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Les 10 albums d’americana qu’il faut avoir chez soi

Comment sélectionner les 10 meilleurs albums d’americana de tous les temps ? En étudiant les collections des connaisseurs, en cherchant des listes, en demandant conseil à des musiciens, etc. Bien entendu, il n’existe pas de top absolu et comme pour n’importe quel genre, ce top 10 peut changer chaque année. Mais cette sélection d’albums d’americana permet de définir le genre et constitue une excellente introduction à cette musique.

Johnny Cash - American Recordings

Johnny Cash - American Recordings

Pouvait-on passer à côté de Johnny Cash ? Non évidemment et nous ne voulions de toute façon pas évincer l’homme en noir de cette liste. Avec « American Recordings », il se trouve même tout en haut. Avec le producteur Rick Rubin aux commandes, Johnny Cash a donné un nouveau souffle à sa carrière avec cet album. Quand « American Recordings » sort en 1994, ses ventes d’album stagnent. Le choix de Rubin ne coule pas de source, car il avait surtout fait ses gammes dans le rap (Beastie Boys, LL Cool J, Public Enemy, Geto Boys) et le (heavy) metal (Linkin Park, AC/DC, Metallica, Slayer, System of A Down, etc.), mais il permet malgré tout à Johnny Cash de retrouver son éclat d’antan en enregistrant dans une salle à manger, avec une simple guitare, comme il le faisait avec son premier producteur, Sam Philips. Le disque n’a reçu que des éloges, le magazine Rolling Stones écrivant à son propos : « “American Recordings” est à la fois monumental et profondément intimiste, incroyablement fidèle à la légende de Johnny Cash et totalement contemporain. »

John Prine - John Prine

John Prine - John Prine © Wikimedia

Il arrive que d’excellents musiciens restent dans l’ombre et courent leur vie durant de petites salles en petites salles. Cela aurait pu être le cas de John Prine. Issu de la scène folk de Chicago, découvert par Kris Kristofferson, il réussit à se faire une place avec de la bonne country-folk agrémentée de quelques touches d’humour, dans la veine de Blaze Foley (leurs voix se ressemblent d’ailleurs un peu). Il vaut la peine d’être découvert, car il est aussi considéré comme l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de sa génération. À la fin des années 90, il a survécu à un cancer et sa voix est devenue plus profonde. Bob Dylan ne tarit pas d’éloges à son propos : « John Prine, c’est l’existentialisme proustien par excellence. C’est l’état d’esprit du Midwest au xième degré. Et en plus, il écrit de magnifiques chansons. » 

The Band - Music from Big Pink

The Band - Music from Big Pink © Wikipedia

S’il est surtout connu pour avoir accompagné Bob Dylan, ce groupe légendaire a aussi réalisé de belles choses tout seul. Avec « Music From Big Pink », sorti en 1968, il signe des débuts fracassants. Les chansons de ce disque ont été écrites dans la maison que Rick Danko, Richard Manuel et Garth Hudson partageaient à New York et qu’ils avaient baptisée « Big Pink ». The Band est quelque peu sur le déclin quand il croise la route de Bob Dylan avec qui il travaillera sur des dizaines de chansons. Pendant longtemps, seuls des disques pirates de ces enregistrements étaient disponibles, jusqu’à ce qu’ils soient repris sur « The Basement Tapes » en 1975. Mais avant cela, il y a donc eu « Music From Big Pink » qui a été enregistré en deux semaines. On peut lire dans Rolling Stones : « Cet album a été enregistré en plus ou moins deux semaines. Il y en a qui travaillent une vie entière pour atteindre ce niveau, en vain. » 

John Hiatt - Bring the Family

John Hiatt - Bring the Family © Wikimedia

John Hiatt (« Have a Little Faith in Me ») a dû déployer des trésors de conviction et de persévérance avant la sortie de cet album. Il était à ce moment-là alcoolique et ne parvenait pas à créer quoi que ce soit. Pouvait-il refaire de la musique son métier alors que sa maison de disques l’avait laissé tomber ? Mais au final, la musique l’a aidé à exorciser ses démons. Hiatt a fait quelques sessions au McCabe’s Guitar Shop où John Chelew l’a convaincu de ne pas arrêter la musique. Pour lui, il s’agissait des plus belles chansons qui aient jamais été écrites. Il est donc entré en studio et avec un budget très réduit, il a réalisé l’un des plus beaux albums de sa carrière. 

Chris Whitley - Din of Ecstasy

Chris Whitley - Din of Ecstasy © Wikimedia

Voici un génie qui a rejoint bien trop tôt le paradis des bluesmen. Chris Whitley, papa de Trixie et Dan, laisse tout de même une œuvre majeure malgré sa courte carrière. « Din of Ecstasy » est tout simplement un chef-d’œuvre. John Mayer a dit de lui après sa mort qu’il est « l’une des pertes les plus sous-estimées de toute l’histoire de la musique. » Il avait raison, et même si Chris Whitley n’entre pas dans le cadre de l’americana traditionnel, il s’agit d’une musique qui se base sur la tradition et puise sa source dans la country, le blues et le folk. Tous ceux qui aiment ce genre doivent découvrir cet album énergique et sans fioriture. Et à la basse, on retrouve Alan Gevaert du groupe dEUS. 

Los Lobos - Kiko

Los Lobos - Kiko © Wikimedia

Dans cet album exotique et expérimental, le groupe propose un son nouveau et unique. C’est son sixième album et c’est une merveille. Produit par Mitchell Froom, il constitue un pétillant mélange de styles. On y retrouve de l’accordéon, du mélodica, de l’orgue et de la guitare flamenca, ce qui confère à ce disque un son mystérieux et étonnant. La plupart des chansons ont des racines traditionnelles, principalement mexicaines. C’est particulièrement frappant pour « Saint Behind The Glass » et « Rio De Tenampa ». Il s’agit d’un voyage à travers plusieurs styles, du blues à la country, avec surtout des racines très profondes. 

Drive-By Truckers - Decoration Day

Drive-By Truckers - Decoration Day © Wikimedia

Les avis sont unanimes, c’est un très bon disque. « Decoration Day » appartient au meilleur de ce que le rock sudiste a fait en 2003. Et aujourd’hui encore, cet album fait forte impression. Comment faire pour égaler « Southern Rock Opera » ? Les critiques pensaient que ce n’était pas possible, que jamais Drive-By Truckers ne pourrait une nouvelle fois atteindre ce niveau. Et puis vint ce « Decoration Day », héritage flamboyant de Lynyrd Skynyrd, The Allmann Brothers Band et Neil Young. Cet album reprend le fil de l’histoire, là où Drive-By Truckers l’avait laissé, et propose un ensemble particulièrement réussi. Pitchfork a écrit ceci : « Même si ce disque n’arrive pas à la hauteur de l’album précédent, “Decoration Day” compense en proposant des voyages intérieurs joliment balancés et tirés de la chaleur des opéras rock du sud. Il confirme le statut des membres du groupe Drive-By Truckers comme rockeurs les plus poétiques et perspicaces du moment. »

Emmylou Harris - Greatest Hits Collection

Emmylou Harris - Greatest Hits Collection © EPA

Mais ce n’est pas vraiment un disque, direz-vous. Vous avez raison, il s’agit d’une compilation. Car dans le cas présent, choisir c’est renoncer… trop, beaucoup trop. Ou alors, il aurait fallu que l’on sélectionne 30 albums d’Emmylou Harris… S’il ne fallait en choisir qu’un, ce serait « The Ballad Of Sally Rose », l’un des disques qui a construit le succès de la chanteuse et qui raconte son histoire d’amour (surtout sa rupture) avec Gram Parsons. Un album magnifique, comme « GP » et « Grievous Angel », les deux albums qu’elle a réalisés avec Parsons avant qu’il ne soit emporté par une overdose d’alcool et de drogue à la fin de l’été 1973. 

Grant Lee Buffalo - Fuzzy

Grant Lee Buffalo - Fuzzy © Wikimedia

Pour Michael Stipe, le chanteur du groupe R.E.M., cet album est de loin le meilleur de l’année 1993. « Fuzzy » marque les débuts de Grant Lee Buffalo. Le groupe sort quatre disques, mais le premier reste le plus connu. Grant Lee Philips s’est ensuite lancé dans une carrière solo et a encore sorti un album l’an dernier, intitulé « Widdershins ». Mais Grant Lee Buffalo, quel groupe ! Quel charisme ! Et quel disque ! La voix de Philips rappelle celle de Frank Black (Pixies) et se marie parfaitement avec la guitare à 12 cordes et ces arrangements. C’est vraiment un incontournable de votre discothèque. 

Bonnie « Prince » Billy - I See a Darkness

Bonnie « Prince » Billy - I See a Darkness © Wikimedia

Il s’appelle Will Oldham, mais aussi Bonnie « Prince » Billy. Et sous ce pseudonyme, il a signé des albums sublimes comme ce « I See A Darkness ». Il s’agit de son septième disque, mais le premier sorti sous ce nom-là. L’esprit de Johnny Cash plane au-dessus de « I See A Darkness ». Et même si Oldham n’a que 29 ans à l’époque, il donne l’impression d’avoir une vie entière derrière lui. Gémissant, à moitié vacillant, en recherche. Ce disque a aujourd’hui 20 ans, mais il ne se démode pas. Il est une étape du processus artistique de Will Oldham. Enola avait terminé une critique très pertinente par ces mots : « “I See A Darkness” fait souffrir, mais il vous fait du bien d’une autre façon. Un disque débordant de solitude peut vous faire comprendre que vous n’êtes pas seul. » Un disque parfait pour l’automne en somme.  

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