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The Prodigy: une histoire de big beat

“Nous étions dangereux et excitant! Mais maintenant, il n’y a plus personne qui veut être dangereux. Et c’est la raison pour laquelle les gens sont gaver d'albums génériques commerciaux qui ne prennent aucun risque, aucun risque, aucun risque." : voilà de quoi se lamentait Keith Flint au Guardian en 2015.
The Prodigy: une histoire de big beat

The Prodigy a marqué de son empreinte l’histoire de la musique électronique en même temps que leurs amis de Fatboy Slim et The Chemical Brothers. Tous ont percé dans les années 90 en plein essor des rave et des free-party ! Il y a quelques jours,  la figure emblématique du trio britannique The Prodigy, Keith Flint, s’est donnée la mort à son domicile à l’âge de 49 ans.

En avant pour une petite plongée dans le monde de la techno et du big beat avec The Prodigy.

La frénésie des 'rave party'

La frénésie des 'rave party'

© banjee

C’est une rencontre entre Liam Howlett et Keith Flint en 1989 qui scellera l’avenir du groupe. Les deux amateurs de techno ont sympathisé lors d’une soirée où Howlett mixait. Flint alors danseur, savait que Howlett faisait ses propres morceaux et lui a simplement demandé pour écouter son travail. Une mixtape sur laquelle était griffonée le nom de Prodigy (hommage au synthétiseur analogue très connu Moog Prodigy) a commencé à circuler. Avec l'un de ses amis, Leeroy Tornhill, Keith propose à Howlett de danser pour lui. L'idée fait son chemin jusqu'à la naissance officielle de 'The Prodigy'. Le trio sera rapidement rejoint par le MC Maxim Reality.

La première pierre de l'édifice est posée avec le morceau "Charly", il contient déjà une grosse partie des éléments qui feront la renommée du groupe. Entre un son purement «rave», un bit hardcore, et quelques samples bien choisis, placés judicieusement, le groupe tient là son sésame pour inonder les free party de l’époque. Dès que "Charly" retenti, c’est toute la salle qui se met à danser et à transpirer. De son côté, la presse n’a pas mesuré l’engouement qui se dessine autour de The Prodigy et l’impact qu’il s’apprête à avoir sur la musique électronique.



"Charly" sera suivi peu de temps après par le single "Everybody in the Place" issu de leur premier album 'Experience' sorti dans la foulée en 1992. Autre morceau présent sur 'Experience' qui sort du lot et qui réussira à s’exporter bien mieux que ses prédécesseurs est le fameux "Out of Space" avec son petit pont reggae samplé du classique "Chase The Devil" de Max Roméo.

Musique d'une génération délaissée!

Musique d'une génération délaissée!

En 1994, 'Music for the Jitled Generation', second album du groupe, atterrit dans les bacs. Le titre de l’album est une réponse directe au gouvernement britannique qui avait pris des dispositions pour agir plus sévèrement contre les fêtards. Musicalement, on découvre un Prodigy plus mature qui cherche à se démarquer du côté juvénil de la musique de leur début. Ils se dirigent vers un son plus industriel à coup de caisse claire saturée en introduisant dans le même temps différents genres comme le rock, le hip-hop, l’acid house et la techno, ce qu’on appelle aujourd’hui le big beat. Sur le titre "Their Law", on apprécie le riff de guitare imparable tandis que les influences hip-hop transpirent sur le sombre "Poison", pas étonnant quand on sait que Howlett était fan de Grandmaster Flash! Le groupe s’accorde même les services de différents guitaristes lors de leurs concerts.





Et puis, c’est la grosse claque avec "No Good", une intro synthé légendaire, un rythme endiablé et ce clip noir et blanc, juste transcription de la génération des années 90. Keith Flint affublé de sa longue chevelure, est partagé entre quelques pas de danse et sa camisole de force. MTV ne sait plus où donner de la tête, les deux titres passent en boucle sur la chaine musicale. The Prodigy est clairement en train de marquer l’histoire.

La consécration ultime

La consécration ultime

© Isopix

'The Fat of the Land', troisième opus du groupe sorti en 1997, confirme The Prodigy en tant que valeur sûre de la scène "hard dance". Le son est désormais totalement maitrisé, il devient l’album le plus rapidement vendu au Royaume-Uni, 317 000 copies écoulées la première semaine de sortie. Avec 'The Fat Of The Land', Keith Flint assoit sa position dans la formation, il est présent vocalement sur de nombreux morceaux et son style diabolique, coupe de cheveux extrême et corps ultra tatoué, devient la marque de fabrique du groupe.

La notoriété de The Prodigy explose littéralement avec "Firestarter" que l'on peut apprécier sur le jeu vidéo Wipeout 2097 aux côtés des morceaux de The Chemical Brothers ou Underworld (un must de la Playstation de la première heure, jeu de course futuriste sous perfusion d’adrénaline). "Breathe" s’impose également comme un incontournable du répertoire du groupe.





Il ne leur manquait plus qu'une petite polémique pour couronner cette sortie. Ce fut chose faite avec le dernier single de l’album, le controversé "Smack My Bitch Up". Une polémique alimentée surtout par la publication d'un clip teinté de sexe, de drogue et de violence qui est venu accompagner un morceau qualifié de misogyne par les associations de défense des femmes.



Malgré tout, The Prodigy est au sommet de son art, il devient le groupe indispensable à voir en live. Les profusions de guitares, de basses extrêmes et les rythmes techno s’emparent des festivals et des salles de concert de tous les pays.

Flint - Device 1

Flint - Device 1

© Isopix

En 2003, Keith Flint se démarque avec le projet Flint et l’album 'Device 1' qui ne verra finalement jamais le jour. Pourtant, il y avait clairement quelque chose à faire dans le prolongement de The Prodigy avec des morceaux purement punck rock comme "Asteroids" ou "No Name No Number".



Intéressant aussi d'écouter la première version typée rock de "Razor" qui apparaitra plus tard sur 'Their Law : The Singles (1990-2005)' dans la version de "The Prodigy".



À leur image

À leur image

© Isopix

Quatre albums verront encore le jour de manière plus éparse. À noter que Keith Flint n'apparaitra pas sur le successeur de 'The Fat of the Land', 'Always Outnumbered, Never Outgunned'. Liam Howlett expliquera qu'il voulait que sur cet album, la voix soit simplement une extension du son et pas le point central des morceaux. On retiendra quand même le single "Omen" tiré de 'Invaders Must Die', cinquième album de Prodigy, paru en 2009, un morceau qui aurait facilement pu figurer sur 'The Fat of the Land'.



Avec ‘No Tourists’, The Prodigy, a signé en novembre dernier son septième opus. On espérait une prise de risque plus importante, voir même d’être surpris comme on l’a souvent été auparavant mais difficile d’être précurseur durant plus de 25 ans. À côté de cela, on se retrouve avec des enregistrements dont le son rappelle celui des débuts du groupe. Un album sans doute fait pour le live, une recette que les britanniques maîtrisent à la perfection. Mettre le feu au public tout en leur laissant un souvenir impérissable s'impose à eux comme une simple formalité. The Prodigy devait d’ailleurs entamer une série de concerts cet été et notamment au Suikerrock à Tienen. Le groupe a annoncé, il y a quelques heures, l'annulation de toutes leurs représentations.



Liam Howlett, pierre fondatrice de The Prodigy, s’est exprimé sur Instagram suite au décès de son ami Keith Flint : "La triste nouvelle est vraie. Je ne peux pas y croire mais notre frère Keith a mis fin à ses jours ce week-end. Je suis sous le choc, énervé, perdu et j'ai le coeur brisé".

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