Charlotte Gainsbourg à travers les yeux de son père

Charlotte Gainsbourg à travers les yeux de son père

© Photonews

Cela fait presque un an que le cinquième bébé musical de Charlotte Gainsbourg, 'Rest', a vu le jour. L’artiste franco-britannique nous livre un tableau d’émotions aux multiples couleurs, reflets d’une vie déjà bien remplie. Une oreille attentive accordée à chaque morceau et l’on a presque l’impression d’assister au retour de sa maman Jane Birkin et de son défunt père Serge Gainsbourg. Un album plus que personnel où Charlotte passe en revue tous les éléments de sa vie, ses bonheurs, la famille, ses craintes et ses angoisses. Le tout est produit par le musicien français SebastiAn. Grâce à cet album, elle a remporté en 2018 sa première Victoire de la Musique en tant qu’Artiste féminine de l’année pour laquelle elle a prononcé un discours touchant : " Cet album, j’ai eu ma soeur en tête, je pense à elle ce soir. J’ai mon père en tête bien sûr. Mais aujourd’hui il porte ma vie aussi. Moi je suis vivante et je veux célébrer les gens autour de moi, ma mère (Jane Birkin), ma soeur (Lou Doillon), mon frère (Lulu) et plus personnellement ceux qui m’ont subie durant ces quatre ans de travail, Yvan (Attal) mon mari et mes enfants ".



Elle a également envoûté le public avec une interprétation magistrale d'un des titres phares de l'album 'Ring-a-Ring o' Roses'.



'Rest', premier titre de l’album éponyme, coécrit avec Guy Man de Daft Punk, nous convie pour une traversée mélancolique bercée par la voix fragile et douce d’une Charlotte affranchie de tout blocage. L’artiste franco-britannique ne s’arrête pas là puisqu’elle gâte son public avec 'Songbird in a Cage', un morceau composé par monsieur Paul McCartney himself. Cet opus délivre aussi des sonorités beaucoup plus pop et énergiques comme on peut l’entendre sur le titre 'Sylvia Says'.



C’est sous aucun doute l'un de ses albums les plus aboutis à posséder d'urgence pour tous les fans de Charlotte mais aussi pour les nostalgiques de l’époque Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Elle sera en concert le 14 décembre à Borgerhout et le 15 décembre à l'AB (complet), une occasion immanquable de la voir partager cet opus ultra personnel avec son public. En attendant, accordons-nous un petit détour par quelques faits marquants qui ont contribué à façonner l'artiste qu'elle est devenue.

Le cinéma découvre Charlotte

Le cinéma découvre Charlotte

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Née en 1971, Charlotte Lucy Ginsburg de son vrai nom a démarré très tôt sa carrière d’actrice. Elle, qui se vouait avant tout essentiellement au 7e art, a tourné dans son premier film "Paroles et Musique" d’Elie Chouraqui alors qu’elle était âgée d’à peine 13 ans. C’est en 1985, sous la direction de Claude Miller, qu’elle s’épanouit dans "L’Effrontée", qui lui vaudra d’être récompensée par le César du Meilleur Espoir féminin, une grande fierté à l’époque pour son père qui n’a pas manqué de le lui faire savoir. On peut d'ailleurs la voir en photo partager son bonheur aux côtés de sa famille et notamment de sa soeur Kate Berry décédée en 2013 d'une chute dans son appartement. Depuis cette tragique disparition, Charlotte est partie s'installer à New York.



Elle enchainera plusieurs tournages dont "La petite voleuse" mais aussi "La Buche" qui lui vaudra une deuxième récompense avec le César de la meilleure actrice dans un second rôle. On la retrouve à 17 ans pour une interview de l'entre deux, toujours plus naturelle et sincère que jamais avec ce brin de timidité qui la caractérise et qui rend chaque instant troublant de vérité.



Elle jouera aussi dans plusieurs longs métrages avec son futur mari Yvan Attal et se fera remarquer à l’international en jouant dans "21 Grammes" aux côtés de Sean Penn et Naomi Watts. Charlotte verse ensuite dans la controverse, en 2009, pour son rôle déroutant dans le film de Lars Von Trier "Antichrist" pour lequel elle recevra le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes. En plus de sa carrière musicale, Charlotte Gainsbourg continue d’enchainer les rôles, la belle comptabilise déjà plus de 50 films.

Une fusion au goût de citron

Une fusion au goût de citron

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Comment évoquer la miss Gainsbourg sans évoquer la relation tout à fait singulière qu’elle entretenait avec son père Serge. Un amour fusionnel qui amena celui-ci à écrire le morceau 'Lemon Incest' en 1984. Bien qu’il se défende en évoquant qu’il casserait les dents de celui qui l’insulte de tel fait, Il a du faire face aux critiques de l’époque qui lui reprochaient de légitimer l’acte incestueux. 



Porté par le génie de l’artiste, on est en droit de s'imaginer comment certaines personnes pourraient l'interpréter : "L’amour que nous ne ferons jamais ensemble, est le plus beau, le plus rare, le plus enivrant." Au final, c’est certainement le clip qui jettera de l’huile sur le feu puisqu’on peut voir les deux intéressés allongés sur un lit, Serge le torse nu et sa fille en chemise et en culotte à ses côtés. La polémique aurait sans doute pris une tournure beaucoup plus violente si le morceau était sorti à notre époque.

Charlotte for Ever

Charlotte for Ever

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Véritable muse ou véritable obsession pour son père, Charlotte aura droit en 1986 à un film entier. L’amour père-fille se retrouve à nouveau au premier plan, de quoi prolonger la polémique. "Charlotte for Ever" raconte l’histoire de Stan, un ancien scénariste de renom qui, devenu alcoolique, se pavane dans les hôtels. Sa fille, qui le considère comme responsable de la mort de sa mère, est devenue sa seule raison de vivre. L’Effrontée évoquera cette période dans une interview : "Il me faisait aller trop loin, faire des choses qui me gênaient. C'était difficile. Je faisais la tête sur les couvertures de journaux, je ne voulais faire aucun effort, c'était ma manière de me préserver. Il ne comprenait pas que ça ne me plaise pas alors qu'il achetait les journaux pour voir si on parlait de lui. Nous avons vécu ensemble le temps du tournage. C'était compliqué, j'aime mon père plus que tout, mais j'ai eu tellement de mal à me faire une vie. Il était saoul en permanence, c'est éprouvant à vivre pour une enfant. En public, c'était difficile. Je me transformais en flic sur le tournage, je guettais les écarts"



Ce long métrage sera également précédé par un album éponyme que Serge Gainsbourg écrira entièrement pour sa fille et qui marquera d’ailleurs son entrée de le monde de la musique. Une réédition de cet opus verra le jour en 1991 avec en ajout le titre 'Lemon Incest' apparu originellement présent sur l’album 'Love on the Beat' de l'homme à la tête de chou.

Le jour où Gainsbourg s’en est allé

Le jour où Gainsbourg s’en est allé

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À 19 ans, juste avant d’entamer sa relation avec Yvan Attal, Charlotte venait de clôturer une histoire d’amour toxique avec un homme beaucoup plus âgé. Son père, conscient de la situation délicate et de la fille blessée qu’il venait de ramasser, mit tout en œuvre pour lui faire à nouveau reprendre goût à la vie. Peu de temps avant sa mort, C’est à travers un voyage, rien qu’à deux, que Serge Gainsbourg est parvenu à redonner un zeste de saveur perdue à son bébé. Elle s’est confiée au sujet de son décès au magazine Interview : "J'étais très attachée à ma famille. Quand mon père est mort, j'avais 19 ans. C'était une période où j'avais besoin de lui parce que cette histoire s'est arrêtée et j'étais dans un sale état. J'étais sur le point de partir vivre avec mon père lorsqu'il est mort, donc c'était très intense"



Charlotte Gainsbourg a expliqué au magazine Vanity Fair comment elle a géré émotionnellement le fait d’entendre régulièrement la musique de son père après son départ : "Pendant dix ans je l’entendais non-stop dans les cafés, dans les taxis. Je connaissais toutes les intros et je demandais au chauffeur qu’il coupe la radio dès les premières mesures. J’étais paumée. À 19 ans, j’ai arrêté tout. Stoppé la moindre réminiscence. Comme j’étais très très meurtrie, c’était compliqué de gérer la voix de mon père, sa respiration, ses rires." 

Moment d’émotion, dans l’émission matinale de Patrick Cohen sur Europe 1 lorsqu’elle découvrait un extrait inédit de son père chantant 'V Lesu Prifrontovom', une valse russe dont la mélodie servit de base au titre ‘Zero pointé vers l’infini’ présent sur l’album Charlotte for Ever. On se rappelle que Serge Gainsbourg est né de parents d’origine russe.

L'amour en héritage

L'amour en héritage

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Quand on regarde les polémiques actuelles sur l’héritage, on apprécie de voir qu’au final chez les Gainsbourg, à part la société d’éditions Melody Nelson imaginée par son père, rien était réellement prévu. À croire que ce n’était pas le problème de Serge et que toutes ces histoires devaient sans doute l’emmerder plus qu’autre chose. Au final, Charlotte explique : "On s’est débrouillé. C’est revenu aux enfants, on a tout partagé… On gère le droit moral tous les quatre." Elle a également racheté la célèbre maison rue de Verneuil qu’elle espère un jour transformer en musée. En attendant, Charlotte file le parfait amour avec Yvan Attal depuis ses 19 ans et elle restera sans nul doute et pour toujours la grande fierté de son père. Elle a mis au monde trois merveilleux enfants : Ben, Alice et Joe. On peut d'ailleurs apercevoir ses deux dernières dans le clip qu’elle a réalisé pour le morceau 'Deadly Valentine', présent sur son dernière album 'Rest'.



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