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Reena Riot : "Pour Nix, c'est le début d'une belle histoire"

« Nix » est le premier album de Reena Riot et constitue une combinaison subtile de chansons pop/rock avec des références au blues et au rock originel. À l’aube de la sortie de ce disque, nous avons rencontré Naomi Sijmons et Jan Myny (guitare/chant) au Het Moment, un tea-room bien connu à Gand. Autour d’une tasse de café, nous avons parlé de musique à bâtons rompus. Mais nous n’avons pas évoqué la pochette de l’album, la poitrine dénudée et les aisselles non épilées que l’on y voit. L’image parle d’elle-même. Dans ce disque, Reena Riot dévoile qui elle est : une musicienne qui a déjà fait ses preuves et nous livre un album qui, on peut l’espérer, lui annonce un avenir radieux.
Reena Riot : "Pour Nix, c'est le début d'une belle histoire"

La Belgique peut être fière de ses musiciennes

Il y a peu, les classements des radios montraient encore que les artistes féminines étaient assez rares et qu’à ce niveau, la marge de progression était encore importante. Il semble aujourd’hui certain qu’elles envahiront ces hit-parades dans les années à venir tant le talent jaillit de partout : Charlotte Adigéry (WWWater), Trixie Whitley, Angèle, The Antler King, Astronaut, Melanie DiBiasio et… Naomi Sijmons. Reena Riot a, d’après ce que l’on dit, réalisé l’un des albums qui marqueront l’année 2019. Posez-vous un instant pour découvrir ce qu’elle en pense.  



« Sérieusement ? Je suis épatée qu’il y ait tant d’attentes à propos de notre album », nous explique Naomi Sijmons en souriant. « Je remercie déjà le public de parler de "Nix" en ces termes. Quant à savoir s’il récoltera le succès attendu, on verra. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas ménagé nos efforts. C’était une aventure passionnante et particulièrement enrichissante.»

C’est une bonne chose que « Nix » sorte maintenant. Il s’agit d’un album guitare rempli de rock contemporain, avec des influences de blues. Après l’immense vague hip-hop et R'n'B, les guitares semblent à nouveau avoir le vent en poupe. Des groupes tels qu’Idles, Viagra Boys, PEUK, et vous à présent, trépignent d’impatience à l’idée de s’approprier à nouveau les scènes...

Naomi Sijmons : « C’est vrai, le hip-hop mène toujours la danse à l’heure actuelle. Pendant longtemps, les choses ont été différentes. Je pense que la musique évolue en cycles, comme tout d’ailleurs. Le hip-hop a toujours été présent, mais n’a jamais eu l’attention dont il bénéficie depuis quelque temps. Aujourd’hui, le hip-hop est le courant majeur. Je me réjouis que les guitares connaissent un regain d’intérêt et que des groupes tels que ceux que vous venez de citer reviennent sous le feu des projecteurs.»

Jan Myny : « Regardez ce qu’il se passait fin des années 80, début des années 90 : un groupe comme Nirvana n’intéressait quasiment personne. L’ensemble du circuit alternatif était plongé dans "l’underground". À la fin des années 80, Nirvana a par exemple joué au Democrazy (Gand) devant une poignée de fans. Aujourd’hui, la moitié de la ville prétend qu’elle y était (rires). Soit, cela illustre bien les propos de Naomi : quelques années plus tard, Nirvana a cassé la baraque et a incarné le changement principal alternatif. La musique est loin d’être un univers fixe.»

Elle ne l’est clairement pas. Pour guider un groupe vers le succès, il faut avant tout de la bonne musique. Et pour obtenir ce résultat, il ne faut pas ménager ses efforts. Comment cela se passe-t-il au sein de Reena Riot ? C’est plutôt la loi de la débrouille ou le fruit du travail de toute une équipe ? 

Naomi : « Nous avons un booker depuis quelque temps et ça aide pas mal. Nous avons aussi un canal promotionnel. Il y a beaucoup de choses que vous pouvez assurer vous-même, mais vient un moment où vous commencez à vous noyer. Aujourd’hui, je m’active encore plusieurs heures par jour pour réussir à caser la musique. Cela demande beaucoup d’efforts. Et c’était pire encore il y a quelques années : envoyer des courriels, fixer des dates de concert, appeler les organisateurs s’ils ne répondaient pas suffisamment vite (rires). Il faut s’accrocher. Heureusement, tout le monde met la main à la pâte dans le groupe. Bernd (Coen, le batteur, NDLR) est le plus jeune et il s’occupe par exemple de tous les réseaux sociaux. Nous avons tous le même objectif.» 

Jan : « Il faut s’y atteler tous les jours, même si cela ne me plaît pas particulièrement. C’est trop différent de ce que j’aime : faire et jouer de la musique… Instagram, Facebook, YouTube,... Vous devez être présents sur toutes les plateformes. Même si les likes donnent parfois de fausses impressions : si vous recevez une centaine de likes pour un clip sur YouTube, cela ne veut pas dire que tout le monde l’a regardé en entier, au contraire. C’est à la fois relatif et important, car aujourd’hui, les bookers et les organisateurs ne tiennent plus uniquement compte du succès rencontré auprès des radios, mais aussi de la popularité sur les réseaux sociaux. Ces deux éléments comptent aujourd’hui.» 

Naomi : « Cela changera peut-être à l’avenir, qui sait : les groupes auront peut-être suffisamment de publications en ligne et ils recommenceront à publier des fanzines (rires). Mon papa (Naomi est la fille de Fons Symons, bassiste de The Scabs, malheureusement parti rejoindre d’autres grands noms pour l’éternité, NDLR) aurait excellé en la matière parce qu’il s’occupait du fan-club et du fanzine de The Scabs.» 

Jan : « L’un entraîne l’autre. Et lorsqu’une personne est séduite, les autres lui emboîtent rapidement le pas : si vous avez réussi à séduire une radio, vous suscitez l’intérêt d’un label, etc.».

De la musique avant toute chose

De la musique avant toute chose © Reena Riot

Le communiqué de presse accompagnant l’album le précise clairement : Reena Riot est un groupe et pas de simples musiciens réunis autour de Naomi Symons. 

Naomi : « Oui, pour moi c’est important. Nous avons écrit l’album ensemble. La plupart du temps, je donne l’impulsion pour les chansons et je travaille une première version avec Jan ; ensuite, nous nous y mettons tous ensemble et chacun a son mot à dire. Pour "Nix", nous avons réellement pris le temps d’apprendre à connaître les chansons et de veiller à ce que chacun puisse y apporter sa touche personnelle. À certains moments, je ne jouais pas de guitare, je ne faisais que chanter. C’était palpitant.»

Sur YouTube, on peut voir une vidéo où vous chantez a capella, elle remonte à quelques années. C’est impressionnant.  

Naomi : « Oui, c’est à l’époque où je faisais beaucoup d’open mics lors de mes études de musique à Rotterdam. C’était il y a longtemps.» « Nix » est un terme très organique et dynamique. En général, les groupes enregistrent leurs pistes initiales à l’aide d’un clicktrack (un outil de synchronisation qui donne au batteur le tempo (click) parfait par l’intermédiaire d’un casque). Avez-vous procédé de la même façon ? 

Jan : « Non, pas pour toutes les chansons. Certains titres n’exigent pas ce procédé, d’autres si. Une chanson peut par exemple déjà inclure un sample qui a déjà un tempo. Dans ce cas, nous avons effectivement besoin d’un click. Mais autrement ? Non, j’aime la musique qui bouge.»

Naomi : « C’est également mon cas. Jan et moi sommes de grands fans de Portishead, un groupe qui a fait de la non-utilisation de ce système de click une sorte d’art. Faire de la "musique discordante" est un peu devenu sa marque de fabrique même s’il utilise l’électronique. C’est justement ce qui donne à Portishead ce caractère unique, inachevé. Son choix dessert la musique. La musique de D’Angelo suit la même logique. Sur "Voodoo" par exemple, ils ont décidé de ralentir toutes les percussions d’une milliseconde afin de leur conférer un caractère très décontracté. Le batteur live de D’Angelo s’en accommode très bien parce que c’est son style, mais mettez-y des étudiants du conservatoire et ils s’y briseront les dents. Non pas par manque, mais justement en raison d’un excès de maîtrise de leur instrument.» 



Live  

Et maintenant, direction les concerts. Vous avez hâte d’y être, j’imagine ? 

Naomi : « Grave ! Nous avons déjà plusieurs émissions télé au programme, mais notre rêve, c’est de nous produire sur la scène d’un grand festival en été. Je trouve que c’est une super expérience qui doit être très grisante. À l’heure actuelle, nous donnons déjà des concerts dans des endroits très chouettes, mais je suis sûre que nous pouvons décrocher d’autres scènes. J’ai déjà joué partout au fil du temps, surtout en Flandre, des petits cafés aux grandes scènes. Mais aujourd’hui, nous écrivons une autre page de notre histoire. J’ai vraiment hâte.» 

Jan Myny : « Cela vaut pour l’ensemble du groupe. Nous avons récemment donné un concert au Mississippi à Gand. Chouette endroit, concert sympa, même si au moment des essais sons, des bouteilles de whisky sont tombées d’une étagère. Trop fort.»  

Naomi : « C’était tout simplement intense. Notre objectif premier n’est clairement pas de briser des verres, mais ces petits éclats porte-bonheur nous permettront de commencer un nouveau chapitre très intéressant.»

Nous vous le souhaitons de tout cœur.

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