice : C’est une longue histoire. Je programme des concerts en salle depuis 1992, mais l’idée du festival les Ardentes s’est concrétisée en 2006. C’est un peu la continuation de ce que je faisais, mais différemment. Grâce à mon expérience de programmateur en salle, je pouvais voir tout ce qui se passait durant l’année, à l’époque surtout au niveau de la pop rock et de la musique électronique. Je trouvais dommage qu’il n’y ait pas un événement culminant dans notre ville, comme on pouvait en trouver ailleurs. C’est ça qui a été le déclic au départ. Ensuite, la concrétisation s’est faite de la rencontre avec mon associé, Gaëtan Servais. On s’est dit qu’on allait lancer ce projet auquel on pensait depuis longtemps.

En quoi le festival a-t-il évolué depuis la première édition en 2006 ?
Ça a fortement changé. Au départ, on était un festival pluridisciplinaire, c’est-à-dire qu’au niveau musical, on programmait aussi bien du rock que de la pop, de l’électro ou du hip-hop. Mais au fur et à mesure, le hip-hop a pris de plus en plus de place. Notre public est un public jeune et on s’est rendu compte en 2014 que le fait de programmer un festival hétéroclite au niveau musical, faisait de nous un festival parmi d’autres. Cela créait aussi une frustration chez notre public : certain·es voulaient plus de rock, d’autres plus de hip-hop et on n’arrivait pas à satisfaire tout le monde. On sentait aussi qu’il y avait chez les jeunes une envie de représentation par rapport à la musique qu’iels écoutent et soutiennent et on a fait un choix. En 2014, on a choisi le hip-hop en acceptant de se couper d’une partie de notre public qui venait pour la pop-rock. On a alors programmé Kendrick Lamar en tête d’affiche et on a continue d’accentuer ça jusqu’à aujourd’hui.

Qu’est-ce qui fait un bon line-up selon toi ?
Un aspect important auquel je fais attention, c’est d’avoir à la fois des artistes fort plébiscité·es parce qu’iels ont des hits et on sait qu’iels qui vont mettre de l’ambiance, mais également des artistes qui ont un vrai show. Il faut avoir du fond. J’accorde aussi de l’importance à ce qu’il n’y ait pas seulement des hits sur l’affiche, mais aussi des concerts qui marqueront le public.

Vous faites attention à programmer la scène locale ?
Oui et ça depuis le départ. On a de la chance d’avoir des scènes assez fortes dans notre région et dans notre pays et ca n’a jamais été un travail trop compliqué de proposer des artistes locaux·ales et de leur donner une place dans notre affiche. On a une scène qualitative. Et puis on a souvent eu une belle histoire avec des artistes qui ouvraient des scènes une année et qui se retrouvaient en haut de l’affiche l’année suivante.

“J’ai été surpris lorsque Nicki Minaj est venue. Elle est restée trois heures dans les loges. Détendue, je l’ai vu passé dans les couloirs à pieds nus et en peignoir."

Fabrice Lamproye

Quel souvenir particulier lié aux Ardentes continue de te marquer ?
Il y a plein de moments très forts, plein de souvenirs. Mais si je devais te parler d’une anecdote de ces dernières années, ça serait plus lié un moment surprenant par rapport à l’habitude des artistes hip-hop. Souvent, iels débarquent au dernier moment dans les loges et on les croise finalement assez peu. Mais j’ai été surpris lorsque Nicki Minaj est venue. Elle est restée trois heures dans les loges. Détendue, je l’ai vu passer dans les couloirs pieds nus et en peignoir. Par rapport à l’habitude que tu prends à avoir peu de contacts, c’était un moment surprenant.

“L’affiche est toujours un élément important, mais il n’y pas que ça."

Fabrice Lamproye

En Belgique, on a beaucoup de festivals, qu’est-ce qui fait que notre pays est un lieu idéal pour ça ?
Il y a deux choses. Historiquement, c’est un pays qui a commencé très tôt à organiser convenablement des festivals. Il y a une culture de festivals avec une habitude qui s’est prise. Et c’est vrai que c’est très étonnant parce qu’on a un nombre de festivals incroyable par rapport à la taille du pays et ce sont des festivals qui perdurent. Maintenant, on a aussi une situation géographique qui est enviable. On est au centre de l’Europe et pour un public européen, c’est assez facile de se déplacer ici. Chez nous, aux Ardentes, on le sent de plus en plus. Plus de 40 % de notre audience est française. Il y a vraiment un déplacement hors frontière, du moins à partir du moment aussi où tu proposes autre chose que ce qu’iels ont chez elleux.

Qu’est-ce qui est important pour faire un bon festival selon toi ?
L’affiche est toujours un élément important, mais il n’y pas que ça. Je pense que l’expérience des festivalier·es est tout aussi importante. Nous ici, on a un public très jeune qui a besoin de s’éclater pendant le festival et il faut aussi tout faire pour que l’atmosphère reste hyper conviviale. On y fait très attention. Il faut que ce soit à la fois bien organisé, sans que ce soit répressif par rapport à l’enthousiasme du public. Pour moi, il faut vraiment que les gens s’amusent. C’est avant tout un endroit où on retrouve beaucoup de potes pour faire la fête ensemble.

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